L'usine PSA de Shenzhen, une "usine made in France"

La quatrième usine chinoise du groupe PSA rassemble ses meilleures pratiques. Cette usine "premium" a été conçue notamment avec des équipes de Sochaux et de Rennes.

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L'usine PSA de Shenzhen, une

Une odeur de peinture flotte encore dans l'air. Moins de trois ans après la signature de la coentreprise Capsa, PSA et son partenaire chinois Chang’An ont inauguré samedi 28 septembre leur première usine d’assemblage. Située à Shenzhen, dans le sud du pays près de Hong-Kong, ce site produira à terme au minimum 200 000 véhicules par an de la marque DS, la griffe luxe de Citroën.

Depuis mars 2013, l'usine travaille à la montée en cadence de son premier modèle : la version chinoise de la berline DS5, rebaptisée pour l'occasion "La nouvelle DS5". Et pour ses véhicules haut de gamme, PSA a voulu une usine premium.

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Meilleures pratiques

"Nous sommes l'équivalent de Toyota pour l'efficacité industrielle et d'Audi pour la qualité de production" résume Christophe Pineau, responsable de l'ingénierie industrielle chez Capsa. Avant d'ajouter : "Mais nous sommes une usine made in France !" Au milieu de l'atelier de ferrage flambant neuf, le jeune ingénieur en tenue Capsa gris clair sait de quoi il parle. Avant d'officier en Chine à partir de 2010, il a réalisé une mission exhaustive pour le groupe : recenser les meilleurs savoir-faire de PSA et les compiler dans une bible des standards industriels les plus élevés. Le tout est aujourd'hui mis en application à Shenzhen.

Shenzhen en bref
Une montagne a été rasée pour bâtir ce site d'un kilomètre carré.
Trois usines compose le site : l'usine DS, une usine d'assemblage de véhicules électriques pour Changan et une usine de moteurs de 100 000 unités minimum pour DS en particulier.
Un centre de R&D de 500 personnes ouvrira en 2014 a Shenzhen. Sa mission : adapter les véhicules au marché local.
8,4 milliards de RMB (environ 1 milliard d'euros) ont été investis par Capsa pour bâtir l'usine.

Sochaux pour modèle

"L'usine reprend l'organisation de Sochaux avec les mêmes standards de qualité qu'en Europe" précise Nicolas Guibert, vice-président de Capsa en charge des opérations industrielles. L'usine historique de Peugeot était jusqu'à présent la seule à produire la DS5 dans le monde. Le site de Shenzhen n’est cependant pas qu’une simple copie de sa cousine montbéliarde. Comme l’usine a été construire de zéro, PSA l’a voulu très compacte. Après deux ateliers d'emboutissage, deux ateliers de ferrage et deux lignes de peinture, l'unique ligne d'assemblage s'organise en forme de 'L', avec en creux la logistique. "Cela nous permet plus de réactivité, explique Nicolas Guibert. Nous introduirons aussi bientôt la pratique du kitting. Pour chaque voiture, les salariés recevront directement les pièces dans de petites boites en bord de ligne". Les planches de bord et d’autres gros éléments de la voiture sont aussi préassemblés sur de petites lignes en bordure du système principal. Cette organisation augmente ainsi la productivité. Comme les pièces sont déjà prêtes pour chaque véhicule arrivant sur la ligne, les opérateurs peuvent se concentrer sur l'assemblage. Et donc sur la qualité.

La qualité, objectif numéro 1

C’est le maitre-mot à Shenzhen. "Quand une usine normale dispose d'une quinzaine de points de contrôle au ferrage, il y en a ici plus de cinquante" détaille par exemple Christophe Pineau. PSA a installé les dernières techniques de pointe, comme peinture "wet-on-wet", inaugurée à Sochaux. Les différentes couches de peinture sont appliquées rapidement, sans avoir le temps de sécher. "La peinture est plus lisse, plus brillante ainsi" poursuit Christophe Pineau. Toujours par souci de qualité, l’usine a également repris le brasage au laser pour un meilleur accotement des pièces de carrosserie ou encore le contrôle de laser de certaines soudures. L’automatisation n’est cependant pas toujours la panacée. "Nous sommes moins automatisés au ferrage, 40% seulement, que Sochaux. Les soudures du pavillon de toit par exemple sont faites à la main pour être plus précises" précise Nicolas Guibert.

