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L'Usine de l'Energie

L'IRSN évalue à 430 milliards d'euros le coût d'un accident nucléaire majeur en France

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Publié le

L'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) a étudié le coût économique d'un accident nucléaire, s'il survenait dans notre pays. Un accident grave coûterait en moyenne 120 milliards d'euros, un accident majeur, 430 milliards d'euros.

L'IRSN évalue à 430 milliards d'euros le coût d'un accident nucléaire majeur en France © EDF

Pourquoi tenter d'évaluer le coût économique de l'impact d'un événement auquel toute une filière œuvre à ce qu'il n'arrive jamais ? "Dans un souci de prévention, assure Jacques Repussard, directeur général de l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN). Le risque 0 n'existe pas dans le nucléaire. Autant aborder les potentialités d'un accident et de ses conséquences de manière objective et pédagogique plutôt que d'éviter d'en parler... Cela pourra influencer certains choix en matière de sûreté des installations et de protection des populations."

L'étude rendue publique par l'IRSN le 6 février estime donc les coûts médians d'un accident nucléaire en France, en listant les effets directs, indirects et induits d'une crise, à partir de deux hypothèses. La première, l'accident grave, se fonde sur la fusion d'un réacteur de 900 MW suivie de rejets plus ou moins contrôlés, mais "non massifs". La deuxième, l'accident majeur, intègre des rejets massifs touchant plus de 1 000 km².  Selon les calculs effectués par Patrick Momal, économiste de l'Institut, l'accident grave coûterait 120 milliards d'euros, soit 6% du PIB d'une année, l'équivalent de 3 à 6 ans de croissance. L'accident majeur est, lui, estimé à 430 milliards d'euros, soit 20% du PIB français et plus de dix ans de croissance.

"Une telle catastrophe génèrerait 100 000 réfugiés radiologiques, des effets psychologiques et des déchets agricoles considérables, des territoires contaminés pour de nombreuses années, des pays voisins touchés... Les seuls coûts d'image avoisineraient les 160 milliards d'euros, autant que les coûts radiologiques. Ce sont des estimations raisonnées qui peuvent varier sensiblement selon la centrale et la région concernée, les conditions météorologiques... Les coûts inférieurs à un milliard d'euros n'ont pas été comptabilisés."

Cinq types de coûts

L'IRSN inventorie différents types de coûts. D'abord, les coûts radiologiques "hors site", correspondant aux conséquences radiologiques directes de l'accident et des mesures pour les atténuer, comme les interdictions de consommation de certains aliments. Il a également retenu les coûts "sur site", liés à la perte du ou des réacteurs, aux frais de décontamination... et évalué les coûts provoqués par les modifications des conditions de vie et des facteurs économiques dans les territoires fortement contaminés (zones d'exclusion) ou plus modérément (zones habitées sous condition de surveillance ou de restriction). Dans le cas d'un accident grave, ces trois catégories de coûts avoisineraient 26 milliards d'euros. Elles dépasseraient 170 milliards d'euros dans un accident majeur.

Les coûts d'image intègrent des pertes économiques diverses : non-vente de denrées ou d'autres biens de consommation pourtant sains, suite à un boycott des distributeurs ou des consommateurs, effets sur le tourisme, sur les exportations... Ils s'élèveraient à 47 milliards d'euros dans un accident grave et 3,5 fois plus après un accident majeur. Enfin, l'IRSN prend en compte un "effet parc" : il s'agit des impacts collatéraux sur la production électrique française globale, sur le reste du parc électronucléaire, l'expression de nouvelles exigences par les autorités ou sous la pression internationale... Ils représenteraient 44 milliards d'euros pour un accident grave, plus du double pour un accident majeur.

C'est la première fois au monde que l'étude de l'évaluation du coût économique d'un accident nucléaire est poussée aussi loin, affirme l'IRSN qui entend partager désormais cette expertise et cette méthodologie sur le plan international.

Préparer la gestion de crise

Pour Patrick Momal, "notre ambition est d'aider les gestionnaires de la crise à disposer d'une vision globale, à éviter d'éventuelles erreurs dans la foulée de l'accident qui peuvent s'avérer coûteuses à long terme et donc de se préparer au mieux. La faible probabilité d'un tel événement ne compense pas l'ampleur de son potentiel catastrophique". Par exemple, pour le seul secteur touristique, la France étant la première destination mondiale, l'IRSN avance un coût moyen de 23 milliards d'euros pour un accident grave et de 40 à 125 milliards d'euros pour un accident majeur.

Ce premier travail est appelé à connaître une suite : outre d'apporter un éclairage jusqu'alors inédit dans le débat national sur l'énergie et le nucléaire, l'objectif de l'Institut est d'élaborer progressivement un chiffrage plus précis, par centrale, en vertu de son lieu d'implantation, de la densité de population dans son environnement, des conditions climatiques, du tissu économique local... "Dans leur malheur, rappelle Patrick Momal, les Japonais ont en effet bénéficié à Fukushima de vents favorables qui ont évacué le nuage radioactif vers l'océan."

De notre correspondant en Provence-Alpes-Côte d’Azur, Jean-Christophe Barla

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2 commentaires

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09/02/2013 - 19h48 -

Je suppose que comme toute activité à risque, EDF a une assurance prenant en charge ce problème, avec une provision conséquente. Non ?
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08/02/2013 - 10h01 -

Si les coûts d’un accident grave ou majeur ont été chiffrés, cela montre bien que de telles catastrophes restent possibles. D’autant que les réacteurs français sont nombreux et de plus en plus vétustes. "Personne ne peut garantir qu’un accident grave ne se produira jamais en France" prévient M. Lacoste qui fut président de l’Autorité de Sûreté nucléaire. D’où l’intérêt d’arrêter d’exploiter l’uranium, et de se tourner vers les énergies renouvelables. Par ailleurs, un accident grave ou majeur n’entraînera pas la faillite d’EDF, le montant maximum de la responsabilité civile n’étant que de 91,5 millions d’euros pour un même accident. Comme le constate la Cour des comptes dans son rapport de janvier 2012 : "En tout état de cause, l’Etat reste in fine le garant ultime de la prise en charge du coût des réparations d’un dommage nucléaire". Un accident nucléaire se chiffre en milliards d’euros, tandis que la responsabilité de l’exploitant se chiffre en millions d’euros.
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