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L'Usine Energie

"L’industrie pétrolière commence à tirer les leçons de ce qu’il s’est passé", explique Arnaud Breuillac de Total

Ludovic Dupin , , ,

Publié le

Entretien Avant les résultats du pétrolier Total, Arnaud Breuillac, directeur général de l'exploration-production, était en visite en Corée afin de faire un point sur l'avancées des multiples chantiers en cours sur les yards coréens. Une fois les goulots d'étranglement passés sur ces grands sites de construction, le pétrolier juge qu'il sera possible à nouveau de sanctionner de grands projets à des prix compétitifs.  

L’industrie pétrolière commence à tirer les leçons de ce qu’il s’est passé, explique Arnaud Breuillac de Total © Nicolas Datiche/Total

L'Usine Nouvelle.- Avec le baril de pétrole à 30 dollars, est-ce que vos grands projets en développement (Yamal LNG, Ichthys, Moho Nord…) font encore sens ?

Arnaud Breuillac.- Oui ! Ce sont des investissements déjà engagés et il n’y a pas de meilleur choix pour nous que de les livrer dans les délais et les coûts prévus. Mais il est possible de réduire le coût de certains investissements en essayant de renégocier des contrats, en particulier en ce qui concerne l’utilisation des appareils de forage. Les compagnies qui fournissent ces services ont besoin de visibilité quant à leurs carnets de commandes futurs. En s’engageant sur des puits supplémentaires, il est possible de diminuer les coûts unitaires.

Ces investissements ont pour but de porter la production de Total à 2,8 millions de barils par jour en 2019. Est-ce un objectif toujours tenable… et souhaitable ?

Souhaitable, oui bien sûr. Si nous investissons, c’est pour augmenter la production. Mais, il est vrai que certains projets ont été décalés dans le temps. La surchauffe passée dans l’industrie pétrolière a conduit à des goulots d’étranglement. Par exemple, les grands chantiers navals coréens, qui étaient réputés pour être extrêmement fiables dans l’exécution de leurs contrats, ont eu des ratés. Ils ont pris trop de travail. Cela a désorganisé leur belle mécanique.

La situation s’améliore ?

Certains chantiers commencent à avoir une décrue d’activité et retrouvent des marges de manœuvre. D’autres restent saturés. Tous n’ont pas eu de commandes en 2015 et n’en auront sans doute pas plus en 2016. Pour eux, il existe de réelles incertitudes au-delà de 2017. A partir de cette date, il devrait y avoir des opportunités de réaliser de nouveaux projets avec des coûts plus bas car il y aura une concurrence retrouvée entre tous les chantiers en Corée, mais aussi avec des chantiers navals en Chine et dans le sud-est asiatique. Nous allons nous retrouver dans une configuration où, indépendamment du prix du baril, nous pourrons lancer des projets avec des coûts plus bas que ce qu’on a vu ces  dernières années.

Fini les projets hors de prix ?

Nous considérons que l’ensemble de l’industrie commence à tirer les leçons de ce qu’il s’est passé. Les coûts de développement ont massivement augmenté entre le début des années 2000 et le pic de 2014. L’industrie va retrouver une efficacité qu’elle avait connue à une période où le prix du baril était beaucoup plus bas. Je parle bien de l’industrie dans son ensemble car ce n’est pas seulement un sujet pour les compagnies pétrolières ou les grands fournisseurs d’équipements… Nous devons y parvenir tous ensemble. Les grands bureaux d’études, comme Technip, nous disent qu’ils ont des idées pour simplifier les designs. Nous en avons aussi. Nous devons les partager.

A quel prix du baril calculez-vous la rentabilité de vos investissements désormais ?

Plutôt que sur un prix précis, notre approche sur les futurs projets repose sur une courbe de mérite. C’est-à-dire une comparaison relative d’un projet donné par rapport aux projets concurrents. Que ce soit des projets en concurrence  dans notre portefeuille, ou en concurrence avec ceux des autres compagnies. L’idée est que si un projet est compétitif, c’est-à-dire qu’il a des coûts de développement inférieurs aux autres, il est meilleur quel que soit le coût du baril. Par exemple, les projets qui présentent un long plateau de production sont privilégiés car, sur une période de 20 ans, le baril connaît des hauts et des bas et son coût moyen permet d’escompter une bonne rentabilité.

Nous allons vers une plus grande sélectivité. A cela, il faut associer une capacité à prendre des marchés au moment où il y aura un creux d’activité. Après la chute des prix du baril et l’arrêt des grands projets, il y a un déficit de commandes chez beaucoup de nos fournisseurs. Ce qui les amène à réduire leurs prix et leurs marges. Il faudra que Total soit en mesure de réinvestir au bon moment. Je suis confiant. Nous avons des projets à développer en portefeuille et nous en aurons encore plus à la fin 2016.

Comment anticipez-vous l’évolution des cours du baril en 2016 ?

Nous ne cherchons pas à l’anticiper car ce n’est pas notre métier. Même les gens dont c’est le métier se trompent souvent. On observe aujourd’hui d’un côté, une surcapacité de l’offre et, de l’autre, des perspectives moroses en matière de croissance de l’économie mondiale. Rien qu’avec ces deux facteurs, nous pouvons anticiper que les prix restent bas en 2016. Mais il y a aussi des fondamentaux tels que le déclin des champs de pétrole en production qui font que, tôt ou tard, les prix remonteront.

A ce moment-là, il est probable qu’il y ait un retour rapide sur le marché de productions de pétrole non conventionnel en provenance des Etats-Unis. Elles ont connu un énorme coup de frein, avec une  baisse très significative des appareils de forage en activité : -70 % en 18 mois ! Si les prix remontent, ces appareils de forage sont mobilisables très rapidement. Mais nous pensons, chez Total, que ce retour de production ne suffira pas à combler le déficit créé par le déclin des champs existants.

Une bascule aura-t-elle lieu à partir de 2016 ? Nul ne le sait. Pour nous, la priorité est de gérer nos coûts. Nous ne contrôlons pas le prix du baril. Nous ne pouvons agir que sur le paramètre que l’on contrôle : nos coûts. C’est la priorité de 2016.

Total vient de signer un achat de brut avec l’Iran. Est-ce un premier pas avant de retourner sur place ?

Total a une expérience des contrats en Iran et a laissé une bonne impression. Nous avons repris les achats de bruts, ce qui va permettre  en partie d’alimenter les raffineries européennes. C’est très positif car ces raffineries ont été conçues historiquement pour traiter du brut iranien. Les Iraniens ont décidé d’ouvrir leur amont pétrolier sur 40 à 50 projets. Ils commencent à définir un cadre contractuel qui semble plus intéressant que celui des contrats des années 90. En particulier, ils ont évolué en matière de durée. Les contrats passés s’étalaient sur 7 ans.

Nous parlons maintenant de plus de 20 ans. Ce qui est beaucoup plus dans la norme. Reste encore à connaître les paramètres économiques et donc la marge qui sera dégagée de ces contrats. C’est cet élément qui décidera in fine si Total ira ou pas en Iran pour opérer dans l’amont. Quoi qu’il en soit, nous considérons que le retour de l’Iran sur le marché est une bonne chose. Certes, cela crée des volumes supplémentaires, mais ce retour élimine aussi une inconnue qui pesait sur le prix du baril.

Propos reccueillis par Ludovic Dupin

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