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L'industrie aéronautique ne craint pas la surchauffe. A tort ?

Hassan Meddah , , , ,

Publié le

Après une année 2015 record en termes de prises de commandes, la filière aéronautique maintient ses objectifs ambitieux de production au prix de cadences jamais atteintes. Des équipementiers de rang 1 connaissent, toutefois, des défaillances qui pourraient fragiliser les grands programmes.

L'industrie aéronautique ne craint pas la surchauffe. A tort ?
Airbus a devant lui l'équivalent de 10 années de production
© Airbus

L'aéronautique française vole de record en record mais jusqu'où? Le Groupement des industries françaises de l'aéronautique et du spatial (Gifas) ne semble pas en voir la limite. "Les arbres ne montent pas au ciel mais je ne vois pas encore le ciel", a répondu résolument optimiste Marwan Lahoud, président du Gifas, à l'occasion de la présentation du bilan de l'année 2015 du secteur aéronautique et spatial, à Paris, ce mardi 3 mai.

La filière a réalisé un chiffre d'affaires à 58,3 milliards d'euros, soit une croissance de 8,5 % par rapport à l'année précédente. Le carnet de commandes atteint un niveau record à 78,3 milliards d'euros. De quoi assurer à Airbus l'équivalent de 10 années de production! L'emploi et plus largement l'économie française en profitent. La filière a opéré 11 000 recrutements et reste le premier contributeur à la balance commerciale du pays. "Cette progression est constatée à tous les niveaux de la chaîne. Auprès des systémiers, des motoristes, des équipementiers, des PME. On la doit à la croissance du transport aérien qui continue à progresser de 5 % par an", a expliqué Marwan Lahoud.

La Défense et la filière spatiale sur un nuage

Cerise sur le gâteau: la filière a également été soutenue par deux moteurs d'appoint supplémentaires: la Défense et le secteur spatial. Grâce aux ventes de Rafale à l'étranger, la filière aéromilitaire a enregistré une croissance de 16 %. Grâce aux 50 % de parts de marché décrochée par le lanceur Ariane et aux succès commerciaux des fabricants de satellites, la filière spatiale a réalisé plus de 2 000 embauches en France l'an dernier. Seuls les segments des hélicoptères et de l'aviation d'affaires sont à la peine, le premier victime du sous-investissement des acteurs de l'industrie pétrolière frappés par la baisse du cours de l'or noir, le second toujours à la merci d'une reprise économique qui se fait attendre.

Fort de ces bon chiffres, les acteurs de la filière ont maintenu leurs ambitieux objectifs de hausse des cadences. Airbus veut porter sa production d'A320 à 50 appareils par mois en 2017 puis 60 en 2019 contre une quarantaine actuellement. L'avionneur veut également livrer 10 avions long courrier A350 par mois fin 2018. Dassault Aviation espère tripler ses cadences et porter sa production à trois Rafale par mois en cas de signature de nouveaux contrats à l'export. Toute la chaîne de fournisseurs sera sollicitée. Safran, qui équipe l'A320 mais également le Boeing 737, devra ainsi produire 2 000 moteurs par an dès 2020! En quelques années, le motoriste devra accomplir ce qu'il a fait en 25 ans avec le moteur de la génération précédente.

L'emploi s'envole

La filière est-elle prête à relever un tel défi? "Les défis qui attendent la filière sont principalement liés à la montée en cadence. Pour y parvenir, il faut agir sur trois fronts: investir, trouver les équipes qualifiées et améliorer la qualité de sa production", a précisé Marwan Lahoud. Dans ces trois domaines, les indicateurs sont au vert. Depuis plusieurs années, les industriels ont investi plus d'un milliard d'euros par an dans leur outil de production. Ils vont procéder à 10 000 embauches en 2016, dont 30 % de compagnons et d'opérateurs qualifiés. Par ailleurs, la situation financière des équipementiers et des PME se serait largement assainie.

"L'ensemble de la filière a été capable de financer l'ensemble des stocks supplémentaires pour pouvoir assurer la montée en cadence", a précisé Patrick Daher, représentant des équipementiers au sein du Gifas. Le programme Performances industrielles, porté par la filière et cofinancé avec l'Etat pour un montant d'une vingtaine de millions d'euros, porte également leurs fruits. Ces trois dernières années, plus de 400 PME ont bénéficié d'une aide de la part de leur maître d'oeuvre, de journées de formation, du soutien de consultants pour améliorer et optimiser leur production. "La non-qualité, synonyme de délais et surcoûts, a été divisé par deux. Nous avons enclenché l'étape 2 de ce programme de performances industrielles en l'étendant à de nouvelles entreprises", explique le président du Gifas.

Gare au crash

Toutefois, le succès n'est jamais acquis. Il suffit qu'un maillon industriel craque pour mettre en péril l'ensemble de la chaîne aéronautique. Airbus en sait quelque chose. A Toulouse, l'avionneur doit gérer les défaillances de nombreux partenaires sur ses principaux programmes. Les retards de livraison des sièges par Zodiac fragilisent l'objectif des 50 livraisons d'A350 en 2016. Pratt & Whitney, l'un des deux fournisseurs de moteurs de l'A320, doit apporter des modifications à ses équipements déjà livrés. L'A400M n'est pas épargné: une pièce moteur fournie par l'italien AVIO Aero présente des défaillances et pourrait remettre en cause le calendrier de livraison de l'appareil.

La supply-chain aéronautique est-elle déjà en train de craquer face aux défi des cadences? Ou s'agit-il simplement de difficultés de mise au point comme les avionneurs en rencontrent au démarrage d'une nouvelle production? Ces défaillances en série de la part d'équipementiers de premier rang ont de quoi inquiéter alors que le "ramp up" de la production n'en est qu'à son démarrage...

Hassan Meddah

 

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