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[L'industrie c'est fou] Des étudiants de Supaero font de leur confinement une expérience scientifique

Clément Le Foll , , ,

Publié le

Quatre-vingt étudiants de Supaero participent à TELEOP, une expérimentation initiée par l'école d'ingénieur qui vise à mesurer l’impact du confinement et de l'isolement sur les performances des individus lors de missions spatiales.

[L'industrie c'est fou] Des étudiants de Supaero font de leur confinement une expérience scientifique
Pour s'entraîner au confinement spatial, pas besoin d'enfiler une combinaison.
© Instagram/elonmusk

"Vous sentez-vous tendu ? Êtes-vous effrayé comme si vous aviez la sensation que quelque chose d'horrible allait se produire ? Dans quelle mesure pensez-vous comprendre ce qui se passe ?" Le rituel est immuable. Tous les cinq jours durant la totalité de leur période de confinement, 80 étudiants volontaires de l'ISAE Supaero complètent un questionnaire en ligne et participent à des tâches cognitives. Certains sont confinés dans leur famille dans toutes la France, d'autres dans leur chambre d'étudiants de 12 m2. L'objectif : connaître leur état d’anxiété durant le confinement.

Un protocole expérimental initié par l'école

Ce projet s’inscrit dans le cadre de l'expérience TELEOP. Ce protocole a été pensé en 2017 par deux enseignantes-chercheuses de l’école, Stéphanie Lizy-Destrez, responsable de l'équipe de recherche SaCLaB (Space Advanced Concepts Laboratory) et Raphaëlle Roy, spécialisée en neuroergonomie et informatique physiologique. “TELEOP vise à mesurer l’impact du confinement et de l'isolation sur les performances des équipages pendant les missions spatiales d'exploration de longue durée, typiquement vers Mars”, éclaire la première. 

La mission du duo consiste à collecter des données physiologiques, psychologiques et techniques sur les équipages et à les entraîner au protocole de l'expérience. TELEOP a déjà été expérimenté à plusieurs reprises, en 2018 au sein de l’expédition mission Mars Desert Research Station 189 dans l’Utah ou pour la mission ARES-III de Lunares, base de préparation au confinement des missions spatiales en Pologne. Il pourrait également être embarqué dans la partie Russe de la Station Spatiale Internationale cette année.

Tirer des conclusion d'un confinement "non-choisi"

Alors que le France est en confinement depuis plus de deux semaines pour tenter de freiner l’épidémie de COVID-19, les deux chercheuses souhaitent évaluer dans une version allégée son impact sur l'état psychologique et cognitif des individus. En plus du questionnaire, les étudiants confinés dans une chambre du campus tiennent un journal de bord. Ils y renseignent leur nombre de pas, la durée de leur sommeil, leur nombre de repas et d’interactions sociales quotidiennes. Ils doivent également effectuer des exercices en ligne, comme des tâches de mémorisation.

Le protocole expérimental et les outils en ligne ont été créés par Tom Lawson, étudiant de l’école, qui s'intéresse à la performance humaine dans le cadre de sa thèse de master. “Toutes les expériences de confinements réalisées par le passé l’ont été sur des astronautes, des pilotes ou des explorateurs qui partent en Antarctique : des gens qui ont été formés”, éclaire-t-il. En analysant des personnes qui vivent un confinement “non-choisi”, les chercheurs espèrent “pouvoir conclure quant aux modulations d’humeur, de sommeil, de motivation et d’incertitude ressentie tout au long d’une période de confinement prolongé, ainsi que sur son impact potentiellement négatif”, conclut Raphaëlle Roy. Reste à savoir combien de temps il va durer...

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