[L'industrie c'est fou] Manger du poisson sur la Lune, futur "pêché" des astronautes ?

Envoyer des embryons de poissons pour nourrir les astronautes du futur village lunaire de l'ESA ? C'est l'ambition de ce biologiste marin français de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (IFREMER) et elle ne laisse pas indifférente l'agence spatiale.

 

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

[L'industrie c'est fou] Manger du poisson sur la Lune, futur
Se nourrir de poissons acheminés depuis la Terre sous forme d'embryons pourrait être une solution pour une future colonie lunaire.

Les clichés de Mars pris par le robot persévérance de la NASA ont remis sur le devant de la scène le rêve si cher aux films de sciences fiction de voir un jour un homme fouler le sol de la planète rouge. Mais avant d'envoyer des astronautes à des millions de kilomètres dans un environnement désertique et gelé, le chemin est encore long et mieux vaut bien préparer son coup. Parmi les milliers de problèmes qu'une telle aventure entraîne, celui de l'autonomie alimentaire est primordial. Si des expérimentations sont en cours un peu partout sur la planète (la nôtre), comme le jardinage en microgravité, celle menée par le biologiste marin français Cyrille Przybyla est particulièrement originale. Le spécialisé en aquaculture de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer de Palavas veut envoyer des œufs de poissons dans l'espace. L'envoi d'un mini satellite "habité" par 300 courageux embryons était d'ailleurs prévu en 2020, elle a été repoussée en 2022.

Pêcher sur la Lune

Cyrille Przybyla en est convaincu, le candidat idéal pour garantir une autonomie alimentaire aux astronautes demeure un animal aquatique. Son projet, Lunar Hatch, financé par le CNES et l'Ifremer, fait partie des 100 derniers en lice pour intégrer l'atterrisseur lunaire EL3 2030 l'ESA, qui servira à la logistique des missions lunaires américaines prévue en 2030 (missions Artemis). Il pourrait ensuite être embarqué dans les bagages de l'agence européenne pour son projet de village lunaire, dont la date ne cesse d'être repoussée. "Mon travail consiste à trouver un moyen d'amener ces embryons de poissons sur la Lune et de les élever en milieu clos, car ils arriveront dans un endroit où il n'y a rien", explique le biologiste. Dans un milieu clos fermé, vous n'avez d'autres ressources que les molécules déjà présentes, il faut donc savoir en tirer parti pour qu'elle ait une utilité les unes pour les autres. Des micro algues peuvent par exemple se développer dans des eaux contenant du phosphate et de l'azote, comme les eaux usées, pour ensuite servir à l'alimentation des poissons". Une sorte "d'économie circulaire", plaisante le chercheur.

VOS INDICES

source

logo indice & contations

Le contenu des indices est réservé aux abonnés à L’Usine Nouvelle

Je me connecte Je m'abonne

En 2019, lui et sa petite équipe ont testé la résistance des embryons de bars et de maigre, deux poissons européens, dans les conditions de décollage d'une fusée Soyouz. A la fin de l'expérience, 76 % des œufs de bar avaient éclos, contre 82% dans les échantillons témoins et 95% des œufs de maigre contre 92% de ceux du groupe témoin.

Microgravité et radiations spatiales

En 2020, quatre ans après avoir fait pousser la première salade suborbitale à bord de l'ISS, l'ensemble des analyses montraient que ces pousses étaient entièrement comestibles. Si c'est une nouvelle dont ont dû se réjouir les astronautes, elle ne résout pas tous les problèmes, selon Cyrille Przybyla. "Un simple potager ne permettra malheureusement pas de nourrir convenablement les astronautes sur une longue durée. Une série de vitamines va manquer, comme la vitamine B12 importante pour le fonctionnement des muscles ou le calcium pour les os. Et comme il semble impossible d'élever des animaux dans l'espace…"

En 2021, ses œufs devraient être soumis à une gravité semblable à celle de l'espace, dans un laboratoire accrédité par l'ESA à Nancy. Puis en 2021, s'ils trouvent leur place sur un vol, ils pourront passer le test des radiations solaires. "Nous en sommes encore loin mais je sus confiant", estime-t-il. Ce sont des animaux qui nous ont précédés sur Terre à un moment où les radiations spatiales étaient beaucoup plus fortes".

Pourquoi des oeufs de poissons ?

"Le poisson présente l'avantage de rassembler pratiquement tous les nutriment dont nous avons besoin. Les embryons sont peu encombrants et de n'ont besoin d'aucun intervention humaine pour se développer et éclore". Mais cette solution ne se suffira pas à elle-même. "Quand il s'agit de créer un support vie, c'est un travail collectif. Il faut emporter avec nous ce qui nous permet de vivre ici, afin de recréer là-bas une cascade trophique, c’est-à-dire l'ensemble d'une chaîne alimentaire. Nous aurons besoins de terre pour faire pousser des fruits et des légumes et d'eau pour élever les poisson et les micro algues,…" Des recherches pour créer un système quasiment indépendant et économe en énergie qui pourraient s'avérer utile aussi sur Terre, selon Cyrille Przybyla. "Le cœur de mon travail consiste à recycler notre environnement. Ici il est riche et parfois gâcher alors que sur la Lune c'est l'inverse, il est rare donc on fait tout pour le préserver".

Hubert Mary Journaliste web
Hubert Mary

Partager

SUJETS ASSOCIÉS
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS