La Banque mondiale et le FMI en désaccord sur les changes

par Stanley White et Leika Kihara

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TOKYO/WASHINGTON (Reuters) - La Banque mondiale et le Fonds monétaire international apparaissent en désaccord sur l'attitude à adopter face aux flux de capitaux qui se déversent sur les pays émergents et font monter leurs devises, la première semblant plus interventionniste que le deuxième.

Les changes sont devenus ces derniers mois une source croissante de tensions, de grands pays industriels cherchant à défendre leurs entreprises exportatrices en faisant baisser leur monnaie tandis que d'importants pays en développement comme le Brésil et la Corée du Sud prennent des mesures pour freiner les flux de capitaux étrangers ou envisagent d'en prendre.

La question des taux de change devrait être un des sujets importants à l'ordre du jour des assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI à partir de vendredi et de la réunion des ministres des Finances du Groupe des Sept (G7) qui se tiendra le même jour.

Les dirigeants occidentaux s'inquiètent de la volonté des pays émergents d'affaiblir leurs devises : ils estiment que cela pourrait entraver la reprise économique.

Les responsables des pays en développement rétorquent que les taux d'intérêt ultra-bas mis en place dans les pays riches pour faire pièce à la crise entraînent une réallocation des actifs vers leurs marchés, ce qui fait grimper leurs devises et leurs marchés d'actions, d'obligations ou immobiliers.

Selon le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, les pays émergents feraient bien d'étudier diverses mesures pour contrôler les flux de capitaux à court terme, qui sont susceptibles de créer des bulles spéculatives et de faire flamber les devises, a rapporté le quotidien Nikkei.

Mais le directeur général adjoint du FMI, Naoyuki Shinohara, a jugé naturel et souhaitable que l'argent se place dans les pays à forte croissance et s'est dit opposé à toute tentative des autorités de réduire ces flux ou de défendre des objectifs de change particuliers.

"Lorsqu'il y a de temps à autre des fluctuations sur le marché, l'intervention ne peut être exclue, mais il est tout à fait inopportun pour un pays d'intervenir régulièrement pour maintenir les devises à un certain niveau", a-t-il déclaré à Reuters mercredi soir à Washington.

LA CHINE FAIT LA SOURDE OREILLE

Naoyuki Shinohara, qui était le "Monsieur Devises" du Japon avant de prendre son poste au FMI, estime qu'en tentant de faire reculer le yen, le gouvernement japonais se lance dans une bataille perdue d'avance, dans la mesure où les politiques monétaires aux Etats-Unis et en Europe devraient rester très accommodantes.

"Ce n'est pas quelque chose que le Japon peut contrôler. Si le Japon tente de modifier cela, cela va fausser les marchés", affirme-t-il. Au contraire, ajoute-t-il, Tokyo doit se concentrer sur les réformes de fond et sur l'assouplissement monétaire pour combattre la déflation.

Tout en défendant l'interventionnisme, Robert Zoellick se montre neutre à propos du Japon et des autres pays intervenus récemment sur les marchés pour tenter d'affaiblir leurs devises.

"Je ne les soutiens, ni ne les critique", affirme-t-il dans l'entretien au Nikkei.

Pour la première fois en six ans, le Japon est intervenu le 15 septembre sur le marché des changes pour vendre du yen. Mais la devise est depuis repartie à la hausse, revenant mercredi à son plus haut de 15 ans face au billet vert où elle se trouvait au moment de l'intervention.

Le Premier ministre japonais, Naoto Kan, a réaffirmé que la volatilité des changes ne pouvait être négligée et que le gouvernement japonais prendrait des mesures si nécessaire.

Le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a mis en garde mercredi contre l'utilisation des monnaies comme arme politique pour désavantager les autres pays et favoriser ses propres exportations.

Au contraire, les pays ayant des excédents commerciaux importants doivent laisser leur devise monter pour empêcher un cycle dévastateur de dévaluation compétitive, a estimé pour sa part le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner.

Mais la Chine, accusée au premier chef de maintenir le yuan artificiellement bas, fait la sourde oreille à ces appels. Mercredi, le Premier ministre chinois Wen Jiabao a rejeté les appels de l'Union européenne à une appréciation rapide du yuan, qui aurait selon lui des conséquences sociales désastreuses, en Chine et pour la reprise économique mondiale.

Danielle Rouquié pour le service français, édité par Marc Angrand

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