L'Inde à l'abri de la récession

Les entreprises françaises implantées en Inde souffrent peu du ralentissement de l'économie du pays, qui entre le 16 avril en période électorale.

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« Tout est plus lent en Inde qu'en Chine, mais la croissance y est plus solide et plus régulière », lance Didier Crespel, le directeur général du groupe Sermo. Implanté depuis 2002 à Pune, l'un des grands centres industriels de l'Inde, le fabricant français de moules pour l'automobile n'est guère inquiet. Sa production, destinée au marché local, devrait continuer à croître de 10 à 15% cette année. « Malgré une baisse des immatriculations, les constructeurs indiens sont en bonne santé et continuent de renouveler leurs gammes de modèles », assure le Français.

L'Inde, qui entre le 16 avril dans un processus d'un mois pour élire son nouveau parlement national, se sent à l'abri de la crise. Pendant la campagne électorale, l'économie a même été la grande absente des débats. « Les récoltes agricoles, qui constituent le revenu de près de 70% de la population, ont été excellentes cette année et l'inflation est retombée, après son pic d'août de 13%, à presque 0% actuellement », note Olivier Louis, chercheur spécialiste de l'Inde à l'Institut français des relations internationales (Ifri).

Le sous-continent n'est pourtant pas immunisé face à la récession internationale. En 2009, sa croissance pourrait retomber à 5,3%, loin des 9% enregistrés en 2007. Dans le textile, environ un demi-million d'emplois pourraient être touchés par la chute des exportations -près de -22% en février. Le crédit crunch a fortement pesé sur le marché automobile, qui stagne à +1,3% seulement sur l'ensemble de l'année 2008. Pour autant, le décrochage ressenti par les entreprises indiennes devrait être beaucoup moins violent que dans les autres pays émergents, en Chine notamment. Peu exportatrice, l'économie indienne est portée essentiellement par son immense demande intérieure et reste à l'abri de l'effondrement des échanges mondiaux. Les taux d'intérêt, abaissés à 5,5%par la Banque centrale, et les plans de relance successifs engagés par le Premier ministre, Manmohan Singh, dont 19 milliards d'euros pour soutenir les infrastructures, ont permis de faire frémir à nouveau en mars la demande de voitures, de ciment et d'acier.

Dans ce contexte, pas question de réduire la voilure pour les entreprises françaises déjà implantées localement. « Nous ne multiplierons pas par quatre notre chiffre d'affaires comme prévu, mais c'est l'un des rares pays où nous continuons à investir et le seul d'où nous n'avons pas rappelé nos expatriés », souligne Stephan Pham, le président du groupe Trigo, spécialisé dans le contrôle qualité, qui compte malgré tout progresser de 10 à 20% en 2009. Pour enrayer sa baisse d'activité dans le secteur automobile, la société a commencé à se diversifier vers d'autres secteurs comme les sous-traitants du luxe ou le ferroviaire.

« Nous avons moins de grands projets liés à des implantations d'usines ou de centres informatiques », reconnaît Michael Carter, le directeur général de l'alsacien Socomec, qui dispose d'une joint-venture avec l'indien HPL pour produire des interrupteurs et des commutateurs électriques à Gurgaon, près de New Delhi. « En revanche, les besoins d'électrification des campagnes restent immenses et continuent d'être tirés par les programmes d'investissement du gouvernement », poursuit-il. Grâce à ces projets, le groupe devrait maintenir la majeure partie de ses investissements pour 2009, soit près d'un million d'euros, pour une nouvelle ligne de production. « On profite de cette petite inflexion pour prendre des parts de marchés », affirme Michael Carter.

Pour les groupes étrangers, le point faible de l'Inde constitue aussi son principal atout : les énormes manques en infrastructures de transport ou d'électricité. D'ici à 2012, le gouvernement a évalué à 500 milliards de dollars les besoins en investissement dans le secteur, dont 120 milliards pour la construction de centrales électriques et la rénovation des réseaux électriques, et 85 milliards pour les routes. La semaine dernière, Areva T&D a inauguré en grande pompe pas moins de huit nouvelles usines aux quatre coins du pays. Un investissement global de 150 millions d'euros.

Dans les matériaux, Lafarge a acquis l'an dernier l'indien L&T Concrete et assure un quart de la production locale de béton. Le groupe ferroviaire Vossloh Cogifer, qui dispose de trois usines en Inde, prévoit d'investir 2 millions d'euros cette année pour mettre en place une seconde ligne de production dans sa fonderie. « On avait un problème de capacité, avec des délais de livraison extrêmement longs de 14 à 15 mois », note Alain Raban, le directeur en Inde. La multiplication des projets de métro dans les grandes villes indiennes d'ici à 2010 - Chennai, Bangalore, Calcutta ou Hyderabad- devrait doper les résultats du groupe, qui a enregistré près de 25%de croissance annuelle ces dernières années. Autre impact favorable pour les investisseurs du tassement de l'économie : les prix des terrains, très élevés dans les grandes zones industrielles, ont commencé à baisser. Et sur un marché indien complexe, impossible d'espérer décrocher des parts de marché sans une présence affirmée. « S'implanter en Inde reste un processus long, dont il ne faut pas sous-estimer les coûts. Etre reconnu et se bâtir un réseau prend du temps », reconnaît Fabrice Caquin, l'un des trois associés d'Alternative India, un cabinet d'aide à l'implantation d'usines.

Pour réduire les risques, l'alsacien Lohr s'est associé à un partenaire local pour lancer en Inde sa production, en juillet 2008, de camions porte-voitures. « On commence petit, témoigne Philippe Fortmann, le directeur local. Mais même si le marché s'est beaucoup ralenti, il devrait devenir à moyen terme l'un des plus importants de la planète

Solène Davesne
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