La bataille du kuài

Le pouvoir a une obsession: s’assurer de la stabilité sociale, fournir des emplois aux migrants, digérer la hausse des salaires. Pour cela, pas question d’aventure monétaire.

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La bataille du kuài

Renminbi («monnaie du peuple»), yuan (« rond ») ou encore kuài («morceau»), quel que soit son nom, officiel, courant ou familier, lamonnaie chinoise obsèdeWashington. Le 29 septembre, la Chambre des représentants a adopté, dans un élan bipartisan, une loi selon laquelle la Chine sousévaluait sa monnaie à dessein, asphyxiant l’industrie américaine. Le 15 octobre dans un rapport clé (prévu en avril mais reporté), le Trésor doit juger si elle est «manipulée». De tout cela peuvent découler, après un long processus, des sanctions et pourquoi pas une flambée protectionniste.

L'histoire n’est pas nouvelle. Depuis dix ans, l’ire américaine gonfleàmesure que les conteneurs chinois s’empilent dans ses ports. En 2005, Pékin fit un geste en renonçant au peg (taux fixe) entre yuan et dollar, ce qui mena à une réévaluation d’environ 20%et calma les esprits. Mais l’irritation a repris sur le bord du Potomac au vu des déficits. Cette année, en sept mois, les importations venant de Chine ont atteint 193milliards de dollars (+20%) et le déficit a bondi de 17%à 145milliards. En dix ans, il aura triplé (marquant surtout la perte de compétitivité de l’industrie américaine!)

L'annonce, le 19 juin, d’une flexibilité accrue du yuan a pu faire illusion, mais rien n’a encore changé. Et l’Amérique ne s’inquiète pas seule. Le FMI juge la monnaie chinoise sous-évaluée de 20 à 30%. Le Japon qui, par ailleurs, vit une grave crise avec son voisin à propos de ses eaux territoriales, est asphyxié par le yuan faible. Surtout que Pékin prend un malin plaisir à acquérir de la dette nipponne, faisant flamber le yen. Quant à la zone euro, c’est la double peine: dollar faible et yuan plus encore.

Et la Chine? Fidèle à son habitude, elle reste rétive aux pressions (ne pas perdre la face!) Et alerte contre toute «action inappropriée» comme l’a rappelé ces jours-ci le Premier ministre, Wen Jiabao, à Athènes ou à Bruxelles où il est venu au secours…de l’euro! Sorti renforcé de la récession, assis sur 2450 milliards de dollars de réserves, détenant aussi la clé d’épineux dossiers (Iran, Corée du Nord...), l’ex-empire du Milieu semble vivre son âge d’or. Et en joue comme l’illustre chez lui son jeu de chaud et froid avec les groupes étrangers. Avant tout, le pouvoir a une obsession: s’assurer de la stabilité sociale, fournir des emplois aux migrants, digérer la hausse des salaires. Et pour cela, pas question d’aventure monétaire. Pékin a en tête les accords du Plaza de 1985 qui visèrent avec succès à dégonfler le dollar. Entre autres, cela précipita le déclin du Japon (la Chine d’hier) en renforçant le yen et gonflant une bulle dont Tokyo n’est pas encore sorti.

La solution ? Serait-ce le nouvel ordre mondial défendu par Nicolas Sarkozy auG20? Un système où les parités seraient sagement fixées par une action coordonnée. Espoir ou illusion, la réponse passe d’abord par Pékin. Le 15 octobre (jour où le Trésor américain livrera son verdict), s’y ouvrira la session annuelle du PCC. Au menu: le 12e plan (2011- 2015) et ses choix de développement. En coulisse: la succession du président Hu en 2012 et le rapport aux autres (Inde, Japon, états-Unis…). Si ce pouvoir juge bonne l’idée qu’un yuan fort l’aidera à maîtriser ses défis que sont l’inflation et l’irrépressible soif d’investissement (44%du PIB) ou que, demain, est souhaitable une vaste zone yuan dans toute l’Asie, il se fera plus conciliant. La bataille du kuài résume bien les nouveaux rapports de force planétaires.

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