Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L’Italie, l’autre pays de la machine-outil

Publié le

Forte de sa tradition industrielle, l’Italie est le numéro deux européen de la mécanique. Face à la rigueur allemande et à son organisation par filière, elle fait preuve d’une grande capacité d’adaptation.

L’Italie, l’autre pays de la machine-outil © Imet mise sur l’export. La société livre ses pièces détachées partout dans le monde et réalise les trois quarts de son activité à l’étranger.

Avec 350 entreprises et 32 000 employés dans les industries mécaniques, l’Italie est un champion méconnu. Numéro deux européen des machines-outils, très loin devant la France, le pays se classe cinquième au niveau mondial, mais troisième pour ses exportations. Son secret ? Un tissu de PME implantées principalement dans le nord du pays. Si le secteur a subi les aléas de la conjoncture italienne, avec une baisse des ventes sur le marché national, il résiste grâce aux exportations, qui progressent sans relâche depuis dix ans et absorbent 75% de la production. À l’inverse, l’Allemagne est connue pour ses fabricants de machines-outils (DMG, Emag, Index-Traub, Trumpf…) et pour son réseau d’ETI. Elle bénéficie d’une longue tradition dans la mécanique et d’un solide marché intérieur sur lequel ses entreprises peuvent s’appuyer avant de partir à l’export.

Face à la rigueur allemande et à son organisation par filière, l’Italie oppose une compétence industrielle associée à une approche toute latine du business. Les entreprises transalpines ont des points forts comparables à ceux des entreprises françaises, mais elles ont su davantage les mettre en musique, avec plus de débrouillardise. Les fabricants italiens cherchent les niches sur lesquelles ils vont apporter savoir-faire et flexibilité. "On peut établir une analogie entre les machines-outils et les motos, ose Didier Blanc, le responsable des ventes pour la France de l’ETI FFG. Les japonais réalisent de très bonnes motos, mais les Moto Guzzi et les Ducati ont un supplément de caractère."

L’un des atouts des entreprises italiennes, c’est leur flexibilité. "Quand nous ne pouvons pas répondre à une demande, nous assurons que nous allons réfléchir et trouver une solution, affirme Demis Bonacina, le responsable export de la société Imet. Et comme nous sommes une petite structure, les clients ont immédiatement une réponse et nous livrons les pièces détachées partout dans le monde, en 48 heures maximum." Son entreprise, à l’instar de beaucoup, reprend le credo de l’export. Chez Imet, qui compte 50 employés et réalise environ 10 millions d’euros de chiffre d’affaires, les trois quarts de l’activité sont réalisés en dehors de l’Italie, principalement en Allemagne, aux États-Unis et en France. La PME a choisi un secteur très précis, au sein duquel elle propose une gamme complète.

Rapidité et flexibilité

Mêmes arguments chez Coprauto, une PME de 42 personnes, située à Frazione San Valeriano, à l’ouest de Turin, qui réalise des outillages. L’entreprise exporte plus que les 5% affichés officiellement, puisqu’elle compte parmi ses clients des sous-traitants italiens qui travaillent pour le groupe Volkswagen. "Nos points forts, ce sont les délais, grâce à notre flexibilité, souligne Licinio Rossato, le directeur général. Si nous avons une grosse charge de travail, nous travaillons le week-end pour livrer dans les temps. Notre grande expérience du prototypage nous permet également de travailler vite, avec des outils un peu bricolés, mais efficaces."

Autre approche, la spécialisation sur des machines délaissées par les grands concurrents. FFG a su garder son ADN italien, malgré un actionnaire majoritaire taïwanais. Jobs, l’une des trois entreprises du groupe, fabrique des machines cinq axes de grosses capacités, capables d’usiner des pièces de plus d’un mètre cube. "Les grands noms de la machine-outil ne sont pas vraiment nos concurrents, argumente Didier Blanc. Là où leurs machines atteignent leurs limites de capacité commencent les nôtres."

