Technos et Innovations

"L’IA est une opportunité pour monter en gamme, rendre les emplois plus intéressants", explique Luc Guilmin (Securitas)

Christophe Bys , , , ,

Publié le

Entretien Securitas publie le premier observatoire de la protection des entreprises en France. A cette occasion, nous avons interviewé Luc Guilmin, président de Securitas France. Il décrypte les tendances à l'issue de l'année particulière que fut 2020, avec l'épidémie et le confinement. Il révèle aussi le rôle croissant joué par les technologies dans l'activité de sécurité, en particulier l'intelligence artificielle. Les entreprises clientes de Securitas sont-elles prêtes à intégrer des solutions faisant recours à ces nouveaux outils ? C'est une des questions que pose ce baromètre.

L’IA est une opportunité pour monter en gamme, rendre les emplois plus intéressants, explique Luc Guilmin (Securitas)
Si les métiers de la sécurité intègrent toujours plus de technologie, le rôle de l'humain reste plus essentiel que jamais.
© Mika Baumeister/Unsplash

L’Usine Nouvelle. - Vous publiez aujourd’hui le premier observatoire des entreprises. Pourquoi ?

Luc Guilmin. - C’est le premier observatoire de la protection des entreprises en France. Notre objectif est de le refaire année après année, car les évolutions sont autant voire plus intéressantes. Avec cet outil, nous voulons être utiles à toutes les parties prenantes pour faire progresser le marché qui ne nous perçoit pas toujours très justement. J’inclus les pouvoirs publics dans les parties prenantes car ils jouent un rôle important. L’activité de sécurité privée est très réglementée qu’il s’agisse d’utiliser un drone ou des images de vidéosurveillance. Ce baromètre a un double rôle d’évangélisation et de pédagogie. 


Ce baromètre montre que les industriels perçoivent moins de risques que d’autres secteurs, les entreprises se disant exposées en moyenne à 3,1 risques rapporté aux 8,5 risques pour l’ensemble des entreprises. Cela vous étonne-t-il ?

L’industrie et l’agriculture sont les deux secteurs où les réponses font apparaître un nombre de risques plus faibles que la moyenne. Globalement, je pense que l’industrie est un secteur où l’on sait mieux appréhender les risques. La culture industrielle est beaucoup plus une culture de gestion des risques que les services par exemple. Quand vous êtes responsable d’industries lourdes, l’identification et la mise en place de mesures pour diminuer les risques font parties intégrantes de votre métier. 

Ensuite, il ne faut pas oublier le contexte dans lequel nous sommes. Le risque qui ressort aujourd’hui est le risque sanitaire. Là aussi, les industriels sont sûrement mieux préparés que d’autres, même s’ils ont été attentifs à ce qui s’est passé avec l’épidémie de Covid-19. 

Les résultats de l’observatoire montrent que les entreprises sont plutôt favorables au recours à des outils technologiques sophistiqués.

Ce qui ressort de cette étude montre que la technologie, si elle est importante et appréciée, ne suffit pas. Les entreprises ont de l’appétence pour les solutions technologiques mais elles veulent qu’elles soient associées à une prestation humaine. Pour Securitas, c’est une bonne nouvelle car notre stratégie est de trouver la meilleure combinaison entre les deux pour produire le meilleur service possible. Pour prendre un exemple d’actualité, des entreprises ont voulu faire des prises de températures à l’entrée des locaux. Les caméras thermiques existent depuis longtemps. Mais nous proposons de les associer à des équipes de sécurité humaine, qui pourront s’assurer du respect des règles sanitaires à l’entrée d’un site, expliquer les règles. 

Vous travaillez dans un secteur finalement méconnu, victime peut-être d’a priori. En quoi consiste votre mission ?

Nous sommes trop souvent perçus comme un secteur vieillot, sans grande innovation, alors que nous intégrons en permanence de nouvelles technologies. Notre premier rôle est d’apporter le bon niveau de conseil au client. Cela veut dire qu’il faut toujours commencer par un audit, par comprendre quels sont ses risques. La notion de conseil est essentielle dans nos métiers. Ceux qui pensent qu’on réussit en tirant les prix vers le bas se trompent. Il faut apporter le bon niveau d’expertise. Ensuite, il faut informer nos clients des évolutions, toujours pour les aider à maîtriser les risques. 

Je parle des évolutions technologiques mais aussi réglementaires. Nous faisons de la veille pour qu’ils soient toujours à jour. Si demain la réglementation qui s’impose dans les établissements qui reçoivent du public change, nous sommes à même de nous adapter. Cela a eu lieu avec le RGPD. Quand il a été adopté, nous avons protégé nos données et celles de nos clients. Ce n’est pas un petit sujet quand on doit stocker des vidéos par exemple. 

L’observatoire s’intéresse à l’intelligence artificielle. Pensez-vous que les clients sont prêts à ce que vous utilisiez ces technos ?

Nous sommes, nos clients et nous-mêmes, dans une phase de découverte. Les entreprises ont encore du mal à appréhender ce que l’IA peut apporter. Il ressort de l’étude qu’ils sont attentifs aux évolutions. Ils portent un regard un brin sceptique sur l’apport et l’usage réel de ces techniques. 

Nous-mêmes, nous procédons actuellement à des tests où l’on associe la vidéo et des algorithmes d’IA pour détecter des intrusions, des comportements suspects... Mais cela peut aussi servir à vérifier que tout le monde porte bien son casque, ou que les personnes sur un chantier ont les bonnes chaussures de sécurité.

En tant que professionnel, notre devoir est d’être certain de la fiabilité de ces nouvelles technologies avant de les implanter. Nous ne pouvons pas nous permettre des erreurs et expliquer ensuite que cela vient de la technologie. En ce sens, nous sommes alignés avec nos clients qui eux aussi veulent la preuve de l’efficacité de l’IA avant de se prononcer. 

Est-ce que le recours à la technologie aura cet effet souvent promis, permettre aux individus de se consacrer à des tâches à haute valeur ajoutée ?

Oui pour nos clients et aussi pour les gens qui travaillent chez nous. Nous sommes une activité à haute intensité de main d’œuvre, nous employons 14 000 agents de sécurité en France. Je ne vais pas mentir, ils débutent souvent au Smic et les progressions restent faibles. 

Le recours à plus de technologie est un moyen de mieux former nos salariés, de les aider à acquérir des compétences que l’on pourra mieux rémunérer. C’est une opportunité pour monter en gamme, rendre les emplois plus intéressants. Car le but n’est pas de substituer la technique à l’homme.

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