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L'IRRÉDUCTIBLE HIGH-TECH BRETONNE

Publié le

Une kyrielle de PME se sont mondialisées sans complexe. La filière compte 40 000 emplois, principalement des cadres et des ingénieurs.

L'IRRÉDUCTIBLE HIGH-TECH BRETONNE
Banc de test de modules de radiocommunication chez Lagassé, à Douarnenez (Finistère).
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Chez Astellia, en périphérie sud de Rennes (Ille-et-Vilaine), il n'y a pas d'accueil ostentatoire, ni d'enseigne flamboyante. Christian Queffelec, son PDG, a gardé la même simplicité qu'il affichait au début de son aventure. Spécialisée dans la création de produits et de services dédiés à la mesure de la qualité des réseaux de la téléphonie mobile, la PME a pourtant bien grandi depuis sa naissance en 2000. Aujourd'hui, elle affiche un chiffre d'affaires de 30 millions d'euros, emploie plus de 220 salariés, dispose de filiales à Singapour, New York, Tokyo... et vise maintenant la Russie. Partout dans le monde, elle accompagne des opérateurs de télécoms qui cherchent à optimiser la performance de leurs réseaux de télécommunications sans fil.

Cette réussite illustre la résilience de la high-tech bretonne. Donnée pour moribonde après la folie des années web, elle revient sur le devant de la scène grâce à une kyrielle de PME. Une salve de nouvelles entreprises ont repris le flambeau du secteur. Installée à Saint-Grégoire, au nord de Rennes, Teamcast s'est lancée, dès sa création en 2003, dans la conception et la fabrication d'équipements pour la communication sans fil, la TNT et la télévision sur mobile. Avec ses 60 salariés et forte d'un chiffre d'affaires de 10 millions d'euros, elle vient d'ouvrir une filiale à Chicago. Autre exemple : Niji. Depuis la technopole de Rennes Atalante, cette société développe des solutions technologiques pour la convergence entre l'information et la communication et sert des clients comme Telecom Italia. Hugues Meili, le PDG, vient d'ailleurs d'annoncer qu'il recruterait cette année « 150 collaborateurs pour compléter l'effectif actuellement formé de 360 personnes ».

La région revient de loin. Après avoir connu un boom sans précédent avec l'avènement d'internet, la Bretagne avait pris une sacrée claque lors de l'éclatement de la bulle spéculative. À Lannion (Côtes-d'Armor), les restructurations industrielles d'Alcatel, de Thomson, et la disparition d'Highwave Optical ont entraîné la suppression de 1 400 emplois en l'espace de deux ans. Le coup de tabac a bien évidemment eu des répercussions sur les activités de la filière à Rennes et à Brest (Finistère). Et d'aucuns prédisaient alors la mort de la filière bretonne. La réalité s'est avérée bien différente. Cette filière emploie encore aujourd'hui 40 000 personnes réparties dans environ 1 600 entreprises.

Sous-traitance et transferts de technologies

En 2010, un total de 513 emplois nouveaux ont été créés par les 294 entreprises de Rennes Atalante. La technopole compte, au total, quelque 17 213 salariés. Et ce n'est pas fini. Franck Mazin, le président du directoire du groupe familial Sodifrance - 63 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2010 - basé à Saint-Grégoire, prévoit un programme de 250 recrutements en 2011. Ceux-ci viendront s'ajouter aux 900 salariés de Sodifrance, spécialisée dans l'informatique de réseaux. « La concurrence internationale est très rude et les prix sont serrés, explique Franck Mazin. Nos offres technologiques sont issues de notre laboratoire de R et D. Elles nous permettent de rivaliser avec les solutions des pays émergents. »

