Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

La bataille des plates-formes

Par Marion Garreau , , , ,

Publié le

Le phénomène plate-forme bat son plein dans l’industrie. Des acteurs de tous horizons lancent leur solution pour s’imposer dans l’internet industriel des objets.

La bataille des plates-formes
Avec Predix, GE optimise la maintenance prédictive des sites industriels.
© General Electric

Ils se veulent les Amazon, Facebook et autre iOS de l’industrie. De plus en plus d’acteurs mettent l’accent sur des plates-formes de solutions connectées pour l’industrie afin de s’imposer en champion de l’internet industriel des objets (IIoT). À coup de milliards d’euros d’investissements et de grandes messes d’évangélisation du marché, les géants américain General Electric (GE), avec sa plate-forme Predix, et allemand Siemens, avec Mindsphere, font la course au leadership. « Notre stratégie, c’est d’être numéro un. Très peu d’acteurs devraient survivre à terme », soutient Cédric Moreau, chargé du développement commercial de Mindsphere en France.

Basées dans le cloud, Mindsphere et Predix assurent la connectivité des machines, le stockage et la structuration des données, puis leur analyse et leur traitement massif pour offrir des outils d’aide à la décision. Fonctionnant sur abonnement, elles donnent accès à des services de base et font office de magasin d’applications dédiées à des solutions pour l’optimisation des process, souvent développées par des start-up ravies de trouver là un débouché. Face à ces deux mastodontes, d’autres grands acteurs se sont aussi lancés. Bosch a développé Bosch IoT Suite et ABB la plate-forme Ability. Dans ce bouillonnement apparaît un premier Français, Schneider Electric, qui a lancé Ecostruxure il y a plus de deux ans. Maintenance prédictive pour réduire les temps d’arrêt des machines, optimisation énergétique et hausse de la productivité, voilà la valeur que toutes ces plates-formes prétendent apporter.

Spécialistes des machines contre acteurs du logiciel

Après une arrivée en ordre dispersé, une verticalisation des plates-formes émerge. « Le marché devient plus mature et segmenté, chaque acteur se focalisant là où il a le plus de valeur ajoutée », observe Vincent Champain, le directeur général de GE Digital France. Il précise le recentrage choisi pour Predix : « Nous avons décidé de nous focaliser sur les machines critiques, que nous connaissons bien, telles les turbines à gaz, les moteurs d’avion, les ascenseurs ou les processus industriels et services associés. » Siemens, lui, promeut Mindsphere en priorité auprès des industriels du pétrole et gaz, de l’aéronautique et de l’automobile. Tandis que Schneider Electric cible d’abord la pétrochimie et la chimie fine pour l’optimisation énergétique, l’industrie manufacturière pour la maintenance.

S’ils n’attaquent pas le marché sous le même angle, tous ont un argument commun : leur ADN industriel et leurs connaissances métiers. Un moyen de contrer la montée en puissance d’une concurrence tierce, celle des grands acteurs du logiciel comme IBM et Microsoft, forts de la pénétration de leurs solutions cloud chez les grands industriels, notamment de l’aéronautique et l’automobile. « L’internet industriel se situe dans la convergence du monde de l’OT [operational technology] avec celui de l’IT [information technology], souligne Marc Fromager, le directeur de l’activité industrie chez Schneider Electric France. Il est inévitable que les acteurs du logiciel arrivent. » L’allemand SAP, leader dans les progiciels de gestion intégrés (ERP), a ainsi lancé Leonardo, qui comprend une plate-forme d’IIoT et des centres d’expérimentation pour accompagner les clients dans leur transformation digitale. Pour l’éditeur, l’internet industriel doit permettre d’optimiser le fonctionnement de l’entreprise et son business. « Alors que nos concurrents font de l’usine 4.0, nous avons l’ambition de faire de la digital supply chain, explique Philippe Geoffroy, expert industrie 4.0 chez SAP France. La maintenance, le contrôle qualité, les transports et la logistique sont déjà gérés par SAP. Grâce à l’IIoT, nous n’allons pas construire un jumeau numérique de l’usine, mais de l’entreprise étendue. »

Face aux spécialistes des machines, la carte d’une approche plus globale de l’IIoT est aussi jouée par le champion français de la conception-simulation, Dassault Systèmes, arrivé récemment dans la course avec sa plate-forme 3D Experience. « Prédire les pannes et optimiser les processus industriels est de l’ordre du court-terme, explique Julien Calviac, le directeur solutions pour l’IoT chez Dassault Systèmes. Au-delà de cette étape, il y a une vraie opportunité, celle d’une intelligence artificielle prescriptive pour réduire l’impact des pannes, mais aussi les éviter dans le futur. » La stratégie de l’éditeur : utiliser la donnée pour enrichir et optimiser ses logiciels de conception et simulation et proposer « une continuité digitale depuis les phases de design jusqu’à la chaîne de fabrication et la maintenance ». « Grâce à cette continuité, une mise à jour de la conception du produit entraîne automatiquement la mise à jour de la chaîne de production. Nos clients gagnent en agilité et voient leur » time to market » raccourci », argumente Julien Calviac. L’approche est intéressante mais le Français part tard dans la bataille, alors que son concurrent PTC a lancé très tôt sa plate-forme d’IoT industriel ThingWorse, bien positionnée sur le marché.

Interopérabilité, ouverture…

Au-delà d’une confrontation entre OT et IT, le scénario d’une convergence des solutions est écrit. D’autant plus qu’il correspond aux attentes des clients. « Aujourd’hui, l’écosystème des plates-formes se structure autour d’une approche modulaire : les clients apprécient la pluralité des offres et veulent intégrer différentes briques technologiques pour obtenir un ensemble adapté à leurs problématiques », soulignent Yoann Derriennic, associé au cabinet PwC, et Julien Gallice, directeur spécialiste plate-forme IIoT chez PwC. « La flexibilité et le caractère agnostique des plates-formes deviennent les principaux critères de choix, observe également Florian Hubrecht, expert industrie du futur chez Accenture. Demain, les clients n’achèteront pas une marque, mais l’hybridation de solutions qui leur offre le meilleur service. » Les fournisseurs s’adaptent donc. Le terme agnostique revient de plus en plus dans leur discours, tout comme ceux d’interopérabilité et d’ouverture. « Venez chez nous et travaillez avec qui vous voulez » s’annonce comme le slogan de demain !

Entre alliances et offres jointes

Cette tendance n’est pas sans conséquence. « Nous sommes en train de basculer d’une ère où chacun essaye d’avoir sa propre plate-forme et de percer à une ère où les acteurs spécialistes de plates-formes doivent collaborer avec beaucoup d’intermédiaires et de nouveaux entrants qui viennent y agréger leurs solutions, explique Cyril Barreteau, consultant indépendant en IoT. Les choix stratégiques d’écosystème de ces nouveaux entrants vont peser dans la structuration du marché. » Il s’agit surtout de spécialistes de l’intelligence dans le traitement de la donnée avec des pépites françaises comme TellMePlus, Actility et Optimistik. Des acteurs qui ont l’avantage d’être plus attrayants pour les talents de l’intelligence artificielle et beaucoup plus agiles que les mastodontes. « La structuration à moyen et long terme va se faire par des alliances et des offres jointes, considère Florian Hubrecht. D’ici deux à trois ans, nous devrions voir émerger des gagnants et des perdants. » Avec, pour enjeu, un marché mondial de l’IIoT évalué par un récent rapport de Grand View Research à 88,4 milliards d’euros en 2016 et qui devrait dépasser les 755 milliards en 2025. De quoi intensifier la bataille.

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle