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"L'usine du futur à la française, du jamais vu", selon Frédéric Sanchez

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Publié le , mis à jour le 26/03/2014 À 15H33

Enquête Pour Frédéric Sanchez, le président du directoire de Fives, la nouvelle unité de production sera centrée sur l’humain, et c’est ce qui fait sa spécificité.

L'usine du futur à la française, du jamais vu, selon Frédéric Sanchez

L'Usine Nouvelle - Pourquoi Fives a-t-il été choisi pour piloter, avec Dassault Systèmes, le plan Usine du futur ?

Frédéric Sanchez - Nous avons été choisis car nous fournissons toutes les industries, depuis les usines de matières premières comme l’acier ou le ciment jusqu’aux produits finis. Nous comptons aussi parmi les acteurs de l’innovation française, avec entre 40 et 50 familles de brevets déposés chaque année. Au fil de nos deux cents ans d’existence, nous avons accompagné les grandes révolutions industrielles. Enfin, nous avons lancé en 2012 l’Observatoire Fives de l’usine du futur, grâce auquel nous avons déjà commencé à remplir le cahier des charges de l’usine du futur. En résumé, nous avions déjà les idées claires sur les directions à prendre.

Quel a été le cahier des charges fixé par le ministère du Redressement productif ?

Arnaud Montebourg nous a demandé de nous entourer d’entreprises qui travaillent sur différentes briques technologiques. Nous avons noué des partenariats avec des spécialistes du logiciel (Dassault Systèmes), des capteurs (Schneider Electric et le CEA), de la robotique (Staübli), des composites (Coriolis Composites), de l’impression en 3 D (Groupe Gorgé). L’une des particularités de ce plan, c’est qu’il est transversal. Les 33 autres concernent des filières. Avec nos partenaires, nous avons trouvé des angles d’attaque originaux pour définir une offre France qui soit la plus distinctive possible. Et d’après les quelques privilégiés qui ont eu le droit d’y jeter un œil, l’usine du futur à la française, c’est du jamais vu.

Les plans américains et allemands, lancés il y a quelques années, ont-ils servi de base de départ pour vos travaux ?

Pas vraiment, car ceux-ci ne partaient pas avec les mêmes contraintes et objectifs que nous. Aux États-Unis, les usines sont remarquables, certes, mais encore peu optimisées car là-bas il n’y a pas de problème d’espace. En Allemagne, ils sont très avancés en robotique, mais moins en ce qui concerne l’optimisation globale des procédés. En outre, nous ne pouvions pas nous battre sur des aspects de financement : 4 milliards d’euros ont été alloués à nos 34 plans, alors que les Allemands ont mis 40 milliards sur la table pour Industrie 4.0. Cela aurait été David contre Goliath. Nous avons choisi d’élargir le débat. Nous avons analysé l’ensemble des leviers pouvant mener à l’usine du futur, et nous les avons confrontés aux attentes de nos clients. Ce qui nous a permis d’identifier les axes vraiment essentiels. Au total, nous avons listé 43 leviers de compétitivité.

Quelles sont les différences avec les plans des autres pays ?

Contrairement aux plans allemands et américains, nous n’avons pas voulu rester focalisés sur les nouveaux outils numériques et les machines connectées. Le plan français est beaucoup plus vaste, puisqu’il s’intéresse aussi à la place de l’homme dans l’usine. Un sujet sur lequel nous travaillons, par exemple, avec Airbus pour que les opérateurs réalisent les tâches les plus intéressantes et les moins pénibles. De même, nous travaillons avec EDF sur la thématique de l’efficacité énergétique, et avec Veolia sur le traitement des flux de matières. Construire une usine du futur, ce n’est pas faire de l’automatisation à outrance, c’est aussi intégrer le bâtiment dans son environnement. Cela répond aux problématiques des pays émergents, qui doivent intégrer les usines dans les villes. En Inde, où les réseaux de transports publics sont quasi inexistants, les usines sont obligatoirement proches des habitations. Il faut donc trouver la bonne taille d’usine, ni trop grosse ni trop petite, et limiter tous types de pollution, visuelle, environnementale et sonore. Pour ces réflexions, nous associons des professionnels issus d’autres horizons, comme des architectes ou des sociologues.

Quelle feuille de route avez-vous proposée au gouvernement ?

