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L'Usine Matières premières

L’ONU n’a visiblement pas enquêté sur Montagne d’Or avant d’interpeller la France

Myrtille Delamarche

Publié le

Analyse Dans un courrier adressé à la mission française à Genève, le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale de l'ONU évoque une absence d'intention de consulter les populations autochtones en Guyane sur le projet Montagne d'Or. Or un débat public s'est tenu entre mars et juillet 2018 en Guyane sur ce projet de mine industrielle, y compris dans les villages de ces populations autochtones.

L’ONU n’a visiblement pas enquêté sur Montagne d’Or avant d’interpeller la France
Un comité de l'ONU contre la discrimination somme la France de répondre avant le 8 avril à des allégations de non-consultation des populations autochtones sur le projet Montagne d'Or en Guyane.
© Wikimedia/CC BY-SA 3.0

Dans un courrier daté du 14 décembre, le Comité pour l’élimination des discriminations raciales des Nations unies interpelle la France sur l’impact du projet de mine industrielle Montagne d’Or sur les populations autochtones en Guyane. "Le comité est préoccupé par l’absence supposée d’intention de mener une consultation [des populations autochtones] malgré l’impact négatif du projet minier sur le contrôle et l’usage de leurs terres, incluant la menace des écosystèmes, la déforestation et la destruction de sites archéologiques", peut-on lire dans ce courrier.

Le débat public a déjà répondu à ces questions

Nul ne peut nier l’impact d’un projet de mine industrielle sur l’environnement, ni les risques qui y sont associés. Le comité s’inquiète de l’absence de consentement "libre et informé des populations autochtones de Guyane française". Le moins qu’on puisse dire est que les porteurs du projet Montagne d’Or n’ont effectivement pas obtenu cette approbation. Mais il est faux d’écrire que les populations autochtones guyanaises n’ont pas été consultées. Dans son rapport publié au terme du débat sur Montagne d’Or tenu entre le 7 mars et le 7 juillet 2018, la présidente de la Commission nationale sur le débat public, Chantal Jouanno, relevait que "les représentants des populations amérindiennes, associatifs ou chefs coutumiers, ont généralement exprimé leur opposition à ce projet. Tandis que les populations bushinenge ou hmong ont été moins présentes, malgré la traduction des documents."

Un contexte difficile

Le rapport de Chantal Jouanno met effectivement en lumière des difficultés dans l’organisation du débat par la Commission particulière du débat public : "Nous devons reconnaître que notre organisation traditionnelle du débat public n’est pas adaptée à ce type de territoire. Informer de manière exhaustive les populations locales aurait nécessité plus de temps et une réelle implication de la collectivité territoriale et de ses élus pour aller au-devant des populations."

La CPDP affirme avoir toutefois "veillé à ce que les populations directement intéressées par ce projet, notamment les populations autochtones, amérindiennes ou bushinengués, puissent être informées et s’exprimer." Parfois malgré les réticences des porteurs de projet : "La réunion locale à Village Pierre avec les chefs coutumiers fut particulièrement utile et ce fut une grave erreur du maître d’ouvrage de refuser d’y assister." Ce à quoi Montagne d’Or à répondu à plusieurs reprises que des menaces physiques planaient à l’époque sur ses représentants.

Le projet Montagne d’Or n’est évidemment pas parfait. Il reste critiquable sur bien des points, techniques notamment, que le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) a déjà mis en lumière. Même le principe d’ouvrir une mine d’or sur son territoire reste une question à trancher pour la France. Mais la moindre des choses serait de rationaliser le débat qui aboutira à la décision française de l’autoriser, ou non. Et que les Nations unies, avant d’interpeller la France, vérifie les informations qui lui sont communiquées.

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