L'Irlande risque le déclassement avec Anglo Irish, prévient S&P

par Andras Gergely

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DUBLIN (Reuters) - Standard & Poor's a fait savoir mardi que l'Irlande risquait de voir sa note de crédit réduite à nouveau en raison d'un coût de recapitalisation d'Anglo Irish Bank qui risque d'être révisé à la hausse.

L'annonce de l'agence de notation a eu pour effet immédiat de renchérir le coût de l'emprunt irlandais.

L'Irlande a toutes les peines du monde à convaincre les marchés qu'elle a les moyens de renflouer son secteur bancaire tout en réduisant le plus important déficit budgétaire des pays de l'Union européenne.

Une conjoncture économique médiocre et le risque croissant d'une crise politique jouent également contre le pays.

Moody's Investors Service a abaissé lundi de trois crans la note de la dette d'Anglo Irish Bank et de six crans la note de sa dette subordonnée.

La réaction des marchés aux propos de S&P ne s'est pas faite attendre. Les swaps de défaut de crédit (CDS) ont inscrit un nouveau record de 519 points de base contre 488,5 pdb à la clôture de New York lundi, selon le spécialiste CMA.

Cela veut dire qu'il en coûte 519.000 euros pour garantir 10 millions d'euros d'exposition à la dette irlandaise.

Le spread entre le papier à 10 ans irlandais et celui à 10 ans allemand a atteint 461 points de base, un plus haut depuis la création de l'euro. Les spreads des autres pays "périphériques" de la zone euro ont également monté.

Cette hausse du coût de l'emprunt de l'Irlande n'est pas supportable sur le moyen terme et constitue une lourde charge pour le Premier ministre Brian Cowen, alors même que le Parlement irlandais ouvre sa session d'automne mercredi.

Pour le moment, une somme de 25 milliards d'euros a été budgétisée pour le renflouement de la banque. Elle aurait pour conséquence de pousser le déficit budgétaire du pays à 25% environ du PIB cette année, alors que le Pacte de stabilité et de croissance de l'Union européenne n'autorise au maximum que 3%, un objectif que Dublin veut atteindre d'ici à 2014.

MODÈLE DE CROISSANCE INTENABLE

En août, S&P avait réduit d'un cran à AA- la note à long terme de l'Irlande, jugeant que l'on pouvait craindre une facture plus lourde que prévu pour stabiliser le secteur bancaire irlandais. L'agence avait assorti sa décision d'une perspective négative, impliquant qu'un nouveau déclassement était probable dans l'espace d'un à deux ans.

Un analyste de S&P a déclaré mardi que l'estimation donnée par l'agence suivant laquelle l'Irlande devra injecter 35 milliards d'euros dans Anglo Irish Bank apparaissait de plus en plus réaliste, et a ajouté que tout montant supérieur pourrait provoquer des déclassements.

"Les projections qui étaient auparavant en nette opposition à notre estimation de 35 milliards semblent à présent évoluer plus en conformité avec un tel coût de recapitalisation", a dit Trevor Cullinan à la radio publique irlandaise RTE.

"Le plan alternatif du gouvernement concernant Anglo implique qu'on pourrait même dépasser ces 35 milliards. Si tel était le cas, il se pourrait bien que Standard & Poor's procède à d'autres déclassements", a-t-il ajouté.

Dublin doit annoncer dans la semaine ou au début octobre le montant de la facture du démantèlement de cette banque nationalisée. Un porte-parole du ministère des Finances a dit mardi que l'Irlande honorerait ses obligations envers les détenteurs de dettes prioritaires.

Le journal Irish Independent écrit que les détenteurs d'obligations irlandaises subordonnées risquent de se voir proposer un rachat de titres avec décote, et évalue à une trentaine de milliards d'euros le coût final du sauvetage d'Anglo Irish.

"L'exercice de gestion de la dette subordonnée a été l'une des caractéristiques dominantes de la restructuration dans la banque irlandaise en 2009 et 2010", écrit l'analyste Emer Lang (Davy) dans une note. "De ce fait, un tel exercice en liaison avec la dette subordonnée restante d'Anglo (totalisant 2,4 milliards d'euros) apparaît vraisemblable."

Pier Carlo Padoan, économiste en chef de l'OCDE, souligne toutefois que les difficultés économiques de l'Irlande ne ressemblent en rien à celles de la Grèce car elles sont connues et que les outils existent pour les résorber.

"Nous savons quels sont les problèmes et nous savons que, dans le cas de l'Irlande, le problème était un modèle de croissance qui ne pouvait pas durer", a-t-il dit à Reuters, en marge d'une conférence à Séoul.

"Nous savons donc quelles sont les solutions. Il n'y a rien de neuf", a-t-il ajouté.

Avec Yoo Choonsik à Séoul, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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