Nous avons proposé un plan d’actions fondé sur quatre leviers. Premièrement, des actions de financement. Il est urgent d’agir pour la compétitivité des PME, en lien avec les régions, tant l’outil productif français est ancien et peu automatisé. Aujourd’hui, au niveau mondial, c’est comme si nous participions à une course de F1 avec une 4L : l’âge moyen des machines-outils est de plus de 17 ans. À titre de comparaison, il est de 9 ans en Allemagne. Et nous achetons moitié moins de machines que les Italiens ou les Britanniques. Il faut donc donner aux PME les moyens de s’équiper, promouvoir auprès d’elles les outils modernes et les former aux méthodes de pilotage associées. Deuxièmement, il y aura des actions liées à l’organisation. Avec un chapitre sur l’attractivité des territoires, car la plupart des financements passeront par le biais des régions. Troisièmement, nous allons développer des activités de R & D sur des secteurs clés comme les composites ou l’impression en 3 D. Enfin, il s’agira de montrer que l’usine du futur, ça marche.

Sur ce dernier point, quelle est votre stratégie ?

Le but du plan est de présenter entre quinze et vingt projets, qui soient des vitrines de ces différents concepts. Des plates-formes technologiques représentatives des briques de l’usine du futur, mais installées sur de vrais sites de production. Nous avons proposé au ministre une trentaine de projets d’usines innovantes, et il va annoncer les finalistes le 3 avril, à l’occasion du salon Industrie Paris 2014. Ce seront à la fois des usines neuves et des projets de rénovation. En rénovation, bien sûr, certaines d’entre elles intègrent déjà quelques-unes de ces technologies. L’objectif est d’en ajouter d’autres pour créer une fonction cohérente. Il faut démontrer que ces briques, une fois mises ensembles, délivrent des résultats encore meilleurs.

Pourquoi a-t-on besoin de construire autant de ces vitrines ?

C’est nécessaire, tant les besoins sont différents en fonction du type d’industrie. Prenez une cimenterie et une usine d’automobile : la première n’utilise quasiment aucun robot, alors que la seconde y a largement recours. La cimenterie s’intéresse à l’optimisation globale du process ; l’usine automobile met l’accent sur les cadences. Ensuite, il faut montrer que la technologie ne fait pas tout, qu’elle doit être placée dans son contexte. L’internet des objets, par exemple, fait rêver les gens car il permet aux machines d’être plus intelligentes et aux usines de se conduire toutes seules. C’est très bien, mais ça ne sert à rien si les humains n’ont pas envie d’y aller. L’impression en 3 D, elle aussi, fait fantasmer, mais tout le monde n’a pas besoin de ce niveau de flexibilité. C’est une technologie certes révolutionnaire pour la maintenance, mais pas pour la fabrication en grande série.

Ces vitrines de l’usine du futur seront-elles en France et comment seront-elles financées ?

Oui, ces vitrines seront en France. Elles seront financées par l’État dans le cadre du plan, mais je n’écarte aucune autre source de financement.

N’est-il pas possible que les industriels prennent d’eux-mêmes l’initiative de construire des usines plus modernes ?

Dans la mesure où ces projets coûteront plus cher que des usines classiques, nous estimons que le financement est une étape nécessaire, car nous voulons être sûrs de voir émerger suffisamment de ces vitrines à court terme. Par la suite, le recours au financement sera de moins en moins nécessaire : les industriels et leurs investisseurs auront compris que, malgré le surcoût au départ, il y a de gros gains à la clé en exploitation, sur le long terme. Les Chinois sont plutôt en avance sur ce point : ils sont de plus en plus nombreux à considérer le retour sur investissement global d’une usine, avec tout ce qu’elle peut rapporter à son écosystème.%%HORSTEXTE:1%%

Ce plan permettra-t-il une réindustrialisation de la France ?

La première étape, c’est d’arriver à se démarquer sur le plan international. Une fois que l’on disposera d’une offre France compétitive, alors la reconquête industrielle sera possible localement. Ce qui est intéressant avec ce plan, c’est qu’il répond à une problématique française, qui diffère de celle du Japon ou de l’Allemagne, mais qu’il répond aussi parfaitement aux besoins des pays émergents. La robotisation à outrance prônée par l’Allemagne se heurte au problème de l’emploi local quand elle cherche à s’exporter. Si vous voulez vous installer dans un pays émergent et que vous leur proposez une usine sans hommes, ça ne les intéresse pas. Ce qu’ils souhaitent avant tout, c’est donner du travail à leurs ouvriers. Les dirigeants de ces pays veulent des usines performantes, certes, mais qui maintiennent l’emploi. Pour cette raison, je suis convaincu que notre nouvelle offre industrielle française sera bien positionnée. À l’heure où tout le monde se focalise sur les aspects technologiques, nous avons donc préféré mettre en valeur le côté social et humain qui, rappelons-le, est l’une des caractéristiques du système français.

Propos recueillis par Pascal Gateaud et Frédéric Parisot

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