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L'usinage en plein rebond

Par Marion Garreau

Publié le

Les sous-traitants usineurs et décolleteurs retrouvent des couleurs. Le fruit du dynamisme de leurs secteurs clients et de choix stratégiques judicieux.

L'usinage en plein rebond
Avec un carnet de commandes bien rempli, l’activité du décolleteur haut-savoyard Bouverat-Pernat tourne à plein régime.

La conjoncture actuelle est excellente. De mémoire, depuis que je suis dans la profession, je n’ai jamais connu une telle activité, un carnet de commandes aussi rempli et une visibilité d’aussi long terme. » Louis?Pernat, le directeur commercial de Bouverat-Pernat depuis deux décennies, est des plus enthousiastes. Cette société de décolletage de 47?salariés située à Marnaz (Haute-Savoie) devrait enregistrer pour 2017 un chiffre d’affaires d’environ 9,9?millions d’euros, bien supérieur aux 8,4?millions d’euros réalisés en 2016. Ses prévisions d’activité s’étalent sur six mois voire un an, du jamais vu depuis vingt ans. Si tous les acteurs de ce procédé d’usinage ne connaissent pas une situation aussi exceptionnelle, le Syndicat national du décolletage (Sndec) fait état d’une croissance de 5 % en 2017. Ce bon résultat renvoie à des secteurs clients en pleine expansion, en premier lieu l’automobile, qui aura affiché en 2017 une croissance supérieure à 5 % après une année 2016 exceptionnelle.

Il s’inscrit aussi dans une excellence française, construite dans la vallée de l’Arve (Haute-Savoie), une zone qui concentre 60 % des décolleteurs français. « Ici, nous bénéficions d’une forte concentration géographique et d’un écosystème global qui nous permet de travailler en réseau, avec un centre technique très actif, des centres d’expertise et d’accompagnement et des partenaires financiers et institutionnels qui nous soutiennent », souligne Jérôme?Akmouche, le directeur général du Sndec, situé au cœur de ce territoire, à Cluses. Dans cette petite ville, le Centre technique des industries mécaniques et du décolletage (Cetim-Ctdec) a développé la cellule automatisée Usitronic, qui a valu au décolleteur Baud Industrie d’être labellisé en avril dernier Vitrine industrie du futur [lire page 36]. En 2019, un nouveau centre de ressources et d’expertises industrielles doit ouvrir sur le site du Cetim-Ctdec, dont les travaux ont démarré en décembre. Douze millions d’euros vont être investis dans ce bâtiment et ses équipements. Objectif affiché : en faire une référence internationale de l’expertise en décolletage, usinage et mécanique.

Cercle vertueux

Mecachrome, installé à Amboise (Indre-et-Loire), est une autre réussite française reconnue à l’international. Rachetée en 2009 à la barre du tribunal, cette ETI est aujourd’hui numéro un européen de l’usinage de précision pour l’aéronautique et compte 3 000 salariés. Les clés de son succès : des rachats structurants (Mecahers, Jallais puis Normatech), un développement à l’international payant (cinq sites industriels au Canada, Maghreb et Portugal) et une stratégie R & D ambitieuse qui lui permet d’être la première à développer l’usinage cryogénique en série, technologie d’avenir dans l’aéronautique. De quoi attirer les convoitises. Depuis le printemps, plusieurs repreneurs spontanés se sont manifestés. Le prix de vente avoisinerait les 500?millions d’euros, dix fois le résultat opérationnel.

Derrière ces réussites, c’est tout l’usinage français qui reprend des couleurs. Selon Désiré?Raharivohitra, le chef du service statistiques économiques et prospective de la Fédération des industries mécaniques (FIM), la croissance du secteur a dépassé les 3,5 % en 2017, avec une production vendue de 7,9?milliards d’euros l’an passé contre 7,7?milliards en 2016. Surtout, « l’activité de l’usinage devrait encore croître l’année prochaine, car les prévisions pour 2018 sont positives dans tous les secteurs clients », estime-t-il. La dynamique de l’automobile et de l’aéronautique porte ses fruits, et un « cercle vertueux » s’opère dans la mécanique. « La hausse des investissements productifs enregistrée par l’Insee, en croissance de 4 % sur les neuf premiers mois de 2017, tire l’usinage vers le haut, les fabricants de biens d’équipement commandant leurs pièces aux usineurs », explique le statisticien. Bruno?Grandjean, le président de la FIM [lire l’entretien ci-dessous], est confiant : « Les carnets de commandes bien remplis nous permettent de faire le pari de belles années à venir. »

Principale ombre au tableau, le recrutement. « Même si je continue à investir pour absorber la hausse de mon activité, ma croissance sera bloquée par mon incapacité à trouver du personnel », déplore Louis?Pernat. Une phrase maintes fois entendue. Campagnes d’information pour redorer l’image de ces métiers, formations en interne… Les usineurs multiplient les initiatives pour réduire ces tensions.

