[L’industrie en chansons] “Le France” de Michel Sardou, élégie pour un paquebot abandonné

Simon Chodorge , ,

Publié le

Chaque semaine cet été, partons à la découverte de l'industrie... avec une chanson iconique. En 1974, la Compagnie générale transatlantique annonçait le désarmement du paquebot France. Quelques mois plus tard, Michel Sardou pousse un cri du coeur en hommage au navire regretté.

[L’industrie en chansons] “Le France” de Michel Sardou, élégie pour un paquebot abandonné
Le paquebot France en 1974, lors de l'une de ses dernières croisières pour la Compagnie générale transatlantique.
© DR

Nous ne pouvions pas parler de l’industrie en chansons sans verser dans le répertoire marin. Combien de musiques ont exalté le voyage en mer, l’activité des ports ou la grandeur des chantiers navals ? À contrecoeur, nous avons écarté Amsterdam de Jacques Brel, Santiano de Hugues Aufray ou, dans un registre différent, Virginia Compagnie. Le chauvinisme a porté notre attention sur un autre titre, signé Michel Sardou. En 1975, l’artiste agitait la France avec… “Le France”.

Une chanson coup de gueule

À cette époque, Michel Sardou multipliait déjà les coups de gueule. Une décision du gouvernement irrite tout particulièrement le chanteur. Le président Valéry Giscard d’Estaing trahit sa promesse de campagne et décide de désarmer Le France qui n’est plus rentable. La carrière du paquebot s’achève avec les Trente Glorieuses. “Ne m'appelez plus jamais France. La France, elle m'a laissé tomber”, chante Michel Sardou.

Bijou de la Compagnie générale transatlantique, le navire reliait Le Havre (Seine-Maritime) à New York depuis 1962. Dans le bateau, on compte presque un membre d’équipage pour deux passagers. Les boiseries et les ferronneries ornent les allées. On boit dans des verres en cristal Saint-Louis. Bref, on fait preuve de savoir-vivre. “J'étais un bateau gigantesque, capable de croiser mille ans”, assure l’interprète des "Lacs du Connemara". Le paquebot connaîtra effectivement plusieurs transformations et changements de propriétaires, avant d’être démantelé à la fin des années 2000. Au même moment, Michel Sardou rechante "Le France" aux côtés de Florent Pagny.

Quelques décennies après "Le France"... "Concorde"

En 1975, le syndicat CGT salue le texte de Michel Sardou. Le président de la République apprécie moins ce tacle. Il se serait vengé avec un redressement fiscal. De son côté, Michel Sardou va continuer de produire des chansons engagées, pour le meilleur et pour le pire lorsqu’il sort, en plein débat sur la peine de mort, “Je suis pour”.

Avec un million de singles vendus, "Le France" reste l’un des grands succès de Michel Sardou et cette complainte de la désindustrialisation garde toute sa modernité. En 2006, le chanteur consacre d’ailleurs un titre à un autre projet français qui a connu une fin prématurée : le Concorde.

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