L’industrie européenne du ciment mal préparée à la transition climatique (CDP)

Sur des critères climatiques, l’industrie cimentière européenne est beaucoup moins vertueuse que ses concurrents indiens, affirme le CDP dans un rapport rendu public le 9 avril. Les cimentiers européens peinent à renouveler leurs combustibles et leurs procédés de production, ce qui représente un risque dans un cadre réglementaire renforcé.

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L’industrie européenne du ciment mal préparée à la transition climatique (CDP)
Sur des critères climatiques, les cimentiers européens (ici LafargeHolcim à Tolosane) sont distancés par leurs homologues indiens.

Deuxième émetteur industriel de gaz à effet de serre derrière la métallurgie, avec 6% des émissions globales en phase de production, le secteur du ciment n’a réduit ses rejets de CO2 que de 1% par an sur les quatre dernières années, conclut le CDP (anciennement Carbon disclosure project) dans un rapport publié le 9 avril. "C’est trop peu pour atteindre l’objectif d’un réchauffement maintenu sous les 2 degrés", selon l’organisation internationale. Il faudrait selon elle doubler ces efforts pour rester dans la trajectoire fixée par l’Accord de Paris sur le climat.

Les cimentiers indiens plus verts qu’en Europe

Le CDP a étudié 13 cimentiers, représentant 15% de la production mondiale et répartis sur les principaux marchés consommateurs. Puis il les a classés selon nombre de critères (efficacité énergétique, émissions, risques physiques, R&D adaptée aux opportunités climat, gouvernance climat, etc). Au classement global, trois producteurs indiens (Dalmia Bharat, Shree Cement et Ambuja Cements) et un colombien (CementosArgos) surclassent le premier européen classé, LafargeHolcim (5e), au titre de leur préparation à la transition climatique. L’allemand HeidelbergCement se classe 6e, notamment grâce à un usage accru des combustibles alternatifs, comme les pneumatiques usagés et les déchets verts. Les Européens, sur ce seul critère, sont favorisés par le bon niveau d’infrastructures de collecte et de traitement des déchets. Les cimentiers chinois, qui assurent plus de la moitié de la production mondiale, n’ont pas fourni assez d’éléments pour être classés.

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Plus surprenant, l’étude conclut que sur les seuls critères climatiques (volume d’émissions de gaz à effet de serre, intensité énergétique, ratio de clinker dans la formule, risques financiers, cadre réglementaire climatique de la construction sur leur marché), cinq des principaux producteurs de ciment indiens devancent le premier européen classé, l'irlandais CRH. Plus récentes et plus énergo-efficientes, leurs installations utilisent aussi plus de matériaux alternatifs (cendres, co-produits de l’acier) au clinker, dont la calcination rejette énormément de dioxyde de carbone par décarbonatation. Le clinker représente en moyenne 64% de leur recette, contre 77% de moyenne internationale.

Une fiscalité verte inefficace

Les dépenses de R&D, elles, s’avèrent proportionnellement moins élevées que dans les autres secteurs. L’allemand HeidelbergCement, le suisse LafargeHolcim et le colombien CementosArgos sont les meilleurs élèves sur cet aspect, avec 0,6% du chiffre d’affaires. La fiscalité carbone devrait, selon le CDP, être multipliée par trois à six pour pousser les industriels à mettre en place des solutions technologiques comme la capture et le stockage de carbone (CCS).

Un puit de carbone à l’efficacité relative

Depuis des années, les cimentiers contestent ce mauvais bilan. S’appuyant sur une étude de l’Académie chinoise des sciences réalisée en collaboration avec le Laboratoire de sciences du climat et de l’environnement en France, ils rappellent la capacité du ciment à piéger le CO2 lors de sa (lente) dégradation. Par ce procédé de carbonatation au contact avec l’air, le total du ciment mondial aurait réabsorbé et piégé 43% des émissions dues à sa production.

Mais dans le béton brut (comportant du ciment et des granulats), ce taux descend à 16,1%, car cette dégradation ne se produit qu’à la surface, en contact avec l’air ambiant. L’effet puit de carbone est encore réduit lorsque le béton est isolé. Parmi les pistes étudiées pour que ce piège à carbone soit plus efficace, le broyage des bétons de déconstruction à fins de recyclage pour augmenter la surface à l'air. Le recyclage du béton s'avère, lui aussi, compliqué. Des produits alternatifs émergent, comme le béton durci au CO2, qui réduirait l’empreinte carbone de 70% ou le clinker bas carbone. Mais leur adoption est est lente.

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