Une nécessaire montée en gamme

Profitant de leur élan, les usineurs s’activent pour relever trois autres défis : optimiser les process, se développer à l’international et se consolider [lire page 36]. Autant d’ingrédients d’une montée en puissance que réclament avec force les donneurs d’ordres. Le Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) a lancé en septembre un programme d’accélération pour les sociétés de sa supply chain. « Permettre à ses ETI et ses PME de changer d’échelle et de devenir champion à l’international est essentiel pour l’avenir de la filière », déclarait alors Bertrand?Lucereau, son président. Si Philippe?Choderlos de Laclos, le directeur général du Cetim, reconnaît que « c’est en étant mise sous pression que la chaîne des sous-traitants dans l’usinage s’est rapidement structurée pour atteindre la performance économique exigée », il considère que « cette montée en gamme doit s’inscrire dans une logique plus forte que celle court-termiste des donneurs d’ordres. Et doit s’ancrer dans l’industrie du futur ».

Chacun déploie sa stratégie propre. Isolés géographiquement, les usineurs de la région Centre veulent se structurer autour de l’industrie du futur [lire page 38]. C’est en profitant d’un programme lancé sur ce thème que JSM Perrin, usineur pour l’aéronautique situé à Châlette-sur-Loing (Loiret), a accueilli fin août 2017 un robot collaboratif d’une dextérité remarquable, à la pointe de ce qui se fait actuellement en termes de robotisation dans l’usinage. En revanche, la PME familiale se refuse à toute consolidation. Pur produit, au contraire, de rachats et fusions, le groupe WeAre veille en même temps à conserver une certaine indépendance en ancrant son développement à l’international sur d’autres marchés que l’aéronautique. Spécialisé dans le décolletage pour l’automobile, Pernat Industrie accélère pour sa part son activité dans les pièces mécaniques hors moteur afin d’anticiper le développement de l’électrique. Le Sndec vient d’ailleurs de créer un groupe de travail pour penser l’impact des évolutions du moteur sur le secteur. La crise a appris aux usineurs à se méfier des retournements et à affiner leurs stratégies.?

« Les sous-traitants mécaniques doivent s’organiser collectivement »

Bruno Grandjean, président de la Fédération des industries mécaniques

  • Comment analysez-vous le rebond de l’usinage en France ?

Ce décollage s’explique avant tout par la bonne santé de l’automobile, qui a un effet d’entraînement sur toute la mécanique française. Sans oublier le dynamisme de l’aéronautique. Les efforts de modernisation de l’outil de production et ceux menés depuis des années en matière de recrutement et de formation portent aussi leurs fruits.

  • Le décolletage joue-t-il aujourd’hui un rôle modèle ?

Assurément. La vallée de l’Arve est un endroit d’excellence pour l’industrie française, mais aussi pour l’Europe et à l’international. J’entendais récemment un Japonais la citer en exemple. L’usinage français doit aujourd’hui s’en inspirer.

  • Quelles sont les recettes gagnantes ?

Les sous-traitants mécaniques doivent s’organiser collectivement et mutualiser les ressources afin de répondre aux appels d’offres et s’exporter en groupe. La capacité à attirer les talents avec une démarche active envers les jeunes est aussi essentielle. Les décolleteurs l’ont fait, comme les usineurs de la Mecanic Vallée. Les autres bassins, eux, sont confrontés aux problèmes de l’isolement. Un dirigeant seul a le nez dans le quotidien et prend moins de recul pour anticiper, contribuer aux filières de formation et s’engager sur de la R & D. Sans une certaine densité, il est très difficile de faire marcher des actions collectives.

  • Sur quoi repose la réussite des prochaines années ?

L’usinage est un métier moderne, numérique et fortement robotisé. Nous devons faire passer cette nouvelle image auprès de notre jeunesse. Le dispositif french fab devrait aider à redorer le blason de la fabrication et de fait de l’usinage. Le deuxième enjeu est de poursuivre la modernisation de nos usines. La création de l’Alliance pour l’industrie du futur en 2015 marque la prise de conscience d’un besoin de montée en gamme dans nos process. Le nombre de robots vendus en 2017 devrait croître de 23 % par rapport à 2016. Cette dynamique d’investissements ne doit pas faiblir. 

Regain d’optimisme


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