Cette spécialisation, c’est également celle de MEG et de ses deux sites de production à San Martino di Lupari, près de Padoue, et à Trezzano sul Naviglio, dans la banlieue milanaise. C’est un spécialiste des systèmes de nettoyage par ultrason. Avec des marchés principaux dans l’aéronautique, le médical et le luxe, les volumes sont relativement faibles et réalisés pour 70% à l’export, majoritairement vers l’Europe et Israël, mais également vers la Chine et l’Inde. Faccin est un autre exemple de ces entreprises familiales. Née il y a une soixantaine d’années, elle compte une centaine de salariés et développe et produit 250 machines par an : rouleuses, cintreuses de profilés, lignes pour la production de fonds bombés. "Tout est fabriqué chez nous, à l’exception des rouleaux, qui viennent d’un partenaire installé juste en face de chez nous, assure Gabriella Galoppini, la directrice de la division clients. Nous ne sommes plus que trois dans le monde à tout fabriquer de A à Z. Les autres entreprises font essentiellement de l’assemblage. Le fait de contrôler à la fois le développement et la fabrication nous aide à améliorer nos machines." Faccin est devenu le numéro un mondial de son secteur en innovant constamment, et il est présent sur plusieurs continents, avec des filiales en Allemagne, en Espagne, aux États-Unis et en Chine.

Au-delà de leurs compétences techniques, les entreprises mécaniciennes italiennes font preuve d’une énergie et d’un enthousiasme que l’on ne retrouve pas toujours de ce côté-ci des Alpes. Devant la machine spéciale en cours de construction chez Giuliani, Didier Bouvet assure qu’"en France, aucun industriel ne prendrait le risque de se lancer dans la fabrication de telles machines". L’italian touch ? Un savoir-faire porté par un zest de folie latine.

Trois PME exemplaires

Ercolina se distingue par sa situation géographique, puisque l’usine se trouve à Piedimonte San Germano, entre Rome et Naples. Créée il y a quarante ans, l’entreprise (90 salariés) est restée fidèle à sa vocation d’origine, le cintrage de tubes, du système manuel qu’un artisan peut emporter sur un chantier à des machines capables de réaliser de très petits rayons de courbure utilisés, en particulier, dans l’industrie automobile chez Mercedes Benz et Ferrari. Ercolina réalise environ 70% de son chiffre d’affaires à l’export, dans le monde entier.

Ritmonio travaille le métal Au pied des Alpes (brasage, chaudronnerie de précision…) dans son usine de Varallo pour différentes industries, de l’automobile à l’agroalimentaire, en passant par l’électroménager. En 2013, l’entreprise (160 salariés) a dépassé pour la première fois les 50% de son chiffre d’affaires à l’export. "Notre réussite ne tient pas au prix de nos produits, explique Carlo Ritmonio, le PDG, mais à notre flexibilité et à notre capacité de développement. Nous avons six ingénieurs pour suivre les projets, de la conception au produit fini."

Valvital est un champion de l’export, réalisant 95% de ses 22 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’étranger. Ce spécialiste de l’estampage à chaud et de l’usinage de précision, installé à Agliè près d’Ivrea, travaille pour les fabricants de véhicules industriels et de tracteurs. "Nos concurrents sont plutôt indiens qu’allemands, remarque son président, Pier Giorgio Pellegrini. Le point le plus important, c’est le respect des délais de livraison. Nous avons installé un magasin de pièces chez nos principaux clients à qui nous ne facturons que les pièces qu’ils prennent dans ce magasin."

Un secteur porté par les exportations


Avec des exportations de machines-outils qui se sont élevées à 3,62 milliards d’euros en 2013, l’Italie se place au troisième rang mondial, derrière le Japon et l’Allemagne (7,8 milliards d’euros d’exportations pour une production de 10,3 milliards). Stables par rapport à 2012, ces exportations absorbent 75,6% de la production des constructeurs italiens. Après trois années difficiles, le marché italien s’est presque stabilisé en 2013, atteignant 2,055 milliards d’euros. 2014 devrait être l’année de la reprise.

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle