L'Usine Santé

L’industrie pharmaceutique et la police judiciaire coopèrent pour lutter contre les faux médicaments

Pierre Berteloot , ,

Publié le

La contrefaçon de médicaments et de produits de santé est devenue un trafic d'ampleur colossale. Les conséquences en termes de santé publique et les pertes économiques sont désastreuses. Pour lutter contre ce fléau, l'industrie pharmaceutique et les autorités douanières et policières collaborent. 

L’industrie pharmaceutique et la police judiciaire coopèrent pour lutter contre les faux médicaments
Le marché des médicaments contrefaits représente 200 milliards de dollars par an.
© Wikimedia Commons

Les chiffres sont édifiants. "L’utilisation des médicaments contrefaits entraîne la mort de 100 000 à 1 million de personnes par an !" déclare Geoffroy Bessaud, directeur de la coordination anti-contrefaçon de Sanofi. En Afrique ou en Amérique Latine, jusqu’à 30% des médicaments en circulation sont des faux, contre 1% au plus dans les pays développés. Mais ces derniers ne sont pas exempts de fraudes pour autant. Les systèmes de distribution des pharmacies y sont moins perméables au trafic, et c’est sur Internet que le marché noir se concentre. En effet, 90% des pharmacies en ligne seraient illicites, et 50% des médicaments achetés sur internet seraient factices.

Plus rentable que l’héroïne et les cigarettes

Selon Goeffroy Bessaud, fabriquer et vendre des faux médicaments serait bien plus rentable que de vendre de la drogue. "Pour 1 000 euros investis, le retour sur investissement est de l’ordre de 20 000 euros pour l’héroïne, de 43 000 euros pour les cigarettes, assure-t-il. Mais pour les faux médicaments, le montant peut atteindre les 500 000 euros !". Le marché mondial atteindrait les 200 milliards de dollars par an.

Toujours selon le directeur de la coordination anti-contrefaçon de Sanofi, cette fraude représenterait en Europe 1,7 milliards d’euros de revenus en moins pour les Etats, et 90 000 emplois perdus.

Un trafic trop peu surveillé

"La problématique des médicaments contrefaits est en train d’exploser, constate Eric Bayle, de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp). Ça doit devenir une priorité." En effet, ce trafic est selon lui encore trop peu contrôlé, et bien moins risqué pour les faussaires que celui de la drogue ou des cigarettes.

Mais les autorités tentent de réagir. Ainsi, l’opération MISMED 2, dont les résultats ont été présentés en mars, menée par les services douaniers de 16 pays européens, a permis  de saisir plus de 13 millions de doses d’une valeur de 168 millions d’euros, et d’un poids de 1,8 tonne. 435 arrestations ont eu lieu, ce qui a permis le démantèlement de 24 groupes criminels. Interpol, grâce à l’opération PANGEA, mène depuis 11 ans des opérations similaires d’ampleur mondiale.

Les laboratoires investissent dans la lutte anti-contrefaçon

Les industriels collaborent parfois eux-mêmes avec la police judiciaire. Dans son Laboratoire central anti-contrefaçon (LCAC) de Tours, Sanofi analyse chaque année près de 2 000 échantillons, dans l’espoir d’identifier les produits frauduleux, et tenter de remonter la chaîne de production. "Les informations fournies par les industriels peuvent nous être très précieuses, nous mener sur une piste, ou nous donner un indice supplémentaire qui va mener au démantèlement d'un réseau", assure ainsi Eric Bayle.

Enfin, depuis février 2019, sous l’impulsion du Parlement Européen, les industriels ont mis en place un système de sérialisation visant à prévenir l’introduction de médicaments falsifiés dans la chaîne légale d’approvisionnement, grâce à l’utilisation d’une base de données utilisant la technologie de la blockchain, et permettant une meilleure traçabilité des médicaments, et leur suivi de la fabrication à la vente, à toutes les étapes de la chaîne de fabrication et de distribution.

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