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L'industrie affiche son futur

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Qu’est-ce que l’usine du futur en France ? Les vingt-deux vitrines labellisées par l’Alliance industrie du futur apportent des éléments de réponse aux industriels.

L'industrie affiche son futur
Labellisé en décembre 2016, Areva a mis en place des outils immersifs pour détecter en amont tout défaut de conception.

Mettre l’industrie du futur en vitrine ? L’idée a fini par faire son chemin. Vingt-deux vitrines technologiques ont été labellisées par l’Alliance industrie du futur entre 2016 et 2017. Leur objectif : faire la promotion de l’usine du futur et montrer l’exemple aux autres industriels. Robotisation chez Figeac Aéro à Figeac (Lot), réalité virtuelle chez Areva à Équeurdreville-Hainneville (Manche), chaudière biomasse pour Bosch à Rodez (Aveyron), usine sur roulettes chez Sunna Design à Blanquefort (Gironde)… Ce panel en forme de tour de France dessine les visages de l’industrie du futur tricolore variant selon la taille, le secteur et les enjeux de chaque entreprise.

L’histoire de ces vitrines avait pourtant plutôt mal commencé. Le dispositif initial, pensé en 2013 par Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, puis repris par Emmanuel Macron à Bercy, prévoyait de labelliser des projets de modernisation en cours et d’accompagner le label d’une aide financière. Mais ce montage s’est frotté aux règles de l’Union européenne en matière d’aides d’État. Le Commissariat général à l’investissement a alors établi un nouveau dispositif dans lequel l’État partageait les bénéfices avec les industriels. Opposition de ces derniers. De grands groupes comme Areva, Safran, DCNS et PSA abandonnent le navire. Les vitrines ne seront finalement qu’un label, sans aide financière à la clé. Seuls Air liquide, Bosch, la SNCF et Daher restent à bord début 2016. L’Alliance industrie du futur décide de se tourner davantage vers les petites entreprises. Après un travail d’identification par les ambassadeurs de l’Alliance en région, les ETI Figeac et Baud Industries, les PME Sunna Design, Savréso et Velum et la start-up XYT embarquent en 2016 et 2017. S’y ajoutent de grands groupes comme Safran, Airbus Helicopters et Areva, finalement séduits par la visibilité qu’offre la labellisation.

Une « dynamique d’exemplarité »

D’après les responsables de l’Alliance industrie du futur, les ratés à l’allumage sont de l’histoire ancienne. « Aujourd’hui, ce sont les industriels qui demandent à être labellisés », assure Tahar Melliti, le directeur général de l’Alliance industrie du futur. Il dit recevoir deux à trois dossiers par mois. « Les premières entreprises labellisées ont créé une dynamique d’exemplarité », se réjouit Bruno Grandjean, le président de la Fédération des industries mécaniques. Les vitrines sont un succès. Et pour cause ! Elles répondent à un besoin pressant des industriels : voir concrètement comment fonctionne l’industrie du futur. Le concept reste souvent flou, tout comme les gains potentiels. « Il y a encore une forme de décalage entre les technologies du numérique et ce que l’on attend d’elles, pointe Olivier Lluansi, associé chez EY et spécialiste de la transformation industrielle et de l’industrie du futur. Les industriels sous-estiment largement leur potentiel. Selon une étude d’EY, les industriels sondés en attendent une diminution de leur coût de production de seulement 2,5 %, alors que les résultats des premiers ayant entrepris une transformation digitale montrent 10 à 15 % de baisse. »

 

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Même si 80 % des sondés se disent intéressés par l’industrie du futur, seuls 37 % sont passés ou vont passer à l’action. « Ils ne savent pas par où commencer », constate Olivier Lluansi. L’ambition affichée des vitrines est de créer un effet d’entraînement. L’envie et la capacité des candidats au label à partager leurs bonnes pratiques sont d’ailleurs un critère de sélection. « Nous avons refusé des dossiers lorsque nous nous rendions compte que c’était trop lourd pour l’industriel. C’est un investissement de recevoir ses confrères, d’animer des conférences, de communiquer », détaille Tahar Melliti.

