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L'Usine Santé

L’industrie pharmaceutique joue la carte du patriotisme pour demander des aides

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

Made in France Allégement des taxes, stabilité des prix, meilleur accès à l’innovation : ce sont les prérequis réclamés par les entreprises de la pharmacie pour relancer la production française.

L’industrie pharmaceutique joue la carte du patriotisme pour demander des aides © Novo Nordisk

Deux ans après un premier colloque jugé "sans effet" sur le soutien à la production française, le syndicat des entreprises du médicament (Leem) et le premier cluster pharmaceutique français Polepharma ont décidé de remettre le couvert ce mardi 14 octobre.

A l’appui, deux études chiffrées pour marquer les esprits et 19 mesures comprenant allégrement des taxes, stabilité des prix et amélioration de l’accès à l’innovation.

Relancer l’emploi industriel

Le secteur pharmaceutique ne s’inquiète pas seulement pour ses usines. Car la relance des investissements serait aussi une garantie du maintien, voire du développement des emplois industriels, relève Patrick Biecheler, associé chez Roland Berger. Selon son étude, ce secteur couvre 120 000 emplois dont un tiers en direct dans ses usines, un tiers associé (via les façonniers) et un tiers par son écosystème (la production de principes actifs, la santé animale…). Il se place ainsi au deuxième rang européen des effectifs en production pharmaceutique, juste derrière l’Allemagne et au même niveau que l’aéronautique. Mais il faut penser au futur, alors que 85% de ces emplois sont liés dans l’Hexagone à de la production chimique, et 60% à des usines fabriquant des médicaments matures (plus de douze ans d’âge), proches d’une expiration de leur brevet et donc menacés par une substitution par des génériques… souvent fabriqués ailleurs.

 

Des investissements industriels en chute annuelle de 4,5% 

Il y a urgence, selon l’Observatoire 2014 des investissements productifs de l’industrie du médicament, réalisé par le cabinet Arthur D. Little. Au sein des 224 usines françaises, les investissements sont passés de 930 millions d’euros en 2010 à 810 millions en 2013, soit une chute annuelle de 4,5%. 60% des investissements concernent des usines de médicaments chimiques, souvent des vieux produits.

Chaque site n’investit, en moyenne, qu’un à cinq millions d’euros annuels, à 80% sur des bâtiments existants, majoritairement pour se conformer à la réglementation ou améliorer la compétitivité. Peu d’entre eux visent l’export. Seulement un tiers de l’ensemble des sites est homologué pour les Etats-Unis, pourtant premier débouché pharmaceutique au monde avec 30% de parts de marché ! Les entreprises demandent donc un crédit pour les y aider, et une simplification des procédures d’exportation.

Un label Europe et un Crédit Impôt Production

Les constructions de nouvelles usines sont rarissimes. La raison, selon les industriels ? Une pression générale sur les prix, en particulier des produits anciens, et des vagues de déremboursement des médicaments qui font chuter les volumes de 65%. "Nous savons tous très bien que plus le prix du médicament baisse, plus le risque existe que le médicament ne soit plus fabriqué en France, insiste Philippe Luscan, vice-président exécutif en charge des affaires industrielles de Sanofi. Il y a des seuils en dessous desquels on ne peut plus suivre…"

Président de la Commission des affaires industrielles du Leem, Sébastien Aguettant, PDG du façonnier Delpharm, voudrait s’inspirer d’autres secteurs qui instaurent un "prix premium" pour rentabiliser des investissements destinés à garantir un haut niveau de qualité. Problème, "dans l’économie régulée du médicament, à aucun moment dans la chaîne on ne peut refléter ces surcoûts".

L’heure serait donc au patriotisme. "Un label Europe valoriserait le savoir-faire du continent, notamment dans les appels d’offres. Un Crédit Impôt Production sur les taxes appliquées à la pharmacie favoriserait l’investissement et la localisation de la production en France", détaille Patrick Biecheler, associé du cabinet Roland Berger. Alors que la balance commerciale de la pharmacie est encore excédentaire, "aujourd’hui notre export diminue car tous les autres pays mettent en place ces mesures de protection industrielle : Etats-Unis, Brésil, Russie...", insiste Sébastien Aguettant.

Fin de cycle pour les investissements dans les vaccins

La trentaine de sites que compte la France en médicaments biologiques et vaccins ont capté 40% des investissements industriels en 2013, mais ces derniers sont en chute, passés de 420 millions en 2010 à 290 millions d’euros en 2013. En cause, la fin de gros cycles d’investissements injectés en particulier dans les trois usines de vaccins de Sanofi Pasteur (à Marcy-L’Etoile, Val-de-Reuil et Neuville-sur-Saone) et celle de GSK à Saint-Amand-Les-Eaux. Et dans la production biologique, la France pèse peu face aux industries allemande, britannique ou suisse d’anticorps monoclonaux…

D’où sa difficulté à se voir attribuer la fabrication de médicaments innovants. Depuis 2012, sur les 130 nouvelles thérapies autorisées par l’Agence européenne du médicament, seulement huit sont produites sur le sol français. Pour se montrer aussi compétitif que leurs voisins européens, les industriels tricolores demandent donc une amélioration des conditions d’accès au marché français en réduisant les délais d’obtention des autorisations de mise sur le marché, de remboursement et de prix. Et que ces derniers ne soient pas régulièrement mis à mal lorsqu’il s’agit de produits très innovants.

Alors que le Plan de financement de la Sécurité Sociale pour 2015 est débattu au Parlement, demandant une nouvelle fois aux industriels de la santé de mettre la main à la poche, ces derniers demandent plus de visibilité dans les politiques de régulation., arguant qu'"avec nos outils de production, nous investissons pour les 10 ou 15 ans qui viennent !" Un constat que partage le représentant du ministère de l’Industrie invité au colloque, Christophe Lerouge, de la Direction générale des entreprises. Si la fiscalité semble difficile à alléger dans le contexte budgétaire actuel, "nous pouvons améliorer les choses en jouant sur l’environnement", estime-t-il. Tout en appelant le Leem à reprendre le chemin des négociations au sein du Conseil stratégique des industries de santé, dont le syndicat avait claqué la porte en mai dernier…

Gaëlle Fleitour

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