L'Italie et Chypre vulnérables à la contagion en zone euro

par Lisa Jucca et Jan Strupczewski

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MILAN/BRUXELLES (Reuters) - L'Allemagne a appelé mercredi l'Italie à poursuivre la mise en oeuvre des réformes engagées par le président du Conseil Mario Monti afin d'éviter de devenir la prochaine victime de la crise de la dette en zone euro, alors que le sauvetage annoncé des banques espagnoles peine à dissiper les inquiétudes des marchés.

"Si l'Italie continue sur la voie de Monti, il n'y aura pas de risques", a déclaré le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble dans un entretien au quotidien la Stampa.

Signe des inquiétudes du marché, le coût d'emprunt de Rome a atteint mercredi son plus haut niveau depuis six mois, reflet des inquiétudes du marché quant à sa capacité à gérer sa dette.

L'Italie a adjugé pour 6,5 milliards d'euros de bons à 12 mois - soit le total espéré - mais à un rendement qui a bondi à 3,97% contre 2,34% il y a un mois lors d'une opération équivalente.

La dette publique de l'Italie, qui se monte à 1.900 milliards d'euros, représente 120% du produit intérieur brut (PIB) du pays; seule la Grèce affiche un ratio d'endettement plus élevé.

Wolfgang Schäuble a estimé que l'Italie avait fait d'énormes progrès, notamment sur le front de la réforme des retraites et du marché du travail, depuis l'entrée en fonctions à l'automne du gouvernement de techniciens formé par Mario Monti.

Mario Monti, dont la popularité est sur le déclin après quelques mois d'un relatif état de grâce, a rencontré mardi les dirigeants des partis politiques qui le soutiennent au Parlement et leur a demandé leur appui pour aider l'Italie à sortir de la mauvaise passe qu'elle traverse sur les marchés.

Dans un communiqué, Monti s'est dit "préoccupé par la situation d'urgence" sur les marchés financiers et a appelé à la "cohésion" pour "surmonter la situation critique et renvoyer une image d'unité à l'étranger".

Il a estimé que les dirigeants de l'Union européenne devaient proposer des plans crédibles pour la croissance, comprenant une augmentation des investissements et, à terme, des euro-obligations, afin de lutter contre la contagion de la crise en zone euro.

Lors du sommet prévu les 28 et 29 juin, les chefs d'Etat et de gouvernement européens devraient appeler à une intégration budgétaire et bancaire bien plus poussée, ainsi qu'à une gouvernance renforcée pour la région, montre un projet de conclusions du sommet, mais ce texte reste flou sur les mesures concrètement envisagées.

LE RISQUE GREC PÈSE AUSSI SUR CHYPRE

En hausse de début de journée, les Bourses européennes ont effacé leurs gains initiaux pour évoluer dans le rouge à mi-séance, la prudence l'emportant avant les élections législatives en Grèce ce dimanche.

L'arrivée possible au gouvernement de partis anti-austérité pourrait en effet compromettre l'aide internationale à Athènes et précipiter sa sortie de l'union monétaire.

Les banques grecques ont enregistré une forte hausse des sorties d'argent à l'approche du scrutin, de nombreux Grecs craignant que le verdit des urnes ne pousse leur pays hors de la zone euro, ont rapporté mercredi des banquiers.

Ces derniers jours, les retraits cumulés des principales banques grecques ont atteint 500 à 800 millions d'euros par jour, le rythme s'accélérant à l'approche du vote, en particulier mardi, ont dit deux banquiers.

Le risque d'une victoire des partis anti-austérité en Grèce affecte aussi la République de Chypre voisine, en raison de la forte exposition des banques chypriotes à la Grèce.

La banque centrale de Chypre a fait savoir mercredi que le pays recherchait les meilleures conditions possibles pour une éventuelle aide extérieure, en expliquant que le pays disposait d'autres options que celle d'une aide européenne, faisant vraisemblablement référence à un possible soutien de la Russie ou de la Chine.

Chypre avait souligné la veille que toutes les options restaient sur la table, tandis que Moody's a abaissé la note de deux banques chypriotes et mis celle d'une troisième sous perspective négative, évoquant le risque croissant lié à une possible sortie d'Athènes de la monnaie unique.

Avec Valentina Za à Milan et Michele Kambas à Nicosie, Natalie Huet pour le service français

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