Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Agro

"L’industrialisation détruit la diversité de notre agriculture", affirme José Bové

, ,

Publié le

Entretien Député européen d’Europe Écologie-Les Verts, ancien porte-parole de la Confédération paysanne, José Bové explique pourquoi il est farouchement opposé aux fermes automatisées.

L’industrialisation détruit la diversité de notre agriculture, affirme José Bové © R. Terzian / Divergence

Sommaire du dossier

Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

L'Usine Nouvelle - Vous êtes opposé au développement des fermes-usines. Qu’est-ce qui les caractérise selon vous ?

José Bové - Il n’y a pas de taille définie, comme pour "la ferme des 1000 vaches". Cela peut être beaucoup moins. Elles se reconnaissent par plusieurs critères. Premièrement, l’artificialisation de la production. L’animal est confiné sur une dalle de béton et se nourrit artificiellement de granulés de soja et de maïs. C’est une aberration. Un ruminant est fait pour manger de l’herbe dans un pré. Deuxièmement, le développement de maladies à cause de la surpopulation animale dans le bâtiment. Troisièmement, la finalité de la production. La "ferme des 1000 vaches" est un cas d’école. L’exploitant est davantage intéressé par la valorisation de ses déchets destinés à faire de l’énergie que par les viandes et le lait, qui ne sont plus considérés que comme des sous-produits des déchets. C’est un non-sens !

Pourtant, beaucoup d’éleveurs affirment améliorer leur cadre de vie et augmenter leur production grâce à la robotisation...

Cela se fait au détriment d’autres exploitations moins performantes, qui sont éliminées. L’industrialisation détruit la diversité de notre agriculture. La majorité des agriculteurs qui ont opté pour cette industrialisation se retrouvent intégrés, en particulier au niveau des fabricants d’aliments. Ils n’ont plus aucune marge de manœuvre et deviennent de simples exécutants. Ils sont poussés à investir, c’est une fuite en avant. Par ailleurs, on a constaté que l’agrandissement des élevages posait des problèmes sanitaires majeurs. Le nombre accru d’animaux génère davantage de maladies et un usage d’antibiotiques en masse. Or des études montrent que les éleveurs de ces grosses exploitations sont très touchés par le problème de l’antibiorésistance.

L’agrandissement et l’automatisation des fermes ne sont-ils pas un moyen de baisser les coûts et de répondre à la concurrence européenne, notamment celle de nos voisins du nord, plus performants ?

Au contraire. Lors de la précédente crise laitière de 2009 à 2010, qui a vu une chute du cours du lait, les exploitations qui ont le mieux résisté ont été les fermes plus traditionnelles. Elles n’étaient pas endettées par de grands programmes d’investissements à rembourser sur dix à quinze ans. Au final, les fermes les plus grosses sont les plus fragiles ! Il faut sortir de la logique d’exportation à tout prix et d’un système concurrentiel pour l’agriculture. Notre alimentation ne doit pas être considérée comme un métier à rentabiliser. Ce n’est d’ailleurs pas la préoccupation de la majorité des agriculteurs. 90% des produits agricoles dans le monde sont consommés sur leur territoire de production.

La suppression des quotas laitiers depuis le 1er avril ne risque-t-elle pas de renforcer le phénomène d’industrialisation ?

La suppression des quotas laitiers est une aberration. Nous entrons dans une période de volatilité des prix, tributaires de grands pays exportateurs, comme la Nouvelle-Zélande, qui fixent le prix mondial. Quand il y aura une surproduction, les prix vont s’effondrer. Et il y aura de grosses difficultés dans les fermes en France. Il y a fort à parier qu’il y aura un mouvement de concentration et que beaucoup d’exploitants disparaîtront...

Propos recueillis par Adrien Cahuzac

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Notre sélection : Les écoles d'ingénieurs, vivier préféré de l'industrie

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle