La BCE pourrait commencer par relever le taux de dépôt, dit Nowotny

par Marc Jones
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La BCE pourrait commencer par relever le taux de dépôt, dit Nowotny
La Banque centrale européenne pourrait commencer le processus de relèvement de ses taux d'intérêt en ramenant son taux de dépôt à -0,2% contre -0,4% actuellement, a déclaré mardi à Reuters Ewald Nowotny. /Photo d'archives/REUTERS/Heinz-Peter Bader

LONDRES (Reuters) - La Banque centrale européenne pourrait amorcer le processus de relèvement de ses taux d'intérêt en ramenant son taux de dépôt à -0,2% contre -0,4% actuellement, a déclaré mardi à Reuters Ewald Nowotny, l'un des membres les plus expérimentés du conseil des gouverneurs de l'institution de Francfort.

La BCE arrêtera cette année son programme de rachat d'actifs, actuellement de 30 milliards d'euros par mois, avant de s'attaquer au relèvement des taux, a déclaré le gouverneur de la banque centrale d'Autriche, sans donner aucune précision sur le calendrier de cette inflexion de la politique monétaire.

"Je n'aurais aucun problème à faire remonter (le taux de dépôt) de -0,4% à -0,2% comme une première étape avant d'inclure, dans une seconde étape, le principal taux de politique monétaire", le taux de refinancement, a-t-il dit en marge d'une conférence à Londres.

"C'est le schéma de base. Le calendrier précis ? Il est trop tôt pour que je vous en parle", a-t-il ajouté.

Ses propos ont eu pour effet de faire grimper l'euro et le rendement des emprunts d'Etat allemands à 10 ans.

La monnaie unique s'appréciait de 0,24% face au dollar, à 1,2350 vers 12h55 GMT; au même moment, le rendement du Bund de référence gagnait plus d'un point de base à 0,519%.

LA BCE VEUT DISPOSER D'UNE MARGE DE MANOEUVRE

Le taux de facilité de dépôt est le seul taux de la BCE en territoire négatif. Le taux de refinancement est à zéro et le taux de prêt marginal à 0,25%.

La BCE répète depuis plusieurs mois qu'elle prévoit de maintenir son taux de refinancement à son niveau actuel "bien après" l'arrêt de ses achats d'actifs, mais aucun de ses responsables n'a précisé pour l'instant le calendrier possible de la remontée des taux.

Certains d'entre eux ont toutefois dit n'avoir aucun problème avec les anticipations de marché intégrant une hausse du "refi" autour d'avril ou mai 2019.

"L'un des arguments forts en faveur d'une décision peut-être un peu plus rapide (en matière de normalisation de la politique monétaire) est précisément de disposer d'une certaine marge de manoeuvre dans le cas où nous observerions une détérioration de la situation économique", a dit Ewald Nowotny.

"Comme nous le voyons aujourd'hui, les marchés attendent déjà (la fin des achats d'actifs)", a-t-il ajouté. "Je ne pense pas que des préparatifs très importants soient nécessaires."

A propos de l'augmentation de la volatilité observée ces dernières semaines sur les marchés financiers, il a déclaré que "la politique de la banque centrale doit toujours suivre une stratégie de moyen terme".

Il a ajouté que les tensions commerciales actuelles pouvaient avoir un impact sur les taux de change et inciter une partie des investisseurs à se tourner vers des actifs refuges.

"Pour l'instant, je m'attendrais plutôt à ce que la zone euro serve de refuge et à ce que, bien sûr, cela ait un certain effet sur le taux de change", a-t-il poursuivi.

LA NORMALISATION NÉCESSITE "UN ÉQUILIBRE DÉLICAT"

L'euro s'est apprécié de 14% face au dollar en 2017 et de près de 3% supplémentaires depuis le début de cette année. En janvier, le président de la BCE, Mario Draghi, a estimé que la vigueur de la monnaie unique pouvait être une "source d'incertitude".

Lors de la conférence proprement dite mardi matin, Ewald Nowotny avait jugé que "le moment est maintenant venu d'une normalisation progressive de la politique monétaire".

"Cette normalisation nécessite un équilibre délicat de mesures ainsi qu'un enchaînement soigneux dans le temps", avait-il ajouté en mettant en garde contre le risque soit d'être trop agressif dans le resserrement monétaire, soit de le lancer trop tardivement.

La BCE effectue depuis mars 2015 des rachats massifs d'actifs dont le montant cumulé devrait dépasser les 2.500 milliards d'euros.

Cette politique d'assouplissement quantitatif (QE), destinée à stimuler le crédit et l'inflation, est pour l'instant censée expirer en septembre et les marchés s'attendent à ce que la BCE y mette effectivement un terme d'ici la fin de l'année, avant de relever ses taux d'intérêt.

L'"ampleur exceptionnelle" de ce programme rend le processus de resserrement monétaire encore plus complexe que d'habitude, a dit Ewald Nowotny.

Une fois le QE arrêté, la "nouvelle normalité" sera probablement caractérisée par une transmission plus lente des effets de la politique monétaire sur l'inflation, a-t-il prédit.

"L'économie de la zone euro est aujourd'hui clairement au milieu d'un redressement cyclique solide et généralisé", a-t-il encore jugé, tout en nuançant ce diagnostic à la lumière de l'affrontement commercial entre les Etats-Unis et la Chine.

(avec Helen Reid; Bertrand Boucey et Patrick Vignal pour le service français, édité par Marc Angrand)

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