À travers la diversité des entreprises labellisées et des technologies qu’elles mettent en œuvre, les vitrines brossent un portrait de l’industrie du futur à la française. Force est de constater une surreprésentation du secteur de l’aéronautique, qui compte cinq entreprises labellisées. Pour Sébastien Maire, associé spécialiste de l’aéronautique chez Oliver Wyman, cette avance tient au fait que « l’aéronautique a sauté une génération en termes de technologies de production. La robotisation classique n’était pas adaptée aux petits volumes du secteur. Les solutions actuelles sont plus souples ». Le secteur connaît une forte hausse de ses cadences depuis une dizaine d’années, l’obligeant à produire de plus gros volumes. À l’image de Safran et sa ligne digitalisée, mise en place pour livrer à temps ses 1 000 moteurs Leap par an. Un important carnet de commandes qui donne de la visibilité aux industriels de l’aéronautique et les encourage à investir. « Le numérique est aussi un bon outil pour améliorer la robustesse de la supply chain de l’aéronautique. La gestion de celle-ci a souvent été le maillon faible du secteur », juge Sébastien Maire.

L’automobile, grande absente des vitrines

À l’inverse, certains grands secteurs sont très peu représentés ou manquent à l’appel : l’agroalimentaire, la pharmacie et, plus étonnant, l’automobile, pourtant largement pionnière en termes d’automatisation. Philippe Darmayan, le président de l’Alliance, n’y voit qu’un « hasard des événements ». Pour Tommaso Pardi, chercheur au CNRS et spécialiste de la transformation de l’industrie automobile, l’explication est plus complexe. « Les nouvelles technologies associées à l’industrie 4.0 (fabrication additive, cobotique, internet des objets) ne sont pas compatibles avec le niveau d’économies d’échelle de l’automobile, argumente-t-il dans l’étude “L’industrie du futur, une compétition mondiale” publiée par La Fabrique de l’industrie en novembre 2016. Leur potentiel se situe dans la production en petits lots de biens à très haute valeur ajoutée auxquels ces technologies sont susceptibles d’apporter de nouvelles propriétés, comme dans l’aviation et l’industrie militaire. C’est aussi la raison pour laquelle on ne trouve leur application dans le secteur automobile que chez les spécialistes allemands, dont certains produits très haut de gamme possèdent ce type de caractéristiques. »

Le secteur automobile compte toutefois un représentant parmi les vitrines, la start-up XYT, qui propose des voitures modulaires et personnalisables. XYT incarne un autre aspect important de l’industrie du futur à la française : la transformation des chaînes de valeur et des modèles économiques. Cette spécificité est portée par le dynamisme des start-up françaises qui ont « une dimension novatrice dans leur business model beaucoup plus importante que dans d’autres pays », selon Philippe Darmayan. Cet esprit de réinvention des business models se diffuse. La PME Savréso propose un paiement à l’usage pour ses machines de manutention, le groupe Vinci repense tout le déroulement d’un chantier. Autre spécificité révélée par ces vitrines : la prédominance des technologies offrant plus de productivité, comme les robots. Un point que regrette Philippe Darmayan, qui préférerait que les industriels s’intéressent davantage à la différenciation des produits plutôt que de ne regarder que leur marge. Toutefois, l’une des dernières vitrines en date, Velum, vient corriger cet écueil. Elle propose plus de 5 000 possibilités pour chacune de ses gammes de luminaires et a numérisé tout son parcours client pour pouvoir produire à la demande.

L’Alliance industrie du futur va compléter progressivement son panel. Viendra ensuite le temps des bilans. « Il est encore difficile de mesurer l’impact des vitrines, reconnaît Tahar Melliti. C’est trop tôt, même si l’engouement est fort. On devrait voir un résultat dans les deux prochaines années, notamment après plusieurs clubs des labellisés et les fiches de bonnes pratiques qui en seront tirées. Les industriels ont besoin d’outils concrets. » 

 

« Faire collectif est assez nouveau en France »

Les Allemands sont habitués à chasser en meute. Ce n’est pas le cas des industriels français. « Faire collectif est assez nouveau en France. Pour des raisons culturelles, nous préférons vivre cachés, estime Bruno Grandjean, le président de la Fédération des industries mécaniques (FIM). Mais les vitrines montrent qu’il y a désormais une volonté de partager. » Pour concrétiser cette culture du partage, l’Alliance industrie du futur a instauré des clubs des labellisés. Des réunions thématiques auxquelles sont conviées l’ensemble des vitrines tous les trois mois. La première a eu lieu en février dans les locaux de la SNCF à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). « Plus de la moitié des entreprises labellisées sont venues », avance Philippe Darmayan, le président de l’Alliance industrie du futur. Des représentants de Bosch, Savréso, Areva et la SNCF ont exposé leurs projets de maintenance prédictive. Faire collectif certes, mais entre labellisés. Un peu léger pour tourner l’ensemble de l’industrie française vers le futur. « Nous allons établir des fiches bonnes pratiques après chacun de ces clubs. Elles seront diffusées à tous les industriels », répond Tahar Melliti, le directeur général de l’Alliance industrie du futur. 

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