La BCE inonde les banques de près de 530 milliards de liquidités

par Paul Carrel et Sakari Suoninen

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FRANCFORT (Reuters) - Les banques de la zone euro ont emprunté 529,5 milliards d'euros auprès de la Banque centrale européenne à l'occasion de sa deuxième opération de refinancement à long terme (LTRO) destinée à juguler les tensions sur le financement du secteur, entravé par la crise de la dette.

Ce montant, qui est globalement en phase avec les attentes des traders, a fait brièvement grimper les Bourses européennes et l'euro face au dollar. Mais l'euro a rapidement effacé ses gains et se traitait vers midi autour de 1,3440 dollar.

"C'est conforme aux attentes. Cela pourrait ne pas provoquer une forte progression des marchés d'actions, mais cela n'entraînera pas non plus une dépression", commente Nick Matthew, de RBS.

Quelque 800 banques ont profité de la possibilité d'emprunter autant de liquidités à trois ans qu'elles le souhaitaient, au taux très favorable de 1,0%. Les traders interrogés par Reuters anticipaient l'allocation d'environ 500 milliards d'euros, après 489 milliards lors de la première opération de ce type, fin décembre.

Le marché se demande désormais quel usage les établissements feront de cet argent à l'heure où la croissance montre des signes de faiblesse en Europe.

"Les mesures de la BCE soutiennent encore beaucoup la reprise progressive du sentiment économique, ce qui pourrait conduire à terme à une accélération de la croissance", estime Nick Matthew.

Le président de la BCE Mario Draghi, qui avait déclaré après le premier LTRO qu'un "'credit crunch' majeur" avait été évité, a exhorté dimanche les banques à soutenir la croissance économique en prêtant aux ménages et aux entreprises les liquidités qu'elles auront empruntées.

Les banques ont utilisé la majeure partie des fonds empruntés en décembre pour rembourser de la dette arrivant à maturité, et non pour accroître leur offre de crédit.

"Une fois que la liquidité est injectée, ce qui va compter c'est de savoir si les pays de la périphérie (de l'Europe) peuvent créer de la croissance", juge Andrew Bosomworth, gérant de portefeuille chez PIMCO. "Sans croissance, les LTRO sont des cautères sur une jambe de bois."

LIQUIDITÉ "PEU STIGMATISANTE"

En France, le groupe BPCE (Banque populaire-Caisse d'épargne), maison mère de Natixis, a confirmé qu'il n'avait pas participé à cette deuxième opération de la BCE.

La Société générale et le Crédit agricole se sont refusés à tout commentaire. Chez BNP Paribas, personne n'était en mesure de réagir dans l'immédiat.

Selon Fitch, il est peu probable que ce nouveau LTRO débouche sur une forte croissance du crédit, "étant donné l'absence de toute demande notable" en Europe.

L'agence de notation a jugé mardi soir que le LTRO ne faisait que retarder la chute de certaines banques ayant des notes faibles en Europe. Selon elle, un nombre important d'établissements relativement solides étaient susceptibles de tirer parti de cette offre de liquidités, s'agissant d'une source de financement à trois ans peu chère et "peu stigmatisante".

De fait, en l'absence de tout jugement négatif de la part du marché, la plupart des banques semblent avoir estimé que cette offre de fonds était trop attractive pour la laisser passer.

"Nous n'avons pas honte de dire que nous avons emprunté 11 milliards d'euros lors de la première opération et que nous devrions cette fois demander un montant similaire", avait prévenu Francisco Gonzalez, président de BBVA.

Selon des sources et des analystes, les banques italiennes avaient levé 116 milliards d'euros en décembre, et les secteurs bancaires français et espagnol 100 milliards d'euros chacun.

Les responsables de la BCE espèrent que les banques se serviront des 529,5 milliards d'euros alloués mercredi pour émettre des crédits à l'économie réelle et acheter des obligations souveraines de la zone euro, en particulier italiennes.

L'Italie est confrontée à d'importantes échéances de dette lors des quatre premiers mois de l'année, à hauteur de 90 milliards d'euros environ, qui ont fait craindre à certains que Rome peine à en refinancer la totalité.

STRATÉGIE DE RETRAIT

Des établissements en Espagne et en Italie ont semble-t-il mis à profit le premier LTRO pour accroître leurs achats de dette souveraine. Les banques espagnoles ont acheté un montant net de 23,1 milliards d'euros de dette d'Etat le mois dernier et les italiennes 20,6 milliards, soit une hausse record dans chaque cas.

Ce programme d'injection de liquidités, considéré par certains comme un assouplissement quantitatif qui ne dirait pas son nom, alimente néanmoins les craintes de certains dirigeants de la BCE, notamment allemands, qui redoutent que les LTRO n'aient des conséquences néfastes à l'avenir.

Le président de la Bundesbank Jens Weidmann, membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a déclaré ce mois-ci qu'une offre de liquidité "trop généreuse" pourrait déboucher à terme sur des risques inflationnistes.

Mardi, son homologue autrichien Ewald Nowotny est allé plus loin en déclarant que la BCE devrait réfléchir à une stratégie de retrait après ses injections massives de fonds.

"Nous sommes inquiets des conséquences à plus long terme (de la provision de liquidité)", a-t-il dit. "Pour le moment nous pensons suivre la bonne voie mais (...) ce que nous faisons aujourd'hui ne doit pas se répéter à plusieurs reprises."

Nicolas Delame et Jean Décotte pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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