L'oxo-biodégradation : une vraie solution

La plastique, longtemps en disgrâce du fait de ses origines fossiles, revient au-devant de la scène de la biodégradabilité. Grâce à un phénomène : l'oxo-biodégradation. Le principe : lui adjoindre des additifs de dégradation pour le rendre biodégradable.

C 'est un fait : à performances égales, le plastique est plus léger que le papier. Sa transformation nécessite moins d'énergie et génère moins de déchets en diminuant les émissions de gaz et la pollution des eaux. Les préoccupations environnementales montrent néanmoins qu'il est nécessaire de maîtriser la fin de vie du plastique, dont certaines applications mettent trop de temps à se dégrader.

Il est courant de penser que le polyéthylène, parce qu'il est issu de ressources fossiles, ne peut être biodégradable et que seules les matières à base de ressources végétales le sont. En le mélangeant avec un additif adéquat, il le devient, de nombreux scientifiques européens l'ont démontré : la biodégradation d'un matériau dépend de sa structure chimique et non de son origine.

Un matériau hydrophobe

Les additifs de dégradation du type d2w, développés et commercialisés par exemple par Symphony Environmental, sont, pour la plupart, des sels de métaux, oligo-éléments issus du milieu naturel et introduits à des concentrations très faibles - quelques pour-cent - lors de la fabrication du film standard. Nous le savons, le polyéthylène n'est pas naturellement biodégradable, il est hydrophobe. L'introduction dans le polyéthylène d'un sel de métal va le rendre oxydable et hydrophile. Un produit oxo-biodégradable, à l'inverse d'un produit hydro-biodégradable à base d'amidon, combine deux modes de dégradation. Dans l'environnement, en présence d'oxygène et sous l'effet de la chaleur et des UV, il perd sa résistance mécanique, se fragmente, disparaît visuellement puis se biodégrade. Ce phénomène résulte de la rupture des liaisons de carbone et de la baissedu poids moléculaire de la matière.

La matière oxydée en présence de micro-organismes est alors convertie en CO2, en H2O et en biomasse selon un processus de biodégradation identique à celui des matières naturelles (feuille, paille...), mais plus lent que celui des mélanges à base végétale - parts égales de polyester et d'amidon. La toxicité des polyéthylènes additivés en sol a été testée selon la norme EN 13432. Il n'y en a pas. En outre, les polyéthylènes sont certifiés aptes au contact alimentaire (CE et FDA).

Normes européennes

Les plastiques oxo-biodégradables sont valorisables au même titre que les plastiques traditionnels (directive 94/62EC) sans affecter les filières établies et selon les formulations compostables industriellement (recyclage organique). Ils se désintègrent sous l'effet de la chaleur (thermo-oxydation) pour une bonne qualité visuelle du compost, et leur biodégradation contrôlée contribue à la séquestration du CO2 dans le sol, produisant ainsi un compost de très bonne qualité (étude RECY-Québec).

Il n'existe pas de norme européenne sur la biodégradabilité. En revanche, il existe des normes pour la mesurer. La norme européenne EN 13432 et les labels en découlant ont, en effet, défini un critère : est considéré biodégradable tout produit dont la biodégradation génère une émission rapide de CO2. Cela équivaut à incinérer une matière sans récupérer l'énergie dégagée, à dissiper du CO2 dans l'atmosphère sans bénéfice pour le sol.

Certains végétaux (feuille d'arbre, paille, chitine...) naturellement biodégradables ne sont pas considérés comme tels si on se réfère aux critères de cette norme ! Une nouvelle norme européenne est donc nécessaire. Le seul guide de test disponible pour mesurer les aptitudes des oxo-biodégradables est américain : l'ASTM 6954-04.

L'intégration d'additifs dans un film de polyéthylène n'affecte pas la résistance à l'humidité, les qualités optiques et barrière du polymère, que celui-ci soit multicouches, thermoformé, soufflé, orienté, étirable... et ce, pour un surcoût minime.

Le WWF Brésil, le numéro 2 des boissons gazeuses au Brésil, la première chaîne de supermarchés anglais, une chaîne majeure de supermarchés américains, plusieurs distributeurs français dont le premier européen, etc. commercialisent déjà sacs et emballages oxo-bio.

Un biopolymère économique

Sachant que le prix du pétrole augmente, qu'en est-il de la compétitivité des différents polymères ? Le problème est plus complexe que certains ne l'affirment. La banque d'affaire Goldman Sachs a ainsi évalué que le remplacement de 20 % des carburants issus de ressources fossiles par leur équivalent à base de produits végétaux nécessiterait une mobilisation de 61 % des terres arables européennes : « L'impact de la compétition pour l'utilisation des ressources végétales (alimentation et biocarburants) conduira à la hausse du prix des récoltes, ça a déjà commencé. » Alors que le polyéthylène a été originellement fabriqué à partir de sucre (mélasse) par déshydratation de l'éthanol, l'abondance des ressources de pétrole a entraîné l'abandon de ce processus de transformation ! Mais, au vu du contexte économique, il se pourrait bien qu'il redevienne un biopolymère.

Les films oxo-biodégradables réduisent l'impact sur l'environnement d'un emballage qui échappe au système de collecte. Cela arrive, nous le savons ! En attendant que tout soit parfait et que le citoyen soit éduqué, pourquoi attendre pour les adopter ? Ils sont économiques. Le futur, c'est aujourd'hui.

La Biodégradable Plastics Association (BPA), nouvellement créée à Londres, rassemble les industriels et les meilleurs scientifiques mondiaux des oxo-biodégradables et des polymères. Son porte-parole, le professeur Gerald Scott, auteur de près de 300 publications, s'attache, avec le comité scientifique, à faire aboutir les projets de normes et à rassembler les travaux scientifiques sur les oxo-biodégradables.

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