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L'interdiction des néonicotinoïdes en discussion au Sénat

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

Associations écologistes et acteurs du monde agricole se mobilisent pour l’interdiction en France des néonicotinoïdes, une grande famille d’insecticides, sur laquelle se penche ce mercredi 4 mai le Sénat. Tandis que Stéphane Le Foll facilite enfin des alternatives non chimiques: le biocontrôle.  

L'interdiction des néonicotinoïdes en discussion au Sénat © CC FLICKR Pieter van Marion

Mercredi 4 mai, les sénateurs doivent se pencher en Commission de développement durable, puis dans une semaine en séance, sur le sort d’un tiers des insecticides vendus dans le monde : les néonicotinoïdes. L’Assemblée nationale s’est déjà prononcée en faveur de leur interdiction à partir de septembre 2018, en examinant en seconde lecture la loi biodiversité. Une proposition soutenue par plusieurs ONG (Générations Futures, Greenpeace…), acteurs du monde agricole et apicole (Confédération paysanne, Unaf…) et certains sénateurs, comme l’écologiste breton Joël Labbé, qui espèrent rallier à eux "l’opinion publique".

La fronde contre les insecticides "tueurs d'abeilles"

Autorisés depuis 1994, les néonicotinoïdes sont accusés depuis plusieurs années d’être des "tueurs d’abeilles". Chaque année, 30% des colonies d’abeilles périssent contre 5% avant l’apparition de ces neurotoxiques, accusent leurs détracteurs. "Or une ruche pollénise environ 3 millions de fleurs par jour, ces plantes à fleurs qui donnent les fruits, les légumes, les aromates, le café, le cacao", alerte Amandine Lebreton, coordinatrice agriculture et alimentation de la Fondation Nicolas Hulot.

Des études spécifiques accusent aussi ces insecticides de contaminer sur le long terme les sols, les cours d’eau et les plantes non traitées, voire d’avoir un impact direct sur la santé humaine : toxicité neurologique, perturbation endocrinienne, risque cancérigène… Même s’il n’existe toujours pas de grande étude épidémiologique sur de grandes cohortes démontrant une toxicité par exposition chronique aux néonicotinoïdes, reconnaissent les associations.

Faire de la France un pionnier

L'Union européenne a néanmoins restreint depuis fin 2013 (dans le cadre d’un moratoire sur lequel elle devra se prononcer à nouveau l’an prochain) l’utilisation de trois molécules de cette famille, dont des bestsellers comme le Gaucho et le Poncho du chimiste allemand Bayer, le Cruiser du Suisse Syngenta ou des produits de BASF. Cela ne les empêche pas de "rester utilisés sur de très larges surfaces, car les restrictions ne concernant ni les céréales d’hiver (la majorité en France), ni les traitements foliaires après floraison", accusent les écologistes qui appellent donc à ouvrir la voie, en faisant de la France, premier producteur européen de semences, le pionnier d’une interdiction de toute la famille sans dérogation. L'Hexagone irait un cran plus loin que l’Allemagne, qui "en a interdit l’usage sur céréales d’hiver et continue d’être le second producteur européen de céréales".

Une "impasse agronomique et économique" craint l'industrie

Les industriels sont vent debout contre une telle mesure, jugeant leurs produits sans danger si utilisés correctement. Ils rappellent que le déclin des abeilles est multifactoriel, et mettent en garde contre une "impasse agronomique et économique" dans l’Hexagone. Pour les semenciers et de nombreux agriculteurs, une interdiction dès 2018 semble d’ailleurs trop proche pour laisser le temps de s’adapter. Aux yeux des associations, des alternatives sont pourtant disponibles comme d’autres familles d’insecticides, des pratiques naturelles – éviter la monoculture, les semis trop précoces…- ou encore la pose de filets de protection.

Ils prônent également des solutions de bio-contrôle, ces substituts non chimiques aux pesticides, comme les micro-organismes. Cela tombe bien : face aux mauvais résultats enregistrés par les plans nationaux anti-pesticides, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, avait permis de soutenir le biocontrôle, dont beaucoup de produits sont fabriqués par des PME françaises. Un décret a enfin été publié cette semaine, simplifiant et accélérant l’autorisation de ces substances.

Le bras de fer de Stéphane Le Foll contre l’insecticide des cerises

Pour les arboriculteurs de la Confédération Paysanne, c’est une première victoire. Fin avril, le ministère de l’Agriculture a décidé de suspendre l'utilisation d'un insecticide, le diméthoate, principalement utilisés sur les cerisiers. Accompagnée d’une procédure inédite : la mise en place d’indemnisations pour les producteurs français pénalisés, tout en les protégeant économiquement via l’arrêt d’importation de fruits en provenance des pays utilisant toujours cette molécule. L’interdiction a déjà été suivie par l'Espagne, l'Italie, la Pologne, la Grèce et la Slovénie.

 

Gaëlle Fleitour

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