L'Irlande sanctionnée par Fitch à cause de ses banques

par Carmel Crimmins et Padraic Halpin

Partager

DUBLIN (Reuters) - L'agence Fitch a abaissé mercredi la note de l'Irlande en arguant du coût énorme de l'assainissement de son système bancaire, alors que les autorités irlandaises s'inquiètent d'une montée des risques de crédit dans l'immobilier et que le moral des ménages s'effondre.

Cette nouvelle série de mauvaises nouvelles, au lendemain de l'avertissement d'une autre agence de notation, Moody's, sur le risque de dégradation de la note souveraine de Dublin, a provoqué de nouvelles tensions sur le marché de la dette irlandaise, ce qui pourrait accroître les difficultés du gouvernement à reprendre le contrôle des finances publiques.

Non contente de ramener sa note à A+ contre AA- jusqu'à présent, Fitch a assorti cette nouvelle note d'une perspective négative, laissant entendre qu'une nouvelle baisse était envisageable à court ou moyen terme.

Le gouvernement irlandais a annoncé jeudi dernier que le sauvetage de ses principales institutions financières pourrait coûter jusqu'à 50 milliards d'euros à l'Etat, soit plus de 11.000 euros par habitant, et que le déficit public pourrait atteindre 32% du PIB cette année.

"La dégradation de l'Irlande reflète le coût budgétaire exceptionnel et supérieur aux prévisions lié à la recapitalisation par l'Etat des banques irlandaises, notamment Anglo Irish Bank", explique Fitch dans un communiqué.

"La perspective négative reflète l'incertitude entourant le calendrier et la vigueur de la reprise économique et des efforts de consolidation budgétaire", ajoute l'agence.

L'IRLANDE RESTE BIEN MIEUX NOTÉE QUE LA GRÈCE

Plusieurs indicateurs conjoncturels publiés récemment font craindre un coup d'arrêt à la reprise de l'économie irlandaise, déjà modeste. Deux enquêtes ont montré ces derniers jours que le secteur manufacturier et celui des services étaient de nouveau en contraction.

Le moral des ménages irlandais a parallèlement chuté en septembre, le baromètre du sentiment des consommateurs affichant une baisse de neuf points par rapport à août pour revenir à 52,4.

Le président de l'autorité nationale de régulation du secteur financier, Matthew Elderfield, a déclaré mercredi devant une commission parlementaire que 36.000 ménages étaient déjà en situation de défaut sur leur emprunt immobilier, soit 4,3% du nombre total des prêts.

"Nous savons que ces statistiques ne reflètent pas la situation dans son ensemble parce qu'elles ne montrent pas le niveau des prêts rééchelonnés", a-t-il ajouté. Il a aussi expliqué que de nombreux établissements de crédit avaient insuffisamment provisionné leurs portefeuilles de prêts immobiliers.

La dégradation de la situation économique et budgétaire du pays a fait considérablement monter ces derniers mois le coût de sa dette: l'Irlande est aujourd'hui forcée de rémunérer près de trois fois mieux les investisseurs que l'Allemagne pour se financer sur les marchés.

L'écart de rendement entre les obligations irlandaises à 10 ans et les emprunts allemands s'est de nouveau creusé après la décision de Fitch, remontant à 425 points de base. Parallèlement, le coût d'une garantie contre un risque de défaut de Dublin augmentait sur le marché des CDS ("credit default swaps"), à 450,8 points de base contre 437 points mardi soir à New York.

L'Irlande reste toutefois nettement mieux notée que la Grèce, dont Fitch classe la dette parmi les investissements spéculatifs.

"L'Irlande conserve encore une flexibilité financière considérable", concède en effet l'agence. De fait, Dublin a déjà bouclé son programme d'emprunts 2010 et n'aura pas à faire appel aux marchés avant la fin de l'année.

Danielle Rouquié et Marc Angrand pour le service français, édité par Gwénaëlle Barzic

Partager

SUJETS ASSOCIÉS
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS