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L'Usine de l'Energie

L’Uranium de retraitement soumis à la question parlementaire

Publié le

La mondialisation des échanges des déchets nucléaires et des produits radioactifs s’est trouvée sous le feu des projecteurs, lors d’une audition d’EDF, de l’ASN, de l’IRSN, du CEA et d’Areva sur l’Uranium de retraitement par l’office parlementaire dédié.

L’Uranium de retraitement soumis à la question parlementaire © DR

A la suite de la programmation, le 13 octobre dernier, du documentaire « Déchets, le cauchemar du nucléaire » sur Arte,  l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques a souhaité entendre les principaux acteurs concernés mercredi 4 novembre. Des représentants d’EDF, de l’ASN, de l’IRSN, du CEA et d’Areva étaient présents.

Le traitement du combustible usé est utilisé par l'industrie nucléaire civile en France : il est possible de séparer puis de réutiliser le plutonium dans un mélange d'oxyde d'uranium et de plutonium (le MOX) qui peut être à nouveau utilisé comme combustible dans un réacteur électrogène. 22 réacteurs sur les 58 du parc français ont l’autorisation d’utiliser du MOX dans l’Hexagone, et deux autorisations supplémentaires sont en cours d’instruction.

Dans certains pays dont la France, l'uranium de retraitement (URT), issu du traitement des combustibles irradiés, fait également l'objet d'un ré-enrichissement afin de fabriquer du combustible neuf. Son enrichissement en uranium 235  est de l'ordre de 1% et sa composition isotopique est plus complexe (présence notable d'uranium 234). Cet URT est aujourd’hui recyclé en partie par EDF (actuellement dans les quatre réacteurs de la centrale de Cruas) après ré-enrichissement en 235U.

Ce ré-enrichissement n’est pas effectué en France, qui ne dispose pas des centrifugeuses pour le faire (la technologie sera disponible dans l’usine George Besse II), mais en Russie (Seversk) et aux Pays-Bas (Urenco). La quantité d’URT recyclée dépend fortement de l’état du marché de l’uranium naturel.  « Les 13 mille tonnes d’uranium de recyclage entreposées à Pierrelate correspondent à deux ans d’utilisation dans les quatre réacteurs de Cruas », a précisé le représentant d’EDF.

« Une pratique ancienne et licite »

Ultracentrifugation

Ce procédé consiste à utiliser des centrifugeuses tournant à très grande vitesse. Les molécules les plus lourdes (238UF6) se retrouvent projetées à la périphérie, alors que les plus légères (235UF6) migrent vers le milieu de la centrifugeuse. Comme pour la diffusion gazeuse, le traitement doit être appliqué de nombreuses fois pour obtenir un enrichissement suffisant. Les centrifugeuses sont donc montées en cascades, le gaz passant de l'une à la suivante en augmentant progressivement sa teneur.

Les usines d'enrichissement par ultracentrifugation d'Urenco en Allemagne, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni ont une capacité globale de 5,85 MUTS/an.Mais seules l'usine russe de Seversk et celle d’Urenco aux Pays-Bas ont la particularité de pouvoir ré-enrichir l'uranium de retraitement. Cette technologie est aussi à la base du projet de l'usine Georges Besse II qui doit remplacer la première usine d'enrichissement d'Eurodif à sa fermeture, prévue en 2020.
« L’enrichissement à l’étranger est une pratique ancienne et licite. On n’enrichit pas que l’uranium de retraitement, mais aussi de l’uranium issu des filières naturelles » a expliqué Jacques Repussard, directeur général de l’IRSN lors de l’audition sur l’uranium de retraitement par l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques.

« Il existe un aspect  économique de la question, une histoire d’offre et de demande », a-t-il tout d’abord listé.  « Après le démantèlement de l’URSS, la Russie s’est retrouvée à la tête d’une capacité industrielle d’enrichissement phénoménale. Cependant, elle s’est trouvée coupée des mines d’uranium situées dans d’autres républiques ex-soviétiques. Or la France a besoin d’enrichissement pour son uranium de retraitement et pour ses filières naturelles », a-t-il souligné.  « Aujourd’hui, la France ne traite pas d’URT appauvri parce qu’elle ne dispose pas d’usine pour le faire ». La technologie sera disponible dans l’Hexagone, mais pas tout de suite : EDF a signé un contrat de long terme de 10 ans avec l’usine d’Areva George Besse II à partir de 2013 pour que ses centrifugeuses effectuent le réenrichissement aujourd’hui réalisé en Russie et aux Pays-Bas . Une technologie qu’Areva a achetée à Urenco.

Ainsi, 100 400 tonnes d’uranium de retraitement sont stockées à Bessines, et 158 400 tonnes au Tricastin. De 2000 à 2004, 100% de l’uranium recyclable pour le retraitement est passé par les Pays-Bas.

Arbitrage spéculatif

 « Actuellement, une partie du flux annuel d'URT n'est donc pas encore recyclée et est entreposée. Elle constitue un stock stratégique, qui sera valorisé en fonction des prix futurs de l’uranium et de la compétitivité de la technologie employée », précise EDF. Compte tenu de l’évolution du prix de l'uranium, EDF et Areva mènent en commun une réflexion sur les possibilités d'augmentation significative des flux recyclés.

« Areva et EDF jouent sur les mots », réagissait le 12 octobre l’association « Sortir du nucléaire » : « théoriquement, 96% des déchets nucléaires sont recyclables, mais dans les faits… ils ne sont quasiment pas recyclés, et ne le seront jamais. Ce sont donc bien des déchets nucléaires mais ils sont présentés comme une "précieuse" réserve stratégique de combustible nucléaire. A ce compte, on pourrait tout aussi bien célébrer l'amiante ou les dioxines en prétendant que ces matières "précieuses" seront un jour réutilisées ».

En effet, les industriels estiment qu'il s'agit d'une réserve stratégique parce que le potentiel énergétique de cet uranium pourrait également être utilisé dans des réacteurs rapides de quatrième génération. « L’uranium appauvri et ultra appauvri [stocké en Russie] a une valeur énergétique, mais il ne faut pas trop attendre », a souligné Jacques Repussard. « La France et la Russie souhaitent cette quatrième génération, qui fonctionnera en cycle fermé, et recyclera l’uranium appauvri », a-t-il rappelé, estimant que ce stockage ne posait pas dès lors de problème éthique.

« Vous êtes le gendarme du nucléaire », a néanmoins lancé Claude Birraux, député de Haute-Savoie et président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et techniques,  à André-Claude Lacoste, président de l’ASN : « si la voiture est passée de l’autre côté de la frontière, votre ticket n’est plus valable », a-t-il poursuivi. « C’est tout à fait vrai monsieur le président », a répondu André-Claude Lacoste, « à la différence de l’autorité de sûreté nucléaire britannique, l’autorité russe est celle avec laquelle nous avons le moins de relations. » La sécurité des travailleurs du nucléaire à Tomsk-7, où sont stockés les combustibles usés français, lui est... plus que floue.

 

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