Les « fondamentaux » bretons sont bons. Le centre de R et D de France Télécom/Orange à Lannion emploie 1 200 chercheurs et cadres, celui de Rennes plus de 600. Ces deux structures irriguent le tissu des PME locales avec de multiples contrats de sous-traitance, mais aussi des transferts de technologies. Un de ces essaimages a donné naissance à Rennes à la société Wokup. Celle-ci propose une offre complète de logiciels pour les mobiles qui sont compatibles avec l'ensemble des offres du marché, notamment l'iPhone et les Blackberry. Ses clients : principalement des grands comptes comme Europe 1. Le groupe Wedia, coté au second marché d'Alternext, a racheté il y a un mois la totalité des actions de Wokup dont l'équipe de R et D reste rennaise. « Wokup, c'est dix ans de savoir-faire en termes de solutions mobiles », justifie sobrement Claude Cauvet, le président de Wedia, basé à Paris et San Francisco. Le nouvel ensemble emploie 70 salariés pour 7,5 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel. Parmi ses clients, plusieurs grands comptes et de nombreux médias.

Trois autres groupes participent à la pérennité de la high-tech bretonne. Alcatel a prévu de se renforcer à Brest et s'installera très prochainement dans un nouvel immeuble situé près de l'aéroport. Technicolor va regrouper, en 2012, ses 900 ingénieurs et cadres dans un bâtiment en cours de construction à Rennes Atalante. À ces deux locomotives, il faut encore ajouter le groupe Capgemini, dont la branche « télécom média défense » va renforcer son implantation à Rennes. Son directeur, Cyril Arson, y annonce l'embauche de « 120 ingénieurs supplémentaires en 2011 pour compléter l'effectif actuel de l'agence composé de 445 experts ». Pourquoi ce choix breton ? « L'environnement scientifique et la formation sont d'excellents atouts », précise-t-il.

Les éoliennes offshore pour rebondir

Les universités de Rennes et de Brest et le centre de recherche de l'Inria situé à Rennes (600 ingénieurs et cadres), mais aussi le pôle de compétitivité Images et Réseaux sont en effet des acteurs clés du dynamisme de la filière. Implanté à Rennes et à Lannion, le pôle Images et Réseaux compte lui quelque 210 adhérents. Depuis 2005, il a déjà labellisé plus de 400 projets qui ont mobilisé... 400 millions d'euros de financements. Largement soutenu par les collectivités territoriales, Images et Réseaux ne se contente pas de labelliser des projets, il est aussi un acteur de la recherche. Sa dernière réalisation : la plate-forme ImaginLab pour tester les technologies de l'internet du futur, du haut débit sans fil et des images en mobilité. L'État et la Région ont financé les deux tiers de cet équipement, qui représente un investissement de 9 millions d'euros sur trois ans.

Ce dynamisme n'exclut pas les revers. Motorola a fermé son centre rennais de développement il y a deux ans, laissant sur le carreau 200 ingénieurs et cadres, aujourd'hui reclassés pour la plupart. Quelques années plus tôt, Mitsubishi avait abandonné son usine - plus de 500 salariés - de fabrication de portables d'Etrelles (Ille-et-Vilaine). Prochain sur la liste, Thomson Broadcast, à Rennes et Brest : 200 salariés sont concernés. « Ces restructurations sont inévitables. Il faut que la Bretagne dispose d'une palette d'activités suffisante pour rebondir, juge Claude Labit, le président de Rennes Atalante. Il faut tout faire pour ne pas perdre cette matière grise en donnant aux entreprises locales la capacité de se partager ces compétences. »

D'ores et déjà, de nouveaux créneaux technologiques apparaissent. La région Bretagne entend bien ainsi devenir l'un des territoires hexagonaux les plus en pointe en matière d'éoliennes offshore, qu'il reste à inventer. Soumises à des conditions d'exploitation parfois extrêmes, ces machines géantes seront dotées de dispositifs intégrant, par exemple, des liaisons haute fréquence. Un défi que les entreprises du technopôle de Brest Iroise sont prêtes à relever.

