L'inéluctable restructuration industrielle de Seb

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Confronté à une baisse de ses ventes en Europe et en France, alors que l'essentiel de sa production y est encore concentrée, le groupe d'électroménager se voit contraint de revoir sa stratégie.

Encore treize usines sur le territoire français, 60 % de sa production fabriquée dans les pays à hauts coûts. Quand la plupart de ses concurrents ont délocalisé l'essentiel de leur production dans les pays low cost, le groupe Seb faisait jusqu'à présent figure d'exception dans l'électroménager. Les récentes allusions du fabricant mondial du petit équipement domestique sur sa perte de compétitivité face à la concurrence asiatique, enregistrée sur plusieurs familles de produits en Europe en 2005, laissaient augurer une prochaine réorganisation industrielle. C'est chose faite. Les organisations syndicales ont donné l'alerte la semaine dernière, en annonçant la fermeture de trois sites, que devait confirmer la direction lors d'un comité de groupe ce 24 janvier.

Des ventes très contrastées

Si le chiffre d'affaires du groupe Seb (2,463 milliards d'euros) a enregistré en 2005 une progression de 7,6 %, la croissance ne s'élève qu'à 0,6 % à périmètre et parité constants. En cause : des ventes très contrastées selon les zones, en particulier en France et en Europe, dont les marchés ont reculé respectivement de 5,3 et 2,6 %. « Au 30 juin 2005, 54 % de la production étaient réalisés en France pour seulement 24 % des ventes. Seb doit se rééquilibrer et corriger cette déconnexion entre lieux de production et de consommation », gage Guy Francheteau, analyste chez Fideuram Wargny.

La problématique industrielle de Seb ne fait pas exception. Les autres groupes d'électroménager y ont été tout autant confrontés. Outre la forte baisse des prix consécutive aux importations croissantes en provenance d'Asie et à la hausse des matières premières, les entreprises n'ont pas d'autres choix que de délocaliser tout ou partie de leur production et de développer leur sourcing. La politique d'achats engagée par le groupe depuis plusieurs années en témoigne. Si les achats de composants se font à 40 % dans les pays low cost, l'objectif est d'atteindre 50 % à l'horizon 2007. Le recours à l'externalisation et la spécialisation du groupe vers l'assemblage de sous-ensembles sourcés fait aussi partie des stratégies prioritaires.

Dans les faits, la fermeture annoncée de trois sites hexagonaux spécialisés dans la production de segments très concurrencés, d'ici à deux ans, confirme cette politique. Exemple avec l'usine Seb du Syndicat (Vosges), où 440 salariés fabriquent des fours, des grille-pains et des éléments blindés (résistances électriques). « On sentait le vent venir depuis plusieurs mois, explique Jean-Pierre Antoine, délégué CFDT. En plus du désengagement progressif de notre entité R & D, la charge de travail a sensiblement diminué sur notre site. 400 à 500 heures de chômage technique ont déjà été annoncées par la direction pour 2006, soit quatre fois plus que l'an dernier. » Même chose pour le site jurassien Tefal de Dampierre dans le Jura (180 salariés), qui ne fabrique que des bouilloires électriques, un appareil ultra banalisé et dont la production mondiale revient pour la quasi totalité à la Chine. « L'usine est devenue peu à peu monoproduit, alors que l'on y fabriquait plusieurs modèles ainsi que des accessoires », raconte un délégué CGT.

Les produits d'entrée de gamme touchés

Egalement menacée, l'ex-usine Moulinex de Fresnay-sur-Sarthe (Sarthe), spécialisée dans la fabrication de mixers et de cafetières (200 salariés), ainsi que le site Rowenta de Vernon, dans l'Eure, qui produit des aspirateurs, segment hautement concurrencé par les appareils asiatiques. Et ce n'est pas tout. Le site d'Is-sur-Tille en Côte-d'Or, d'où sortent notamment les friteuses électriques Seb et Moulinex, n'est pas encore touché. Mais il a vu chuter sa production de 1,8 million à 600 000 unités ces trois dernières années, sur un total de 2,6 millions d'appareils vendus sous les deux marques. L'adaptation de l'outil industriel ne fait probablement que commencer...

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