« L'Industrie est le premier bénéficiaire de la politique économique du gouvernement »

Luc Chatel, secrétaire d'Etat chargé de l'Industrie et de la Consommation, fait le point en exclusivité pour « L'Usine Nouvelle » sur les enjeux de la recherche technologique pour les entreprises françaises, à l'occasion du renouvellement des contrats de

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« L'Industrie est le premier bénéficiaire de la politique économique du gouvernement »
Quel jugement portez-vous sur l'action des CTI ces dernières années ?
Avec plus de 2500 collaborateurs, les centres techniques industriels constituent le premier réseau français de développement technologique. Leur mission est, à mes yeux, essentielle : ils jouent un rôle d'interface au sein de chaque secteur entre le monde de la recherche et celui des PMI. ils apportent un véritable avantage compétitif aux entreprises qu'ils servent en mutualisant les programmes de recherche et développement, de normalisation, ou de veille technologique, que ces entreprises ne pourraient mener seules. Ils se sont adaptés aux besoins des PMI car ils ne s'intéressent pas uniquement aux innovations de rupture, mais explorent tous les leviers de compétitivité, répondant ainsi au besoin d'un grand nombre d'activités industrielles qui sont davantage confrontées aux enjeux de l'amélioration continue.

Or je suis convaincu que notre industrie ne vit pas seulement par ses grands groupes, mais aussi par son tissu de petites et moyennes industries qui structurent nos territoires, entretiennent des compétences de haut niveau et génèrent de l'innovation.

Les CTI ont beaucoup évolué ces dernières années pour aider leurs secteurs à s'adapter aux mutations du monde économique, et leur action est très appréciée par les entreprises qu'ils servent, mais il reste bien sûr des marges d'amélioration.

Sur quels points doivent-ils encore progresser ?
Les nouveaux contrats de performance entre l'Etat et les centres techniques industriels font apparaître quelques inflexions particulièrement importantes. C'est d'abord, le souci de favoriser les actions concertées inter-centres et de décloisonner les établissements. Les défis nouveaux sont souvent communs : je pense notamment à l'application de la directive Reach, ou à l'éco-conception des produits. C'est ensuite, la mise en place d'une véritable politique de propriété intellectuelle. Aujourd'hui, le contraste avec l'Allemagne est par exemple saisissant : les Instituts Fraunhauffer déposent 500 brevets par an alors que les CTI français en déposent une dizaine. C'est enfin une meilleure mesure des résultats et services rendus aux entreprises dans une démarche d'évaluation

Par ailleurs, je souhaite que les CTI avancent rapidement sur quelques axes clés dès 2008 : Je souhaite d'abord que les CTI facilitent l'accès des entreprises aux programmes de recherche européen : le budget du programme cadre européen en faveur de la recherche et développement pour la période 2007- 2013 a augmenté de 15 %, et nous savons bien que nos PMI sont trop largement sous-représentées. Les CTI doivent jouer un rôle clé dans ce domaine. Plus généralement, les CTI doivent prendre une dimension européenne et gagner en notoriété, car l'UE devient un acteur incontournable en ce qui concerne la recherche ou la normalisation.

Je souhaite également que les CTI se fixent comme objectif de renforcer encore largement leur participation dans les pôles de compétitivité : pour les CTI, la participation aux pôles est la garantie d'assurer un renouvellement indispensable et d'assurer la diffusion des acquis des nombreux projets portés par les pôles.

Je souhaite enfin que les CTI poursuivent leur effort pour élargir leurs missions à un nombre limité de domaines où ils sont pertinents ; les centres ne doivent pas hésiter à actionner tous les leviers spécifiques à leurs secteurs au service de la compétitivité, y compris les leviers non technologiques : à titre d'exemple, le programme ACAMAS mené par le CETIM avec la FIM, est une excellente initiative.

Comment faire pour que les CTI se rapprochent davantage du monde universitaire et académique (et inversement) à l'image de ce qui se fait par exemple en Allemagne avec les Fraunhofer ?
Les CTI ne sont pas une exception française. La plupart des pays industrialisés ont mis en place des dispositifs spécifiques de transfert de technologie et d'assistance technique à leurs PME. Le plus célèbre d'entre eux, l'institut Fraunhofer, est un acteur clé de la compétitivité de l'industrie allemande et doit nous inspirer. Les pôles de compétitivité, qui associent centres universitaires, centres techniques et entreprises, constituent un vecteur essentiel de rapprochement entre ces différents acteurs. C'est pourquoi je souhaite que les CTI s'impliquent davantage encore au sein des pôles de compétitivité. De même, la participation au PCDRT me semble un autre moyen de rapprocher ces différents acteurs sur des projets définis.