« La délocalisation est inutile et même dangereuse »

VALÉRIE RENAULT-HOARAU Directrice générale du groupe de domotique Delta Dore

Vos productions sont restées bretonnes, pourquoi ne pas avoir délocalisé ? Mon père, Joël Renault, a créé l'entreprise en 1971, à Bonnemain (Ille-et-Vilaine), commune où il est né. Nous resterons dans notre région d'origine. La main-d'oeuvre représente seulement 5 % du prix de revient de nos différents systèmes, la délocalisation est donc inutile et même dangereuse, car on pourrait piller notre savoir-faire. Nos produits et systèmes de domotique sont issus de nos travaux de R et D. Chaque année, nous consacrons 12% de notre chiffre d'affaires - 100 millions d'euros en 2010 - à l'innovation et sommes très proches des centres de recherche locaux et des universités. Ce sont les compétences technologiques d'Atlantic RFID qui vous ont poussés à reprendre cette société d'Ille-et-Vilaine ? Cette société possède un savoir-faire dans la radiofréquence et la durée de vie des piles. Ce sont des compétences qui nous sont très complémentaires. On sera amenés à renforcer à moyen terme cette usine basée à Étrelles, qui emploie une trentaine de collaborateurs. Delta Dore reste encore très franco-française. Comment s'organise votre internationalisation ? Nous avons élaboré un plan stratégique de développement de filiales. 15% de nos ventes s'effectuent hors des frontières. Après la Pologne, la Chine et l'Allemagne, nous avons créé une filiale commerciale en Italie il y a quelques mois, d'autres sont prévues à moyen terme en Europe. Elles entrent dans notre plan d'investissement de 13 à 15 millions d'euros par an.

LANNION SE RÉINVENTE POUR LA TROISIÈME FOIS

Après deux crises importantes en l'espace de trois décennies, la capitale des télécommunications a réussi à se reconstruire une économie presque florissante.

Quelque 200 entreprises et 10 000 emplois, dont la moitié dans les télécommunications et le laser, 1 000 chercheurs et 4 000 étudiants... Qui a dit que Lannion (Côtes-d'Armor) et son bassin étaient en perte de vitesse ? Après les crises des années quatre-vingt - près de 2000 emplois perdus chez les équipementiers - et quatre-vingt-dix - 1 000 suppressions de poste avec l'éclatement de la bulle internet -, la capitale des télécoms a de nouveau le vent en poupe. La recette de Lannion ? « Des acquis en compétences et en R et D qui nous ont permis de rebondir », répond Thierry Georges, le PDG de la société Oxxius. Après un long parcours chez France Télécom R et D à Lannion, ce polytechnicien a créé Algéty en 1999, ensuite vendue à un groupe nord-américain. À partir de 2003, il a développé Oxxius, une société spécialisée dans les lasers optiques pour des applications dans les biosciences. Thierry Georges a réussi à lever 10,4 millions d'euros, principalement auprès de Sofinnova, qui continue de l'accompagner. « Notre développement a été moins rapide que les prévisions initiales, mais nos innovations dans les lasers pour les biosciences nous permettront, en 2011, de dépasser le million d'euros de chiffre d'affaires de 2010 », précise Thierry Georges, qui est entouré d'une équipe de 20 collaborateurs. Vingt mille personnes vivent à Lannion, dont le taux de chômage (8 %) est très légèrement supérieur à la moyenne régionale (7,5 %). À côté du créneau des lasers optiques, sur lequel opèrent une vingtaine d'entreprises, il existe toujours une importante filière télécoms et informatique. D'après l'Agence de développement industriel du Trégor (Adit), une centaine d'entreprises évoluent dans ce créneau avec des locomotives comme Alcatel Lucent, Thales, mais aussi des sociétés de taille moyenne comme Euro-Process ou Néo-Soft. ECA Faros fait partie de ces sociétés plus modestes à potentiel élevé. Elle conçoit et fabrique des simulateurs de vol. Placée en redressement judiciaire, la société, qui compte une cinquantaine d'ingénieurs et de cadres, a été reprise par le groupe toulonnais ECA (95,6 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2009). L'été dernier, elle a décroché l'appel d'offres pour réaliser 31 centres régionaux de formation au pilotage des deux-roues.

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