"La banque publique d'investissement va changer le quotidien des PME"

Pierre Moscovici a lancé le 6 juin en conseil des ministres le chantier de la banque publique d'investissement. Pour son collègue du redressement productif Arnaud Montebourg, qui s'est aussi impliqué dans le dossier, la banque publique marque le retour à des circuits courts de financement et devrait changer la vie quotidienne des entreprises, notamment des plus petites.

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L'Usine Nouvelle - Pourquoi allez-vous fonder une banque publique d’investissement au premier trimestre 2013 ?
Arnaud Montebourg - Le diagnostic que nous faisons, c'est que le système bancaire actuel est défaillant et qu'il nous faut prendre des mesures de protection de l’économie. Dans le débat ce matin au conseil des ministres, autour du président, nous avons pensé que la vitesse était un élément déterminant. Car toutes les enquêtes montrent que les banques financent mal l’économie.

Ce n'est pas ce qu'elles affirment...
Si les banques sont contentes d’elles, je les félicite, mais leurs clients ne le sont pas. La CGPME, par exemple, nous a saisi pour demander des financements supplémentaires du même type que ceux qu'Oseo avait mis en place dès 2008 pour soutenir la trésorerie des petites entreprises. La réalité, c'est que l'économie n'est pas financée. La banque publique d’investissement (BPI) a justement pour but d’irriguer l’économie réelle, de drainer l’épargne nationale qui est très importante en France -c'est là un atout majeur de notre pays dans la mondialisation- vers les entreprises qui sont des facteurs de croissance sur le territoire national. Nous voulons mettre en place des circuits courts, un peu comme dans l’agriculture. L’épargne est abondante mais le crédit est insuffisant. Avec le livret épargne industrie, une partie de l’assurance-vie, les fonds multiples de la caisse des dépôts, nous voulons drainer l’épargne des territoires et rassembler toutes ces forces pour les mettre à la disposition des entreprises qui n’arrivent pas à se développer ni à croître à cause du système bancaire. C’est le schéma général et l’esquisse que nous dessinons, les deux poles de Bercy, Pierre Moscovici et moi-même.

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De quels outils disposera-t-elle ?
Il y a des choses qui marchent qu’il faut garder. Oséo marche, il faut le conserver. Le financement de l’innovation peut être amélioré tout comme nos interventions sur le haut-de-bilan. En la matière, le FSI va jouer un rôle mais il ne doit pas se comporter comme un fonds d’investissement ayant les mêmes exigences qu'un fonds privé. Il doit être plus patient dans ses investissements, il doit être un partenaire de long terme et être moins gourmands, c’est-à-dire qu’il ne réclamera pas des rentabilités excessives de marché.

C’est une critique en creux ?
Je n’ai pas dit cela. Je pense que l’utilité d’une BPI est de favoriser la naissance de projets économiques, dans le cadre du redressement de notre industrie, que le système financier dans son excès de gourmandise ne regarde même pas. Pourquoi des usines ferment alors qu’elles gagnent de l’argent ? Dans une économie normale, les taux de retour sur investissement sont raisonnables et modérés. Pourquoi ? Parce que l’innovation et le long terme font partie des ressorts de la croissance. Toute économie qui préfère le court terme est une économie qui se condamne. Notre préférence pour la croissance nous amène à préférer le moyen et le long terme.

Vous voulez aussi mobiliser l’épargne populaire, comment comptez-vous vous y prendre ?
Avec le livret épargne industrie, nous allons utiliser un des atouts de la France pour redresser notre industrie. Nous n'avons pas encore décidé les volumes et la capitalisation. Mais nous voulons mobiliser chaque français autour de ce projet. Chacun peut comprendre qu’en acceptant un peu moins de rémunération de son épargne, il peut soutenir un peu plus d’investissement sur le territoire. Il y a une part de civisme économique.

Pour les industriels, en quoi cette banque va leur faciliter la vie ?
Pour les entreprises, cela va changer la vie quotidienne financière. Il y aura un guichet unique tout d’abord, alors qu’actuellement le dispositif est éclaté entre le FSI à Paris et Oséo en province. La BPI pourrait aussi aller -c'est en débat- jusqu’à financer la trésorerie des entreprises. A titre personnel, j’y suis tout à fait favorable.

La Banque publique pourra-t-elle prêter en direct sans co-investissement aux entreprises ?
C'est une option dont nous discuterons avec nos partenaires. Nous n’excluons pas de servir de déclencheur de tour de table, comme cela est le cas actuellement pour Oséo. Mais ce que nous voulons, c'est offrir une sorte de protection financière multiforme et totale pour nos PME et entreprises sur le territoire, qui seront les créatrices d emplois de demain.

Quelle place pour les régions ?
Le débat est ouvert entre les membres du gouvernement mais il est naturel qu’on associe les présidents de région, les CCI, les chambres de métiers et d agriculture, car les artisans et les agriculteurs sont aussi des producteurs. Il faut que nous imaginions une formule innovante. Nous pourrions, pourquoi pas, imaginer des banques autonomes sur le plan régional qui ressembleraient aux banques existant dans les länder allemands. C’est le circuit court dont je parlais plus haut. Nous avons besoin d’une BPI qui finance à la fois les orientations stratégiques de la puissance publique. Mais il faut aussi éviter qu’elle ne soit un mammouth étatique centralisé et faire en sorte au contraire qu’elle soit très proche des besoins des entreprises sur le territoire.

Propos recueillis par Solène Davesne, Laurent Guez et Thibaut De Jaegher

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