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"L’idée d’un salaire transitoire plus bas n’est pas à proscrire a priori", selon l'économiste Gilbert Cette

Christophe Bys , , ,

Publié le

Entretien Professeur à l'université Aix Marseille II, Gilbert Cette est avec Philippe Aghion et Elie Cohen un des trois auteurs de "Changer de modèle", qui vient de paraître aux Editions Odile Jacob. Economiste spécialiste du fonctionnement du marché du travail, il revient sur la polémique déclenchée par les propos du président du Medef, Pierre Gattaz, sur l'éventuelle création d'un salaire en dessous du Smic pour certaines populations éloignés de l’emploi. Gilbert Cette souhaite dépassionner cette question et demande qu'on ne décide rien sans avoir précisément étudié les effets d'une telle mesure.

L’idée d’un salaire transitoire plus bas n’est pas à proscrire a priori, selon l'économiste Gilbert Cette © D.R.

L'Usine Nouvelle - Que pensez-vous de la proposition de Pierre Gattaz d’autoriser l’embauche de façon provisoire de personnes en-dessous du Smic ? Ce dernier est-il un obstacle à l'emploi ?

Gilbert Cette - Avant toute chose, il est impératif d'avoir un salaire minimum comme le Smic. Certaines personnes n'ont en effet aucun pouvoir de négociation avec leur employeur. Pour elles, le salaire minimum est impératif. La mise en place d'un salaire minimum va dans le sens de l'Histoire. On le voit bien au Royaume Uni ou en Allemagne.

Ceci étant rappelé, le salaire minimum français est un des plus élevés au monde. Il a des effets négatifs sur l'emploi des moins qualifiés qui sont neutralisés par des allègements de charge qui coûtent très cher. Leur montant s'élève d'ores et déjà à 22 milliards d'euros. Avec le pacte de compétitivité, cette somme va progresser sensiblement.

Cette déclaration de Pierre Gattaz intervient alors qu'on parle de nouveaux allégements. Ne sont-ils donc pas suffisants ?

Ces allègements coûtent très chers et ne sont pas la meilleure solution pour lutter contre la pauvreté.

Justement, le Smic n'est-il pas le prix à payer pour que le travail continue d'être rémunéré convenablement ? Autrement dit, pour éviter la pauvreté ?

Le Smic n'a aucune efficacité pour lutter contre la pauvreté. Celle-ci s'explique principalement par deux causes : le nombre d'heures travaillées dans l'année et la charge de famille. Pour lutter contre la pauvreté, il serait plus efficace d'avoir un Smic plus bas, d'avoir moins d'allégements de charges qui pèsent dans le budget et d'utiliser les sommes ainsi récupérées pour mener des politiques efficaces de luttes contre la pauvreté, comme le RSA.

Pour revenir à la proposition de Pierre Gattaz, faut-il revenir sur le niveau du Smic pour certaines populations ? 

Avec les différents allégements qui existent, le coût du travail au Smic est déjà dans les faits réduit. Plutôt que de débattre de façon passionné sur ce sujet, regardons ce qui se passe dans d'autres pays. Le Royaume-Uni, les Pays Bas ont créé un salaire minimum spécifique pour les jeunes. Que remarque-t-on ? Aux Pays-Bas, le chômage des jeunes est beaucoup plus faible qu'en France. Au Royaume-Uni, la situation de l'emploi des jeunes est, au contraire, mauvaise.

Contrairement à ce que disent les tenants de l'une ou l'autre position, le lien entre emploi et niveau du salaire minimum n'est pas simple. Il faut faire des études sérieuses et détaillées avant de conclure. C'est sur la base de ses éléments qu'il sera possible de dire s'il faut ou non le faire. Pas sur les a priori des uns et des autres.

Certains hommes politiques, comme Yves Jégo (UDI), ont fait remarquer qu'un jeune en apprentissage touche moins que le Smic et que les entreprises devraient développer davantage ce mode d'insertion des jeunes. Qu'en pensez-vous ?

Tous les jeunes ne sont pas dans ces dispositifs. Que faire pour ceux qui ne sont pas en apprentissage ? L'idée d'un salaire transitoire plus bas n'est pas à proscrire a priori, je me répète.

Quelles autres raisons peuvent expliquer la mauvaise insertion des jeunes ?

Les raisons sont multiples. Une éducation inadaptée, en raison d'une mauvaise orientation ou d'une formation de médiocre qualité, joue un rôle. En Allemagne, où l'apprentissage est développé, le taux d'insertion des jeunes est meilleur qu'en France. Mais la démographie n'est pas la même. Les réponses à ces questions d'intérêt général exigent une étude sur le fond. Il ne faut pas conclure dans un sens ou dans l'autre à la légère. La question est simple, mais pour y répondre il faut réaliser des études complexes. Dans notre livre, nous n'avons pas pris partie pour ou contre, mais nous avons demandé que certaines questions taboues soient posées. Le salaire minimum en fait partie.

Le Smic concerne plus les services que l’industrie, la question se pose-t-elle dans les mêmes termes selon les secteurs ?  

Vous avez raison, statistiquement, l'emploi au SMIC concerne plus les services que l'industrie. Cependant, il faut souligner deux points. Le premier est le pouvoir normatif du Smic dans les branches et les entreprises :  son augmentation a un impact sur des salariés qui ne sont pas payés au Smic.

En outre, si vous considérez le coût du travail dans l'industrie d'une part et celui dans les services d'autre part, le coût du travail incorporé dans les consommations intermédiaires est répercuté dans le coût final. La compétitivité prix de l'industrie ne dépend pas uniquement du coût du travail dans l'industrie, mais aussi du prix auquel l'industrie achète ses services. Les services sont relativement plus chers en France qu'en Allemagne.

Faudrait-il régionaliser le salaire minimum comme c'était le cas avant ?

Actuellement, il y a un salaire minimum pour toute la France, alors que les niveaux de prix varient considérablement d'une région à l'autre. Le Smic ne garantit donc pas le même niveau de vie dans toutes les régions. Faut-il revenir à la situation antérieure avec le Smig qui était fixé à des niveaux différents dans 10 régions, la question est posée. Ici encore, il faut en discuter sereinement. Evitons les décisions hâtives qui sont prises dans un climat passionnel.

Propos recueillis par Christophe Bys

Le livre "Changer de Modèle" a reçu le 26 novembre 2014 le Prix du Livre d’Economie 2014 décerné par un jury de journalistes, présidé par Marc Ladreit de Lacharrière, Président-Directeur Général de Fimalac. Cette récompense de l’association "Lire l’économie", fondée et présidée par Luce Perrot, récompense un ouvrage qui favorise l’analyse et la réflexion de la pensée économique. Il a pour vocation de vulgariser l’économie et de faire œuvre pédagogique.

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