L'instrument du Cnes qui a poussé la Nasa à reporter sa mission sur Mars

Suite à des tests réalisés lundi 21 décembre, l’agence spatiale américaine a annulé le lancement de sa mission InSight prévue en mars 2016. Le robot devait accueillir un sismomètre du CNES, outil essentiel à la mission. Mais une fuite le rend inutilisable. Le temps de le réparer, la fenêtre de tir pour atteindre la planète rouge sera dépassée.

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La sphère (en bas à gauche) contient le sismomètre français et doit le maintenir sous vide (Crédits - Nasa)

"La Nasa reste pleinement engagée dans la découverte scientifique et l’exploration de Mars." Les mots de John Grunsfeld, l’administrateur associé à la direction des missions de la Nasa sont clairs. Malgré le report du lancement du projet InSight, l’agence spatiale américaine ne compte pas se détourner de son objectif d’explorer la planète rouge.

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Au cœur de ce report, le sismomètre développé par les équipes du Cnes, le Centre national d’études spatiales. Cet instrument devait faire partie du voyage pour mesurer les vibrations de Mars. Sans l’instrument français, la mission InSight ne peut pas avoir lieu. Les données récoltées par l’outil de mesure serviront à définir la constitution de la planète rouge, le principal objectif de la mission.

Un objet d’orfèvrerie

Afin de définir la nature du noyau de Mars, la mission InSight étudiera ses vibrations. "Cela nous donnera des précisions sur sa matière", indique Marc Pircher, le directeur du centre spatial de Toulouse, interrogé par L'Usine Nouvelle. "Seulement, pour fonctionner, le sismomètre doit être placé dans le vide". C’est là que les ennuis commencent pour le Cnes. A la pointe des sismomètres, le centre spatial français bénéficie d’une maturité mondialement reconnue dans le domaine. "Le sismomètre marche très bien, c’est l’emballage qui fuit."

Sur la planète rouge, l’instrument de mesure sera confronté à des températures entre +20 et -100 degrés. Si aucun problème n’est a signalé en température haute, il n’est pas de même pour les températures basses. Lundi 21 décembre, lors de tests à -45 degrés, le sismomètre n’a pas réussi à tenir le vide, indispensable pour ne pas altérer les mesures. "Cet outil est capable de détecter un déplacement de l’ordre de l’atome", détaille le directeur du Cnes Toulouse. "L’outil serait saturé si une voiture passait à plusieurs kilomètres."

"La fuite qui cache la fuite"

Le sismomètre aurait dû être livré cet été à la Nasa. Une première fuite avait été détectée en août. Une fois réparée, c’est au tour de la valve de vidange de faillir en novembre. "Soumis à certaines températures, les matériaux dégazent", explique Marc Pircher. "Cette valve de vidange permet d’éliminer ces gaz et de maintenir le vide." Les équipes du Cnes sont alors mobilisées. Mais lors du dernier test, alors que le problème semblait résolu, il persistait toujours.

Cette dernière mésaventure a eu raison du planning de la mission InSight. La Nasa avait un planning détaillé jusqu’au lancement de la mission InSight. Les retards accumulés ne permettent plus de garantir un lancement dans la fenêtre de tir pour Mars, du 4 au 30 mars 2016. La prochaine fenêtre de tir sera disponible entre mai et juin 2018, 26 mois plus tard. Un délai plus que suffisant pour réparer l’outil de mesure. "C’est un question de semaine, de mois", assure-t-on du côté du Cnes. "Mais on ne va pas sur Mars tous les jours." Et impossible de faire l’impasse sur cet instrument de mesure, tant il aura un rôle clé. "Il n’y a pas de mission sans cet outil", résume Marc Pircher.

Pas le premier report de la Nasa

Prendre du temps et rater une fenêtre de tir dans le but d’assurer une récolte de données correctes, c’est déjà arrivé. En 2008, la Nasa avait décidé de reporter le lancement de la mission Curiosity, le robot qui arpente la planète rouge. Un choix dont "les bénéfices dépassent largement la déception du retard", selon l’agence spatial américaine. Malgré les deux outils français présents sur le robot Curiosity, c’était un outil américain qui provoqué ce report.

Seul regret pour le directeur du centre spatial de Toulouse, que l’annonce du report soit si proche du départ : "Il ne restait que 3 mois avant le lancement, pour Curiosity, il en restait 6."

Pierre Monnier

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