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Là-bas aussi, l'Etat se mobilise

Solène Davesne , ,

Publié le

Rattrapés par la crise mondiale, les grands pays émergents fourbissent leurs armes pour soutenir leur économie et se préparer au rebond en... 2010. La Chine a annoncé un plan massif de soutien de près de 460 milliards d'euros. Ceux de l'Inde, du Brésil et de la Russie sont plus modestes.

Dans la province du Guang-dong, au sud de la Chine, la plupart des entreprises ont supprimé le repas traditionnel offert aux salariés pour le nouvel an chinois. L'heure n'est pas à la fête. Depuis l'été, des dizaines d'usines dans le jouet, la chaussure ou le textile ont fermé leurs portes, en raison de la baisse de la demande mondiale. L'indice PMI manufacturier, calculé par la branche du Crédit agricole en Asie (CLSA), a chuté de 4,3 points pour atteindre son plus bas historique à 40,9 points, le mois dernier. « Les entreprises ferment dans le sud et se délocalisent dans le nord ou l'ouest du pays, où les coûts de la main-d'oeuvre et de l'immobilier sont moins élevés », nuance Sébastien Bréteau, le PDG d'AsiaInspection, qui contrôle la qualité dans les usines chinoises.

Depuis novembre, la dégradation de l'économie des grands pays émergents s'est accélérée. En 2009, la croissance chinoise ne devrait pas dépasser 7,5 % selon la Banque mondiale, celle de l'Inde plafonnera sous les 6,8 %. L'atterrissage est brutal. Pour rebondir dès 2009, ces nouvelles puissances ont déjà toutes mis sur la table des plans de soutien à leur économie.

Incontestablement, la Chine a une longueur d'avance. Depuis novembre, Pékin a multiplié les mesures de soutien. Le mois dernier, le gouvernement a dévoilé un vaste plan d'investissements dans les infrastructures de près de 460 milliards d'euros sur deux ans. Dans la réalité, les deux tiers des dépenses ont déjà été engagés et le plan de soutien ne devrait livrer ses effets, au mieux, qu'à moyen terme. Les taux d'intérêt ont été aussi assouplis à quatre reprises depuis septembre. « L'objectif pour l'Etat est de réorienter la croissance vers la consommation interne. Mais les Chinois épargnent beaucoup faute de retraite ou de couverture santé. Il aurait été plus judicieux d'investir dans les infrastructures sociales que dans les routes », juge Joël Ruet, chercheur à l'Ecole des mines.

La Chine joue sur deux tableaux. Tout en soutenant son marché domestique, Pékin a laissé sa monnaie glisser de 0,5 % face au dollar, début décembre, pour renforcer sa compétitivité à l'export. Une politique qui fait grincer des dents à Bruxelles et Washington. Une série de déduction d'impôts a aussi été introduite sur plus de 3 700 produits, allant du textile aux biens mécaniques en passant par l'acier, pour soutenir l'exportation. Malgré cela, la crise risque de laisser des traces sur les entreprises chinoises. L'Etat central devrait profiter des difficultés des exportateurs pour remettre de l'ordre dans les groupes trop liés aux Etats locaux et provoquer des regroupements.

UN REVERS PLUS RUDE POUR LA RUSSIE ET LE BRÉSIL

Les autres pays émergents ne sont pas en reste, même s'ils ne disposent pas des mêmes marges de manoeuvre. Plutôt attentiste avant les événements de Bombay, qui ont déstabilisé la capitale économique indienne fin novembre, le Premier ministre, Manmohan Singh, a annoncé depuis un plan de près de 10 milliards d'euros pour financer des infrastructures. Des aides spécifiques devraient aussi être accordées aux exportateurs. Une goutte d'eau à l'échelle de l'Inde.

Près d'un demi-million d'emplois pourrait être menacé dans le textile par la chute des exportations, (- 12 % en septembre). Quant au marché intérieur indien, il est plombé par la restriction du crédit aux particuliers. Les ventes de voitures de Tata Motors ont ainsi chuté de 40 % en novembre. « L'Inde a connu un choc d'inflation jusqu'à cet été, avec des hausses de prix de près de 10 %. Les taux d'intérêt sont restés relativement élevés jusqu'à récemment », note Karine Berger, chef économiste de l'assureur-crédit Euler Hermes. Trop endettées, beaucoup d'entreprises sont confrontées à des difficultés de refinancement. « Le coût du crédit a augmenté à près de 15 %, contre 10 % avant la crise financière », note Alain Raban, le directeur général de Vossloh en Inde. Pour relancer le crédit, la Banque centrale devrait encore assouplir sa politique monétaire, après plusieurs baisses de son taux d'intérêt, porté à 7,5 %.Au final, « la Chine et l'Inde devraient de toute manière être les pays les moins touchés par le ralentissement et les premiers à repartir », juge Karine Berger.

Le revers de fortune en Russie et le Brésil est plus rude. Selon Morgan Stanley, la croissance ne dépassera pas 2 % pour le Brésil et 1,5 % pour la Russie en 2009. Pris à contrepied par la baisse des cours des matières premières et de l'énergie, ces deux pays ont déjà dépensé des milliards d'euros pour défendre leur monnaie. Le real a dévissé de 34 % depuis l'été face au dollar, tandis que la Russie a dû consentir à une dévaluation du rouble fin novembre, après avoir consumé près de 150 milliards de dollars de ses réserves de change en trois mois.

DES RABAIS FISCAUX POUR LES ENTREPRISES RUSSES

A Moscou, la crise a donné l'occasion à l'Etat de revenir en force dans le secteur privé. Les géants des métaux Rusal (aluminium) et Evraz (acier), fortement endettés à l'étranger, ont dû recevoir des prêts de l'Etat russe pour faire face à leur échéance. Dans l'extraction pétrolière, des projets d'investissement - urgents pour renouveler des infrastructures vétustes - ont été gelé pour 2009. La Russie a aussi engagé 15 milliards d'euros pour accorder des rabais fiscaux aux entreprises. « Le taux d'imposition est déjà très faible, ce n'est pas sûr qu'une baisse aura un impact », juge Ben Deboeck, spécialiste Russie de l'assureur-crédit Ducroire. La Russie devra trouver d'autres recettes.

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