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L’industrie parisienne sous contraintes

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L’activité productrice sur le territoire de la nouvelle métropole du Grand Paris reste vivace, mais se heurte à des obligations toujours plus fortes.

L’industrie parisienne sous contraintes
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© L’usine Snecma à Genevelliers (Hauts-de-Seine) compte 1 500 salariés.

Alors qu’elle vient d’élire son premier président, le député-maire (LR) de Rueil-Malmaison Patrick Ollier, la métropole du Grand Paris (MGP), officiellement créée le 1er?janvier, aura sans doute à réfléchir à l’exercice des activités productrices sur son territoire. La MGP, dont le développement économique constitue l’une des quatre compétences, couvre le secteur central de l’Ile-de-France, soit Paris et les trois départements de la petite couronne : Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne. Cette zone géographique, terre de grandes industries jusqu’à la fin des Trente Glorieuses, a été, depuis, lourdement frappée par les délocalisations. En deux décennies, de 1990 à 2010, elle a perdu 58,3 % de ses effectifs industriels. Chacun garde en tête la fermeture de sites aussi emblématiques que les ateliers Citroën et Renault, baignés par la Seine à Paris et à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) ou, plus proche dans le temps, celle de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Urbanisation et modernisation

Pour autant, et selon le Crocis, un observatoire dépendant de la Chambre de commerce et d’industrie Paris Ile-de-France, la MGP compterait encore 31 000 établissements industriels. Parmi eux, il faut sortir les nombreux sièges sociaux qui pèsent beaucoup en termes d’emplois. Reste un tissu d’entreprises productrices, composé principalement de PME et de quelques fleurons exerçant dans les secteurs d’activité dominants de la région, tels que l’aéronautique, la construction automobile, la chimie et la pharmacie. Beaucoup de ces grands établissements sont propriétaires de leur site et entretiennent des liens anciens avec leur terroir. Ainsi, l’usine Snecma du groupe Safran, à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), qui emploie 1 500 salariés dans les métiers de la forge, de la fonderie et de l’usinage de pièces de moteur d’avions, est l’héritière des installations de la société Gnome et Rhône. « L’établissement constitue l’ancrage historique de Snecma, note un porte-parole du motoriste. En outre, il serait très difficile de le déménager en raison du poids des principaux équipements. »

L’attachement des entreprises de fabrication au territoire parisien s’explique aussi par la qualité de sa desserte, la facilité d’accès pour les salariés, la proximité avec les centres de décision ou encore l’existence de très nombreuses ressources techniques et scientifiques. Mais ce dernier est menacé dès lors que l’entreprise se voit contrainte au déménagement pour moderniser son outil productif. Il a fallu une mobilisation des pouvoirs publics et l’opportune libération de terrains militaires pour qu’Airbus Helicopters puisse transférer les activités de son usine de pales de La Courneuve à Dugny, deux communes de Seine-Saint-Denis. Un investissement de 130?millions d’euros avec, à la clé, le maintien de 730 emplois.

Mais certaines contraintes s’accentuent relève Thierry Petit, économiste à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Ile-de-France, suite à une enquête menée auprès de 60 industriels franciliens. Ce dernier identifie trois obstacles majeurs au développement, voire au maintien, des entreprises industrielles : l’accès à la main-d’œuvre, l’urbanisation et la difficulté de trouver des locaux adaptés. « La situation s’est progressivement dégradée et il n’est plus possible de produire localement », témoigne Francis Pouchard, le patron de Pouchard Tubes, une manufacture d’étirage à froid de Pantin (Seine-Saint-Denis) qui est en train de déménager dans le Val-d’Oise. « Nous nous pensions dans une zone industrielle, mais nous avons été envahis par la zone urbaine. »

Un label « Fabriqué à Paris »

« Il est difficile pour les élus de ne pas céder à la pression en faveur de l’immobilier de bureaux », remarque Thierry Petit. Les chiffres le confirment. Les cinq contrats de développement territorial (CDT) du Val-de-Marne réservent aux seuls bureaux 68 % de leur programmation en immobilier d’entreprise, révèle une enquête de l’observatoire départemental de l’immobilier d’entreprise. Dans Paris intra-muros, l’activité productrice n’est plus qu’un souvenir et le seul établissement industriel de quelque importance est celui de la société Exacompta. Implantée en partie dans un beau bâtiment du xixe?siècle, longeant le canal Saint-Martin, l’entreprise emploierait 300 personnes.

Le reste des lambeaux du tissu industriel parisien est composé de très petites unités. Certaines se maintiennent non sans mal, comme les ateliers de métallerie Grésillon employant six personnes. Locataire de la Semaest, une des sociétés d’économie mixte de la Ville de Paris, dans le quartier de Belleville (XXe arrondissement), l’entreprise était menacée de plier bagage au profit de la construction d’une auberge de jeunesse. « Aujourd’hui, nous savons que le projet est abandonné. Pour autant, nous n’avons encore aucune certitude quant à notre maintien dans les lieux », glisse Ivan Weiller, le gérant de la société. Ce serait pourtant lui faire injure de dire que ce passé productif n’a pas d’avenir. En novembre 2015, le Conseil de Paris a voté la création d’un label « Fabriqué à Paris » ayant pour but de valoriser le savoir-faire parisien.

D’autres initiatives destinées à favoriser une réindustrialisation soutenable devraient suivre, inspirées des conclusions d’une mission d’information et d’évaluation qu’avait demandée le groupe communiste et Front de gauche du Conseil. « Derrière l’idée de fabriquer à Paris, nous souhaitons encourager la production artisanale, les petites unités produisant de petites séries. C’est l’idée de fabriquer localement ce qui est consommé localement, commente Julien Bonnet-Ouladj, le président du groupe communiste. Avec les imprimantes 3 D, les machines de découpe laser, tout un tas de petits objets comme les tours Eiffel vendues aux touristes peuvent être fabriqués dans des petits locaux à la demande, sur mesure et localement. » Prochaine étape de ce processus : introduire lors de la révision du Plan local d’urbanisme des dispositions permettant de garantir le maintien des parcelles destinées à la fabrication, notamment industrielles. 

Des solutions pour une logistique urbaine durable


Le développement d’activités productrices, tel que le préconise la mission d’information et d’évaluation Fabriqué à Paris, passe par des améliorations de lalogistique urbaine. La mairie de Paris recense 300 000 livraisons ou enlèvements quotidiens dans la capitale. Selon elle, le trafic routier lié à la logistique est responsable de 50 % des émissions de polluants dans l’air. À la recherche de solutions innovantes pour une logistique du dernier kilomètre, la municipalité a lancé, en octobre?2015, un programme d’expérimentation. Vingt-deux projets, émanant pour la plupart de PME, mais aussi de groupes comme UPS et FM Logistic, ont été retenus et seront testés pendant six mois à un an sur le territoire parisien. Cinq opérations portent sur la mutualisation des flux pour réduire le nombre de mouvements. Cinq autres concernent des innovations en matière de consignes automatiques, répondant pour la plupart aux besoins croissants de l’e-commerce. De nouvelles solutions de livraison, de transport et de rationalisation des tournées sont également expérimentées. Ainsi, Libner porte un projet de camion qui, à l’arrêt, devient une base logistique mobile libérant un mini-camion électrique de livraison. La Ville de Paris a aussi prévu de revoir son plan local d’urbanisation pour créer 80 espaces de logistique urbaine. 

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