Management lean

L’environnement de travail des opérateurs a également été soigné pour une concentration maximale sur la qualité. Le jaune a été privilégié pour les zones dangereuses, comme les robots ou éléments mobiles, pour contraster avec le gris de la ligne et des carrosseries. Les panneaux lumineux ont aussi été retravaillés pour être très lisibles. Les bords de ligne ne dépassent pas un mètre cinquante de haut : les salariés bénéficient ainsi de la lumière du jour, peuvent voir loin autour d’eux et être vus par les managers. Ils sont aussi au centre du process de production, géographiquement parlant. Leurs bureaux sont situés au cœur de l’usine, de quoi rejoindre la chaine en quelques minutes en cas d’incident.

Le coup de pouce français

Pour assurer le bon démarrage de l'usine, une équipe de salariés de Sochaux est venue passer plusieurs semaines à Shenzhen. Des collègues de Rennes ont également fait le déplacement pour affiner les process de la ligne d'assemblage. Au bureau de formation, ce sont cette fois des gens de Vélizy qui sont venus mettre en place les programmes. Chaque salarié est formé pendant plus d'un mois avant de prendre son poste. "Les salaires oscillent entre 50 000 et 100 000 yuans (6250 à 12500 euros par an)" rapporte une cadre de Capsa.

Quatre modèles
La DS5 sera suivie en début d'année prochaine par la production d'une berline de segment C tricorps, une sorte de DS4 à coffre. Puis en octobre arrivera la version de série du Wild Ruby, un SUV de luxe. Le nom de code d'un quatrième modèle, vraisemblablement une grande berline, est déjà programmé. "Le ferrage de DS5 fonctionne pour l'ancienne plateforme BVH2 et le second ferrage peut accueillir aussi bien la BVH2 que l'EMP2 grâce à des points de fixation identiques" précise Christophe Pineau. PSA a inventé le bodyflexor, une combinaison de robots qui permet de gérer plusieurs empattements et plateformes sur une même ligne de ferrage. Si elle est dimensionnée pour le moment à 200 000 voitures, l'usine pourrait monter à plus de 300 000.
L’usine ne compte aujourd’hui qu’une seule équipe. Depuis août 2012, elle assemble des DS5 pour s'entraîner et valider le système de production, d'abord avec des pièces importées, désormais avec les pièces faites sur l'usine et par les fournisseurs locaux. A quelques kilomètres de l'usine se sont installés notamment Faurecia et Plastic Omnium. "Seulement 30% des composants viennent de l'étranger, rappelle Nicolas Guibert. Pour les robots, si les gros modèles viennent de fournisseurs occidentaux, les plus petits sont achetés à des sociétés chinoises".

L'appui chinois

Chang’An a fait jouer son réseau pour aider rapidement le site à monter sa supply-chaîne comme ses équipes. Au départ une centaine de personnes a été détachées de Changan pour travailler sur le site et assurer le recrutement. "Nous avons identifié les meilleurs employés qui travaillent dans les JV de Changan avec Ford et Mazda, rapporte Bernard Jacquelin, directeur de la qualité chez Capsa. Nous les avons ensuite formés pour qu'ils encadrent les équipes au sein de Capsa". 2201 salariés sont aujourd'hui employés sur le site, mais cette semaine, ils ne travaillent pas. Plusieurs jours fériés se succèdent début octobre en Chine pour marquer la création de la République Populaire. Globalement ces dernières semaines, le site a peu tourné. Il y a quinze jours, une inspection du ministère de l'Environnement a obligé à vider toute la chaîne. "C'est important d'avoir un partenaire comme Chang’An, avec un réseau influent, qui nous aide dans la complexité administrative de la Chine" rappelle Nicolas Guibert. Le patron du groupe chinois est en effet un des hommes les plus importants de l'industrie chinoise. Chang’An produit plus d'un million de voitures par an en propre et fait partie des quatre grands constructeurs chinois. En septembre, environ 15 véhicules sont sortis des chaînes chaque jour. A terme, Capsa espère pousser à 55 unités par heure, un chiffre semblable aux standards des grandes usines européennes.

Pauline Ducamp, à Shenzhen

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