L'industrie pharmaceutique unie contre les maladies des pays pauvres

Ce lundi 29 janvier se tenait à Londres une réunion sans précédent. A l'initiative de Bill Gates et de sa fondation, les 13 principaux patrons de la pharmacie se sont engagés à innover et collaborer pour lutter contre les maladies tropicales négligées.

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L'industrie pharmaceutique unie contre les maladies des pays pauvres

Un casting sans précédent. Bayer, Johnson& Johnson, GSK, Merck... Ce lundi, pas moins de 13 patrons des principaux groupes pharmaceutiques ont fait le déplacement jusqu'au prestigieux Royal College of Physicians, à Londres. L'organisateur de cette réunion au sommet ? Un certain... Bill Gates.

Avec sa fondation, le roi de l'informatique a convaincu les "big pharmas" de s'engager côte à côte dans la lutte contre les maladies tropicales négligées. "Je n'ai jamais vu autant de compétiteurs travailler ensemble", s'amuse ainsi Margaret Chan, directrice générale de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Si les laboratoires égrènent tour à tour leurs engagements pour éliminer la filariose lymphatique (la maladie d'"Elephant Man"), la lèpre, ou encore lutter contre la maladie de Chagas, elle ne manque cependant pas de leur rappeler que ces promesses devront être tenues d'ici à 2020. Car, et c'est une première, "nous avons établi des cibles et des métriques de performance", se félicite Chris Viehbacher, CEO de Sanofi.

R&D et production dédiées aux maladies négligées

Dépistage, prévention, soutien logistique et financier à des gouvernements et institutions: les laboratoires ne se contentent plus de donner des médicaments aux pays défavorisés.

Chez Sanofi, "nous sommes les seuls à avoir créé un véritable service d'Accès au Médicament", affirme Chris Viehbacher. Un département de 30 personnes équivalent à une "petite industrie pharmaceutique à lui tout seul" selon son dirigeant Robert Sebbag.

Ce département repose sur quatre piliers : information et éducation, R&D, médicaments et vaccins, et développement industriel pour soutenir les économies émergentes par une production locale. Et il a été jugé suffisamment "prioritaire" pour avoir été épargné par les économies de couts massives engagées par Sanofi.

Ce service dispose ainsi de plus de 20 millions d'euros, pour développer des traitements "aux prix différenciés selon un modèle économique sans profit et sans perte, sauf en cas de donation quand il n'y a pas d'argent pour ces maladies", explique Robert Sebbag. Comme pour la maladie du sommeil, dans laquelle Sanofi collabore avec son homologue japonais Eisai.

Partage de bibliothéques de molécules

Et pourtant, "dans l'industrie pharmaceutique, nous n'avons pas l'habitude de travailler ensemble, surtout dans la R&D, le domaine le plus fermé", reconnait Chris Viehbacher. D’ailleurs, et c'est sans doute la plus grande avancée de la réunion de Londres, " nous commençons pour la première fois à partager nos bibliothèques de molécules, pas seulement à d'autres entreprises, mais aussi à des tierces personnes" se réjouit Jorg Reinhardt, patron de l'allemand Bayer.

Une avancée encadrée, bien sûr, par la définition de protocoles et d'accords de propriété industrielle. Mais qui n'aurait jamais été envisageable il y a seulement cinq ans, murmure un dirigeant. L'ascension du Fonds Mondial y a été pour quelque chose.

L'interventionnisme de Bill Gates aussi. Mais également la volonté d'aider ces pays à développer des économies pérennes, futurs marchés pour l'industrie pharmaceutique.

Par Gaëlle Fleitour, à Londres

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