Quotidien des Usines

"La banque européenne d'investissement veut augmenter de 40 % ses financements en France", selon Philippe de Fontaine Vive

Arnaud Dumas , , , ,

Publié le

Entretien A l’occasion de la présentation des résultats 2012 de la Banque européenne d’investissement, Philippe de Fontaine Vive, son vice-président, détaille les objectifs de l’établissement public européen basé au Luxembourg  vis-à-vis des industriels français. Il compte notamment atteindre 7 milliards d’euros de financement en 2013, après 4,3 milliards d’euros en 2012.

La banque européenne d'investissement veut augmenter de 40 % ses financements en France, selon Philippe de Fontaine Vive © alles-schlumpf - Flickr - C.C.

L'Usine Nouvelle - Quel bilan de l’année 2012 tirez-vous pour la Banque européenne d’investissement ?

Philippe de Fontaine Vive - 2012 a été une année charnière. Elle a signé la fin de la période au cours de laquelle la BEI a dû tirer sur son bilan pour aider les entreprises, pendant cette période de crise qui dure plus longtemps que prévu. Nous avons donc enregistré un haut niveau de financement, mais en retrait par rapport à 2011. La BEI a accordé 52,1 milliards de financement en 2012, dont 44,7 milliards pour les pays de l’Union européenne.

En France, 4,3 milliards d’euros de financement ont été octroyés sur 36 projets. L’activité en France se sera moins contractée que la moyenne européenne, mais avec une tendance à la baisse quand même : notre activité s’élevait à 4,9 milliards d’euros en 2011. Il y a par ailleurs eu quelques changements dans la nature des projets financés. Contrairement à 2011, nous n’avons pas eu de grands projets d’infrastructure comme les lignes de trains à grande vitesse. Mais nous avons un peu plus financé de PME (pour 700 millions d’euros, +6 %, ndlr) et d’innovation (pour 773 millions d’euros, le double de 2011, ndlr).

Quelles sont vos perspectives en France pour 2013 ?

Nous avons obtenu une augmentation de capital de 10 milliards d’euros qui va nous permettre d’accroître significativement notre activité. Notre plan de charge consistait à repasser à 40 milliards d’euros d’engagement par an au global, avec cette augmentation de capital, nous nous engageons à y ajouter 20 milliards d’euros de plus par an.

En France, notre objectif est d’augmenter notre activité de 40 à 45 %. J’espère qu’en 2013, nous irons au-delà de la cinquantaine de dossiers financés. Deux programmes publics sont notamment en train d’être discutés, comme la relance des investissements des hôpitaux, sur laquelle nous travaillons avec Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales et de la santé, ainsi qu’un programme de prêts aux universités que nous préparons avec Geneviève Fioraso, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche.

Nous allons par ailleurs démarcher les entreprises pour nous mettre à leur disposition. Je dois à ce propos rencontrer vendredi 1er mars 2013 les représentants de toutes les banques françaises, pour voir quels sont les acteurs vers lesquels nous pourrions communiquer avec elles pour répondre à des besoins de financement.

Passer de 4,3 milliards à 7 milliards d’euros de financements suppose cependant une forte mobilisation de notre part. C’est pour cela que, dès le 1er mars, nous installerons à Paris deux agents de la BEI, l’un pour le secteur public, l’autre pour le secteur privé, chargé de répondre aux demandes. Ils permettront de faciliter l’instruction des dossiers et feront le lien entre les entreprises et les services de la BEI à Luxembourg ou avec nos partenaires bancaires locaux.

Les industriels français font-ils suffisamment appel à la BEI ? Les demandes d’argent pour financer la R&D sont moins importantes que celles des industriels allemands…

Cette décision de mettre en place des agents à Paris est justement un moyen de dire aux industriels que la BEI peut être leur partenaire si les banques commerciales hésitent à leur prêter des fonds.

Il est vrai que la façon dont les industriels allemands sont organisés crée une forte solidarité entre les grands groupes et leurs sous-traitants. Il y existe un système intégré qui permet de partager les programmes de R&D entre les grands groupes et les fournisseurs, et entre le privé et le public. J’ai mené un sondage auprès de 330 organismes et entreprises en Europe et, visiblement, c’est le système le plus efficace.

Mais nous travaillons aussi beaucoup avec les industriels français. En 2012, nous avons par exemple signé un prêt de 180 millions d’euros avec Renault pour sa R&D sur les voitures électriques. Nous travaillons également avec PSA Peugeot Citroën sur le développement des véhicules hybrides. Nous avions par ailleurs soutenu le groupe Bolloré en 2011 pour lancer son usine de batteries en Bretagne en 2011, et nous lui avons encore prêté 75 millions d’euros en 2012 pour le programme Autolib à Paris.

C’est d’ailleurs un des sujets que j’ai commencé à traiter avec la Banque publique d’investissement (BPI), pour trouver les moyens d’accompagner les centres de recherche français.

Justement, comment allez-vous travailler avec la Banque publique d’investissement ?

En accord avec Pierre Moscovici, le ministre de l’Economie et des finances, et Jean-Pierre Jouyet, le directeur général de la Caisse des dépôts et le président de la BPI, je suis en plein dialogue avec Nicolas Dufourcq, le directeur général de la BPI. Nous voulons étudier les modalités de coopérations qui pourront avoir lieu entre nous. Nous nous sommes rencontrés deux fois et nous avons mis en place un groupe de travail commun. Mon objectif, c’est d’avoir mis au point un accord cadre en mai, au moment où la BPI aura finalisé son organisation.

Quels types de relations pourraient exister ?

Cela pourrait être des interventions en co-investissement dans les entreprises, ou bien nous pourrions déléguer des lignes de crédit comme nous le faisons avec les banques commerciales, ou encore en participant au financement direct de la BPI… A moins que ce ne soit un mélange de tout cela.

Quelle serait la formule la plus efficace ?

Je suis très pragmatique : plus la palette de produits est large, mieux c’est. Par exemple, rien ne dit que les solutions doivent être identiques dans toutes les régions. Je souhaiterais qu’il y ait plusieurs formules à la discrétion des régions.

Je pense que la BPI va avoir un effet très positif sur l’accélération des projets d’investissement. Elle entre dans la même logique que la Banque européenne d’investissement : il s’agit de ne pas faire du besoin de crédit une raison de reporter un investissement.

Arnaud Dumas

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte