La BCE maintient sa politique monétaire, confirme son orientation sur les taux

par Balazs Koranyi et Francesco Canepa
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La BCE maintient sa politique monétaire, confirme son orientation sur les taux
La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu mercredi les orientations ultra-accommodantes de sa politique monétaire pour donner le temps à ses dernières annonces de stimulation monétaire de produire leurs effets sur une économie de la zone euro à la peine dans un contexte mondial déprimé. /Photo prise le 9 avril 2019/REUTERS/Kai Pfaffenbach

FRANCFORT (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu mercredi les orientations ultra-accommodantes de sa politique monétaire pour donner le temps à ses dernières annonces de stimulation monétaire de produire leurs effets sur une économie de la zone euro à la peine dans un contexte mondial déprimé.

Le président de la BCE, Mario Draghi, a confirmé que les responsables monétaires étudiaient des mesures permettant de moduler l'impact de son taux de dépôt négatif sur les banques ainsi que les conditions d'octroi des refinancements à long terme ciblés dont le principe a été annoncé, tout en ajoutant qu'il était trop tôt pour en décider.

"Nous avons besoin de plus amples informations qui nous parviendront entre maintenant et le mois de juin", a dit Draghi.

"Cette conditionnalité donne sans doute quelque marge de manoeuvre au cas où les données (économiques) ou de marché surprendraient dans un sens ou dans l'autre et nécessiteraient une réponse en termes de politique monétaire à court terme", a commenté Anna Stupnystska, économiste chez Fidelity International.

L'euro est tombé à un plus bas en séance à 1,1235 dollar et le rendement de l'emprunt d'Etat allemand à dix ans a accentué son recul après ces déclarations tandis que l'indice des valeurs bancaires de la zone euro est passé en territoire négatif.

Face au ralentissement de la croissance au sein de la zone euro et aux craintes de récession y compris en Allemagne, la BCE a déjà renoncé à ses plans de normalisation mais ne semble pas souhaiter aller plus loin pour l'instant, les causes du problème - la faiblesse de la demande mondiale et les incertitudes politiques - étant largement hors de sa portée.

Au cours de la traditionnelle conférence de presse donnée à l'issue de la réunion de politique monétaire, Mario Draghi n'a guère donné de détails sur les mesures de stimulation envisagées mais a souligné les risques baissiers supplémentaires liés aux tensions commerciales et à d'autres incertitudes.

"Les dernières données disponibles demeurent faibles, en particulier dans le secteur manufacturier (...) La dynamique de croissance plus faible devrait se poursuivre dans le courant de l'année", a-t-il dit.

Le président de la BCE a toutefois ajouté que l'affaiblissement de l'inflation devrait probablement atteindre un point bas en septembre et que les membres du Conseil des gouverneurs avaient pris acte de la solidité sous-jacente de l'économie.

"Les probabilités estimées d'une récession restent faibles", a-t-il conclu quant aux risques entourant la conjoncture de la zone euro.

Ajoutant aux tensions commerciales internationales, le président américain Donald Trump a menacé mardi d'imposer des tarifs douaniers sur l'équivalent de 11 milliards d'exportations européennes vers les Etats-Unis en représailles aux subventions qu'il reproche aux Européens d'accorder à l'avionneur Airbus, ouvrant un nouveau front dans une guerre commerciale larvée qui pèse sur la confiance en général.

MODULATION ?

Le Fonds monétaire international (FMI) souligne, dans ses perspectives économiques de printemps, que l'économie mondiale ralentit plus que prévu et qu'un coup de frein brutal pourrait obliger les dirigeants des grandes économies à des actions de stimulation concertées.

"Cela mine certainement la confiance générale", a dit Draghi à propos des menaces de Trump tout en ajoutant que les discours sur le commerce ne sont pas toujours suivis d'actes.

La BCE, qui est déjà allée très loin en termes de mesures monétaires extraordinaires, a encore promis mercredi de maintenir ses taux d'intérêt à des plus bas record au moins jusqu'à la fin de cette année.

Le taux de refinancement, principal instrument conventionnel de sa politique monétaire, reste fixé à zéro, le taux de la facilité de dépôt à -0,4% et le taux de prêt marginal à 0,25%.

Le fait que Mario Draghi ait dit que la BCE devrait examiner l'opportunité d'atténuer les effets indésirables des taux d'intérêt négatifs a suscité des attentes de mesures d'aide aux banques, sur lesquelles reposent l'essentiel des canaux de transmission des décisions de politique monétaire au travers de leurs opérations de prêt.

L'une des options envisagées consisterait en une modulation du taux de dépôt qui permettrait de soulager en partie les banques du coût que représente le placement de leurs liquidités excédentaires auprès de la banque centrale, à l'instar des mesures prises par la Banque nationale suisse (BNS) ou de Banque du Japon.

Mais Draghi, tout en reconnaissant que le niveau actuel des taux pénalise la rentabilité des banques européennes par rapport à leurs concurrentes américaines, a dit qu'il était trop tôt pour prendre une décision.

"Nous n'avons pas débattu des avantages ou des inconvénients de mesures palliatives (...) nous avons besoin de plus amples informations qui nous parviendront entre maintenant et le mois de juin", a-t-il dit, ajoutant qu'un consensus s'était établi sur le besoin de plus d'analyse sur le sujet.

Une enquête publiée mardi a aussi relativisé la nécessité de mesures palliatives, les banques s'attendant à une augmentation des crédits aux entreprises et à un assouplissement des conditions de financement sur le trimestre en cours.

La BCE doit aussi se ménager des marges de manoeuvre en cas de turbulences sur les marchés liées au Brexit ou à une escalade des tensions commerciales.

Une modulation du taux de dépôt négatif pourrait aussi signaler que les taux bas sont destinés à se prolonger plus longtemps encore alors que la communication avancée de la BCE se fonde sur un rebond de la croissance dans le courant de l'année qui ouvrirait la voie à une hausse des taux en 2020.

(Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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