Les CTI peuvent-ils remédier à la sous-représentation des PMI française dans les projets du PCRD ?
Chaque année, les CTI participent environ à 50 projets européens par an dans le cadre du PCRD. Il faut aller plus loin, mais le problème dépasse hélas très largement les CTI, il concerne l'ensemble des entreprises et notamment les PME françaises. J'ai demandé aux CTI de faire de cet axe l'une de leurs priorités et de me faire de propositions car ils sont bien positionnés sur leurs secteurs pour aider les PMI.

Un des principaux défis des CTI est également leur ouverture vers l'international, cet enjeu est-il suffisamment pris en compte? Comment l'Etat, via notamment ses services à l'étranger peut-il jouer un plus grand rôle, notamment hors de l'Union européenne (Maghreb, pays émergents...) ?
L'ouverture à l'international des CTI est souhaitable pour développer des échanges et partenariats technologiques avec leurs homologues européens, des laboratoires de recherche, des écoles, en priorité au sein de l'Union européenne. Le mouvement est déjà engagé : 200 partenariats de collaboration existent avec des laboratoires européens, et 50 hors de l'Union Européenne. Les services à l'étranger de l'Etat peuvent utilement être sollicités par les centres pour faciliter de tels partenariats, en confirmant par exemple l'intérêt technologique de tel ou tel organisme ou laboratoire, ou en détectant de nouvelles opportunités de partenariats.

De nombreuses structures existent en matière de recherche technologique (CTI, CRITT, ARIST, pôles de compétitivité, laboratoires de recherche publique), peut-on imaginer mieux les fédérer ?
Le Gouvernement s'attache depuis plusieurs années à amener les différents acteurs à travailler en réseau. A cet égard, les Pôles de compétitivité pour la R&D, d'une part, et l'ANR, d'autre part, pour la recherche amont, jouent ce rôle fédérateur. Par exemple la majorité des CTI participent à des projets labélisés par les Pôles.

Les entreprises industrielles se plaignent parfois d'un manque de soutien politique (qui s'est même manifesté par la disparition pendant quelques mois d'un ministre de l'Industrie), que leur répondez-vous ?
Je réponds que l'industrie est le premier bénéficiaire de la politique économique du gouvernement. Sur les trois leviers principaux de la croissance : travail, investissement et innovation. Travail : les études montrent que les ouvriers sont les salariés qui bénéficient le plus des heures supplémentaires défiscalisées. Innovation : l'industrie est le premier bénéficiaire du triplement du taux du crédit impôt recherche, puisque 90 % de la R&D privée en France est réalisée par des entreprises industrielles. Et le principe des pôles de compétitivité, qu'est-ce sinon la volonté de mettre l'industrie au cœur des avancées technologiques et scientifiques ? L'investissement enfin : Nicolas Sarkozy a annoncé au Creusot qu'il souhaitait mener à tenir une réforme complète de la taxe professionnelle, qui est l'handicap numéro 1 des entreprises industrielles pour investir davantage.

Pour l'industrie, la rupture incarnée par Nicolas Sarkozy est claire. Nous avons un président qui aime et qui croit en l'industrie, un président qui se rend dans les usines, un Président qui avait précédemment porté en tant que Ministre des Finances des dossiers industriels lourds.

Je crois fermement en l'avenir de l'industrie en France : il faut rappeler que plus de 80 % de nos exportations sont assurées par l'industrie. Il faut rappeler aussi que les réponses aux grands enjeux auxquels nous seront confrontés dans les prochaines décennies (la santé avec le vieillissement de la population européenne, les changements climatiques, l'épuisement des ressources naturelles) seront avant tout des réponses industrielles. De la capacité de notre industrie à trouver et à commercialiser des solutions nouvelles dépendra notre place sur l'échiquier mondial.


Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud


CTI : un réseau au service de la recherche technologique

Les 14 Centres techniques industriels comptent 2500 collaborateurs dans 38 établissements. Leurs ressources s'élèvent à 240 millions d'euros dont: 130 millions d'euros pour les missions d'intérêt général (financé par des taxes affectées et dotations budgétaires suivant dispositions dans lois de finances) et 110 millions d'euros, de prestations (études, conseils, audits, essais...). Ils sont présents sur 40 départements et 20 régions. Ils ont noués 110 partenariats avec les régions et les services décentralisés de l'Etat : DRIRE, DRRT, Agence de l'eau... et 220 partenariats avec les laboratoires publics de recherche.

Listes des CTI :
Bois, Ameublement, forêt et cellulose : FCBA ;
Aéraulique et thermique : CETIAT ;
Mécanique : CETIM ;
Construction métallique : CTICM ;
Décolletage : CTDEC ;
Fonderie : CTIF ;
Produits en béton : CERIB ;
Horlogerie, bijouteriejoaillerie : CPDHBJOAT
Papier et carton :CTP ;
Teinturerie, nettoyage : CTTN ;
Textile, habillement : IFTH ;
Corps gras : ITERG ;
Soudage : IS ;
Matériaux naturels de Construction : CTMNC ;
Cuir, chaussure et Maroquinerie : CTC

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