Economie

"L'image de la Grèce est mauvaise, mais il y a des affaires à y faire"

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Entretien

L'image de la Grèce est mauvaise, mais il y a des affaires à y faire
Christos Alexakis, Directeur général de Invest in Greece

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La Grèce ne fait plus les gros titres de la presse financière mais l’économie y est toujours à la peine avec une prévision de croissance revue il y a quelques jours par l’Europe  à -4% en 2010 contre -2% jusque ici. Le gouvernement et les autorités tentent maintenant de rebondir et d’envisager l’avenir. Parmi les priorités ; faire revenir les investisseurs internationaux. Dans ce cadre nous avons interrogé en exclusivité Christos Alexakis, directeur général de l’agence de promotion des investissements Invest in Greece.

Votre pays va mieux ?

En matière économique, l’économie grecque continue de fonctionner normalement ! Il y a bien sûr le plan de soutien de l’Union européenne et les engagements du gouvernement. Le risque est maîtrisé ou en tout cas acceptable. Cette crise a créé une situation où le potentiel de la Grèce, de son économie et de ses entreprises est clairement sous évalué. C’est une réelle opportunité pour les investisseurs internationaux avec la promesse de rendements élevés futurs !

Même avant la crise, la Grèce avait mauvaise réputation en matière de pratique des affaires, cela peut-il changer ?

Le constat est juste, cette question est un des priorités du pays. Cela passe notamment par le cadre légal. Avec cette crise il y a une accélération des réformes. Le gouvernement travaille sur une nouvelle loi sur les investissements et la pratique des affaires par exemple en matière de paiement ou la facilité à monter des entreprises. On veut réduire les étapes pour créer une société et parvenir à une seule étape contre 15 jusqu’ici et ce en une journée contre 19 aujourd’hui ! Il y a aussi un projet de loi dit fast track qui permettra d’accélérer la mise en route des grands projets d’investissement. Dans le même temps nous stabilisons le cadre fiscal, et renforçons la lutte contre l’évasion. Il y a aussi un projet d’une plus grande flexibilité du marché du travail. Tout cela est considérable. Notre philosophie c’est de tirer avantage de la crise pour mener nos réformes. On essaye de faire comprendre cela à nos partenaires et prospects.

Les investisseurs internationaux justement, que vous disent-ils ? Ne sont-ils pas plutôt frileux ?

Cela peut vous surprendre mais ils sont toujours là. On est dans une situation où au plus fort de la crise, nous avons prêté toute notre attention à régler nos affaires internes. Aujourd’hui, quand on regarde dehors à nouveau les investisseurs demeurent réceptifs. Donc c’est encourageant. Ils veulent investir leur argent dans notre économie.

Quelles sont vos cibles ?

Pour nous, les secteurs prioritaires sont le tourisme, la santé, l’agro-alimentaire, les TIC, l’énergie le traitement des déchets…Nos cibles géographiques sont les grands pays européens, mais aussi les Etats Unis, le Japon, la Chine, la Russie, l’Australie ou les pays du Golfe. J’ai rencontré cette semaine les dirigeants de Cosco, un groupe chinois qui a déjà investi dans le port du Pirée et ils semblent prêts à envisager de nouveaux investissements. De même, le Qatar, début mai, a déclaré étudier un projet de terminal méthanier LNG de 5 milliards d’euros.

Et la France ?

Les liens avec la France sont forts et nous comptons bien les approfondir. Ces jours prochains nous signerons un mémorandum avec Ubifrance pour faciliter la prospection des entreprises françaises. Je rappelle que les Français sont de gros investisseurs en Grèce par exemple dans le secteur financier avec le Crédit agricole, la Société générale, Groupama mais aussi dans l’industrie : Lafarge, Carrefour, GDF, EDF, Alstom, Pernod-Ricard ou Rhodia. J’ai déjà mené 5 missions en France depuis 18 mois. Et rencontré plus d’une centaine de sociétés. Nous allons faire 4 nouvelles missions dans les 6 mois qui viennent.

Quel est le facteur décisif pour convaincre les investisseurs ?

La psychologie. L’image de la Grèce est très mauvaise maintenant bien sûr mais on doit convaincre qu’il y a des affaires à faire.  Et le nouveau gouvernement travaille dur à promouvoir les investissements étrangers car c’est clairement un des moyens de stimuler la croissance.

Comment opérez vous ?


Concernant l’Agence, nous avons fortement revu notre façon de faire et nous sommes désormais très tournés vers la promotion de projets concrets. Dans quelques semaines nous allons présenter un e-book, un catalogue de projets sur lequel les investisseurs pourront se raccrocher en matière de privatisation ou de PPP notamment. On doit être des vendeurs de la Grèce ! Il y a un programme de privatisation sur trois ans d’au moins 1 milliard d’euro par an. Cela comprend notamment certains aéroports ou ports, les eaux d’Athènes (EYAP), celles de Thessalonique (EYATh), l’électricien PPC, la société de métallurgie Larco...

Et pour les PPP ?

Aujourd’hui il y a aussi 52 PPP approuvés dans la santé, l’éducation, l’environnement, les ports, les transports, les infrastructures locales… Le 20 mai  un comité interministériel a décidé d’accélérer encore ce processus. Parmi les nouveaux projets il y a par exemples des usines de désalinisation pour l’eau potable dans les iles, le déploiement de la fibre optique et des projets d’infrastructures touristiques. D’une manière générale les PPP feront désormais tous l’objet d’un appel d’offre international... et bien sûr nous sommes prêts à aider tous les investisseurs potentiels dans cette démarche !

Avec vous le job le plus difficile de la terre : vendre la Grèce ?

Je ne dirais pas cela. Ce n’est pas simple mais c’est stimulant !

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud

La France second partenaire de la Grèce

> Les investissements directs (IDE) étrangers en Grèce en 2009 se sont élévé à
- Investissements bruts : 4,496 milliards d’euros, dont France 774 millions soit 17%
- Investissement nets : 2,415 milliards d’euros, dont France 624 millions soit 25.8%
> La France est en second position en 2009 derrière l’Allemagne. Depuis 5 ans la part de marché de la France dans les IDE en Grèce est de 17%.
> Au premier trimestre les IDE en Grèce ont atteint 1,061 milliard d’euros contre 341 millions au premier trimestre 2009.

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