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L'Usine Maroc

L’ouverture d’Ikea à Casablanca va-t-elle faire les frais des tensions entre le Maroc et la Suède à propos du Sahara occidental ?

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Publié le

Le premier magasin Ikea du royaume devait être ouvert cette fin septembre près de Casablanca. Cette ouverture a été bloquée in extremis.  Officiellement au plan local pour des raisons administratives, mais ce fait serait lié à l’attitude favorable des parlementaires suédois via à vis des indépendantistes sahraouis.

L’ouverture d’Ikea à Casablanca va-t-elle faire les frais des tensions entre le Maroc et la Suède à propos du Sahara occidental ? © GISI

Tempête autour d’un magasin de meubles. L’ouverture du premier  Ikea du pays promettait d’être un petit événement dans l’univers de la distribution au Maroc. L’enseigne suédoise installée à Zenata près de Casablanca se retrouve au centre d’une vive polémique politique. Ce mardi 29 septembre, les autorités de la wilaya (préfecture) de Casablanca auraient signifié aux responsables du magasin que celui-ci ne pouvait ouvrir.

Hier lundi la direction d'Ikea avait pourtant organisé une visite de journalistes en prélude à l’inauguration devant se dérouler cette semaine selon les observateurs. Le compte twitter Ikea Maroc  ou Facebook promettant une ouverture prochaine sans plus de précision.

Officiellement derrière cette décision d'interdiction figure l’aménagement des lieux qui présenterait des non-conformités réglementaires. Mais pour la presse marocaine qui s’enflamme sur le sujet depuis 24h, l’enseigne jaune et bleue se retrouve en fait au centre de tensions politiques subites entre le Maroc et la Suède. 

Explication? A Stockholm, des députés du parti social-démocrate des travailleurs, formation qui conduit la majorité au pouvoir, voudraient en effet porter au parlement suédois un projet de reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), ce qui n'est le cas d'aucun pays européen.

Selon le site le360.ma considéré comme proche du palais royal, "Réaction ferme et vigoureuse des autorités marocaines au projet de Stockholm de reconnaître la chimérique "RASD". Le projet Ikea Maroc a été bloqué, suite à une réunion d’urgence qui s’est tenue ce lundi 28 septembre à la primature, sous la présidence du chef de gouvernement Abdelilah Benkirane", écrit sans nuance le site marocain.

Ikea, un géant
En 2014, Ikea a réalisé 28,7 milliards d'euros de chiffres d'affaires et 3,3 milliards d'euros de résultat net. Le groupe exploite directement ou en franchise 364 magasins dans 46 pays. Dans la région Mena il est présent dans de nombreux pays : Jordanie, Egypte, Israël, Maroc, Qatar, Koweit, Arabie saoudite, Emirats arabes unis… 

Pour mémoire, conduite par le Front Polisario, la RASD revendique l’indépendance du Sahara occidental (voir encadré). Cette région, on le sait, a pour sa plus grande partie été annexée en 1975 par le Maroc lors de la Marche verte à l’occasion de la décolonisation espagnole en faisant valoir, selon lui, des "droits historiques". Depuis, au Maroc, les tenants de la RASD (soutenue par l’Algérie, grand rival régional du royaume) sont considérés comme des adversaires, voire des ennemis du pays.

Et la perspective d’un vote au parlement suédois (qui avait reconnu la Palestine en octobre 2014 suscitant alors la colère d’Israël) provoque à elle seule un choc à Rabat qui a d'ordinaire des relations cordiales avec le royaume nordique. Le gouvernement semble en fait totalement pris de court par les évènements.

Adelilah Benkirane (photo), a donc réuni en urgence la plupart des partis politiques pour démontrer l’unité du pays sur ce sujet. Une délégation des chefs de parti devrait même se rendre à Stockholm  ces prochains jours (voire ce mercredi selon Medias24) pour défendre la cause marocaine.

Certains médias et internautes présents sur les réseaux sociaux proposent même le boycott des entreprises suédoises. Si les relations économiques entre les deux royaumes restent peu importantes, des sociétés comme Ericsson, Volvo, H&M et donc Ikea ont une présence significative au Maroc.

L’enseigne suédoise de meubles a pris voilà deux ans la décision de s'implanter au Maroc. Elle a créé son premier magasin en s’appuyant sur le groupe koweïtien Al Homaizi qui détient sa franchise pour certains pays de la zone Mena et ceci via la société SYH.

Les porteurs du projet ont prévu 40 millions d’euros d’investissement dans ce magasin situé au sein du vaste complexe commercial de Zenata, au centre d'une future "éco-cité". Ce magasin doit entraîner 400 embauches directes à terme. Il entrera en concurrence avec des enseignes marocaines bien établies comme Kitea ou Dolidol.

Fait notable, il s’agit du deuxième magasin en Afrique d’Ikea. Le premier a ouvert au Caire en 2013 et est porté par le groupe de Dubaï Al Futtaim qui, présent au Maroc, développe la zone commerciale de Zenata avec le gestionnaire portugais de centres commerciaux Sonae Sierra.

Avant cet épisode diplomatique subit et alors que le fameux catalogue Ikea avait commencé à être distribué dans le grand Casablanca et au delà, des critiques s’étaient fait jour sur les réseaux sociaux, non sur la présence d’Ikea mais sur ses prix.  

Par comparaison avec ceux pratiqués en Europe, certains produits en dirhams s’avérent plus chers qu’en France ou en Espagne. La marque arguant pour se justifier des différences de fiscalité et réglementations. Une polémique pour l’instant passée au second plan.

Quant à la suite ? Derrière les mouvements de bras, difficile, en fait, d'imaginer une quelconque interdiction définitive du magasin au vu des investissements engagés et de la réputation internationale de l'économie marocaine.

Pierre-Olivier Rouaud

Juridiquement selon les Nations Unies, le Sahara occidental, (l’ex-Sahara espagnol) est un « territoire non autonome ». Son statut définitif est pendant en attendant notamment un référendum d’autodétermination, que doit préparer une mission de l'ONU, la Minurso. Un processus qui traîne en longueur depuis des années. Le Polisario qui contrôle une mince portion du Sahara coincée entre le Maroc et l'Algérie est réfugié en Algérie à Tindouf. Il réclame l'indépendance pure et simple. Le Maroc propose lui depuis 2007 une large statut d'autonomie à la région, un processus "réaliste", selon la France et également soutenu par les Etats-Unis mais contesté par des pays comme l'Afrique du sud ou l'Algérie. Ce sujet du Sahara est depuis longtemps le point focal de la diplomatie marocaine. Le royaume est le seul état du continent à ne pas faire partie de l’Union africaine car cete institution reconnaît la RASD. Toutefois, le Maroc entretient des relations politiques et économiques normales avec certains pays dont le Mauritanie qui reconnaissent la république sahraouie, ce qui est le cas d'une trentaine de pays dans le monde.

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