L'impossible réussite du groupe Doux au Moyen-Orient depuis la fin des aides européennes

Le volailler Doux est de nouveau en crise profonde. Il a déposé son bilan en 2012 à la suite de la suppression des aides européennes au grand export. Après une courte période de rémission, il est de nouveau en difficultés, son modèle initial paraît compromis.

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L'impossible réussite du groupe Doux au Moyen-Orient depuis la fin des aides européennes

Nouvelle situation compliquée pour le groupe volailler Doux basé à Châteaulin (Finistère). Terrena, son actionnaire depuis deux ans qui a son siège à Ancenis (Loire-Atlantique), n'entend pas éponger plus longtemps les dettes de sa filiale. Terrena souhaite arriver à une solution de reprise de Doux avant le 31 mars 2018. Si ce n'est pas possible, l'industriel de la transformation de poulets risque de se retrouver une nouvelle fois en cessation de paiement et devra déposer son bilan auprès du tribunal de commerce de Quimper (Finistère). Le 21 mars, un comité central d'entreprise se déroule à Châteaulin où devrait être présentée l'offre de reprise partielle de Doux par l'ukrainien MHP.

La première crise du groupe Doux remonte à juin 2008 quand l'industriel qui réalisait alors un chiffre d'affaires annuel de 1,5 milliard d'euros mais affichait déjà de lourdes pertes, a été contraint de fermer trois usines dans le Morbihan et le Cher, avec le licenciement de plus de 640 salariés. Puis en 2012, c'est de nouveau un vent mauvais qui souffle sur Doux marqué cette fois par la suppression totale de l'ensemble des aides européennes au grand export (les restitutions). L'entreprise bretonne n'a alors pas d'autre choix que celui de s'adresser au tribunal de commerce de Quimper. En juin de 2012, il place le groupe en redressement judiciaire. S'en est suivie une vaste restructuration de l'affaire familiale qui a liquidé ses activités volailles fraîches laissant ainsi sans emploi près de 1 000 de ses salariés.

Repris par Didier Calmels

Entre alors en scène l'homme d'affaires parisien Didier Calmels dont l'offre de reprise présentée en novembre 2013 par son fonds D&P Finances est acceptée par les juges du tribunal de commerce. Spécialiste du retournement des entreprises, Arnaud Marion est à la manœuvre et réussit à redresser Doux en un temps record puisqu'il dégage en 2015 un chiffre d'affaires de 428,2 millions d'euros tout en présentant un résultat net de 83,6 millions d'euros.

De bons chiffres qui attirent la coopérative Terrena devenue en mars 2016, l'actionnaire majoritaire de Doux - 316,1 millions d'euros de recettes en 2016 - suite à la vente des parts de Didier Calmels. Le groupe coopératif est épaulé dans ce rachat par Avril et le groupe saoudien Almunajem qui prend 25 % du capital de Doux.

Mais l'embellie est de courte durée car les opérateurs brésiliens attaquent de front les principaux marchés du volailler breton dont 80 % des ventes s'effectuent au Moyen Orient, notamment en Arabie Saoudite. Le Brésil vend ses volailles en Arabie Saoudite à un prix nettement inférieur à celui de Doux qui perd actuellement 3 millions d'euros par mois.

Besoin de 100 millions d'euros d'investissements

Terrena recherche une solution pour sa filiale Doux depuis maintenant près d'une année. Il évoque un besoin d'investissement immédiat de 100 millions d'euros pour transformer le modèle initial de l'entreprise. Le groupe ukrainien MHP (1,2 milliard de dollars de chiffre d'affaires annuel) s'intéresse à l'industriel et a déposé une offre de reprise partielle. Il est prêt à intégrer les activités bretonnes de Doux où il s'engagerait à investir 150 millions d'euros moyennant des accompagnements publics de l'ordre de 70 millions d'euros, selon des modalités à définir. Progressivement, MHP devrait, pour faire baisser les coûts, transférer en Ukraine les productions de volailles de Doux pour le Moyen-Orient afin de réorienter les sites bretons du côté de produits de haut de gamme pour les marchés européens (la France importe près de la moitié des volailles qu'elle consomme). Pour ce qui concerne le site vendéen de Chantonnay appartenant à Doux, il n'y aurait pas à ce jour de solution de reprise. 300 salariés sont concernés.

Les pouvoirs publics sont attentifs à la situation présentée et prêts à soutenir une reprise, "si elle a un réel sens et pérennise les emplois en Bretagne", indique Loïg Chesnais-Girard, le président du conseil régional de Bretagne. L'Etat est aussi au chevet de l'industriel pour tenter d'éviter une trop importante casse sociale.

Stanislas du Guerny

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