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Quotidien des Usines

L'innovation chasse les grands programmes

Publié le

Réhabilitation. Après plus de vingt-ans de discrédit, la politique industrielle retrouve une place dans la campagne présidentielle. Le retour sera gagnant si l'Etat reste discret mais efficace.

Politique industrielle. Le mot est lâché. Le terme se refait une jeunesse sur la scène politique. Ouvertement assumé, de l'UMP au PS, dans les thèmes de campagne de l'élection présidentielle. Il se glisse aussi dans l'univers économique et social. Le Medef vient de signer en toute discrétion un accord avec les syndicats sur les principes d'une politique industrielle. En des termes acceptés par les deux parties. En première ligne, le président du Groupement des fédérations industrielles (GFI), Yvon Jacob, interpelle le futur chef de l'Etat : « Pour son avenir, la France a besoin d'une industrie forte et une politique industrielle doit être l'un des principaux programmes de l'action publique de demain. C'est l'évidence même. »

Le regard rivé sur le décrochage de la France à l'export, tous les prétendants à la fonction suprême s'inquiètent du plongeon de la part de marché française, passée de 17,5 à 14,5 % en six ans dans les exportations de la zone euro. La baisse de compétitivité est montrée du doigt. « On n'imagine pas la France sans industrie », clame Gérard Longuet, sénateur UMP et conseiller de Nicolas Sarkozy pour les questions économiques.

personne ne jouera au « meccano industriel »

Oui, mais avec quelles réponses et quels outils ? Tous les candidats se proposent de renforcer le dispositif élaboré depuis deux ans par les gouvernements Raffarin et Villepin avec la création de l'Agence nationale de la recherche (ANR), les pôles de compétitivité, l'Agence de l'innovation industrielle (A2i), la fusion de l'Anvar et de la BDPME dans Oséo Innovation, la réforme du crédit d'impôt recherche... Et hormis le sujet brûlant GdF-Suez, aucun candidat, hormis aux deux extrêmes, n'imagine le futur président de la République jouer à nouveau au « meccano industriel » ou relancer un autre plan calcul ou machine-outil.

Pour autant, est-ce la bonne voie ? « Nous avons commencé par la fin, déplore Gilles Le Blanc, le directeur du Cerna, le laboratoire d'économie industrielle des Mines de Paris. On a développé des instruments avant de définir le rôle de l'industrie et de fixer des objectifs. » Instaurer une politique implique des choix technologiques.

« La Finlande a mis trente ans pour passer de l'exportation du bois à celle des mobiles. Les programmes y sont définis sur cinq ans et réévalués tous les ans. Ce qui évite la bureaucratisation », explique Jean-Louis Levet, le directeur de l'Institut de recherches économiques et sociales (Ires) et conseiller pour l'industrie au PS. Une exigence analytique répandue dans les pays scandinaves, au Japon, aux Etats-Unis, en Irlande, en Israël... mais guère en France.

De plus, le choeur des économistes reproche aux politiques leur vision brouillée de l'industrie. « En France, ils ont une conception passéiste, restrictive de l'industrie. Contrairement à ce que pensent la plupart d'entre eux, elle ne disparaît pas. Elle se transforme et s'élargit. Ceux qui parlent d'une disparition se trompent et ne prennent en compte que l'industrie manufacturière », observe Jean-Louis Levet.

De fait, elle ne se résume pas aux seuls 15 % d'emplois qu'elle représente dans l'économie et aux 18 % de valeur ajoutée qu'elle génère. Ce décompte exclut la formidable envolée des services industriels marchands, portés par l'externalisation et la montée de l'immatériel. Dans les faits, cette industrie élargie pèse environ 50 % de la valeur ajoutée du pays et emploie autour de 35 % de la population active.

Or, les deux mondes s'entrecroisent. Les services adoptent des logiques industrielles et, à l'inverse, ils modifient profondément les manières de produire. Avant d'être un problème de logiciel, les difficultés de l'A 380 prennent racine dans la nécessité pour Airbus de produire 140 appareils différents.

« C'est la première fois que la notion de service prend une telle dimension pour gérer la demande diversifiée des clients, juge Gilles Le Blanc. La logique taylorienne, de segmentation et d'automatisation, est remise en cause. Une politique industrielle doit s'intéresser à ce phénomène. »

Autre mutation profonde : la poussée de l'immatériel (innovation, brevets, marques, logiciels, formation, réseaux, logistique...), point de passage vers l'économie de la connaissance. Sous l'effet notamment des phénomènes d'externalisation, la formation des salariés devrait être, par exemple, un volet majeur d'une politique industrielle.

Mais ce n'est pas tout. Selon les calculs du Cerna, les investissements matériels ont représenté 22 milliards d'euros pour les entreprises industrielles. Et 19 milliards en amont, pour la R et D. Sauf qu'elles ont dépensé autant (19 milliards) dans la publicité ! « Une politique industrielle doit se préoccuper aussi de ce qui se passe en aval, La publicité est un élément de compétitivité des entreprises au même titre que l'innovation », souligne le directeur du Cerna.

La règle d'or des trente Glorieuses : « Plus on injecte d'argent dans des programmes de R et D, plus on tient à distance ses concurrents » a du plomb dans l'aile. Ces marchés étaient amorcés par la commande publique ; aujourd'hui, c'est le consommateur qui dicte sa loi. Elle est, par ailleurs, inadaptée aux nouveaux secteurs (biotechnologies, nanotechnologies...) qui empruntent des pistes technologiques différentes, souvent vite remises en cause. Et où la structure la plus appropriée est celle de la start-up.

Une stratégie commune serait souhaitable

« Je suis très sceptique sur l'idée de relancer des grands projets industriels, estime Suzanne Berger, politologue au Massachusetts Institute of Technology (MIT). L'Etat doit favoriser l'émergence et l'implantation de nouvelles activités à très haute valeur. » L'A2i, créée en 2006 pour relancer de grands programmes d'innovation, trouve peu grâce à ses yeux. Ne vaut-il mieux pas choyer les PME ? « En 2007, une politique industrielle c'est d'abord une politique de l'innovation orientée vers celles-ci », estime l'économiste Alain Villemeur. D'où la volonté d'adapter en Europe le dispositif américain (« Small Business Act »), qui facilite l'accès des PME aux marchés publics.

L'Europe justement. Dans une économie mondialisée, c'est devenu sans doute l'espace légitime de toute politique. Avec une stratégie de Lisbonne (3 % du PIB consacré à la R et D en 2010) en panne, c'est loin d'être gagné alors qu'une stratégie commune serait souhaitable dans l'énergie ou les transports par exemple. Tout n'est peut être pas perdu. A Bruxelles, la Direction générale recherche a activé une cellule qui réfléchit à ouvrir davantage la recherche européenne en la reliant à l'innovation, donc à l'industrie. En attendant, les candidats à la présidentielle ne pourront faire l'économie d'un débat sur les choix stratégiques pour bâtir l'industrie de demain. Dans l'expression « poli-tique industrielle », il y a bien le mot politique.

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