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L'Usine de l'Energie

L'histoire du solaire high-tech de Soitec victime du silicium triomphant

Manuel Moragues , , , ,

Publié le

Analyse Soitec jette l’éponge dans le solaire après cinq ans d’efforts et d’investissements. Les classiques panneaux en silicium, éprouvés et toujours moins chers, ont étouffé la technologie de photovoltaïque à concentration du français.

L'histoire du solaire high-tech de Soitec victime du silicium triomphant © D.R.

Fin de l’aventure solaire pour Soitec. Le français a annoncé lundi 19 janvier qu’il recentrait ses activités sur son cœur de métier, l’électronique, et qu’il avait "engagé plusieurs actions visant à réaliser la valeur de la division Energie solaire", selon son communiqué. En clair, Soitec abandonne le solaire. "Le solaire n’est plus le sujet de Soitec aujourd’hui", a tranché Paul Boudre, désormais directeur général à la place d’André-Jacques Auberton-Hervé, qui reste président du conseil d’administration.

La diversification stratégique lancée par l’ETI iséroise en 2009 a tourné court. "Soitec y a investi au total 400 millions d’euros", a rappelé Olivier Brice, son directeur financier, précisant que le bilan de cette aventure ne pourrait être dressé qu’après la valorisation des actifs de Soitec - la toute récente usine de San Diego en tête, dans laquelle Soitec dit avoir investi environ 170 millions. Selon Olivier Brice, les modalités de cette valorisation restent à explorer et le groupe se donne plusieurs mois pour la réaliser. Déjà, Soitec affirme avoir supprimé 100 emplois à San Diego et promet d'autres mesures de réduction des coûts. Concernant les projets en cours - essentiellement 50 MW en France - Soitec assure qu'il continuera à fournir ses clients ou leur trouvera une alternative.

Essor en Afrique du Sud, chute en Californie

Après des années d'efforts, André-Jacques Auberton-Hervé pensait, au printemps 2014, voir enfin décoller son activité dans le solaire. La mise en service de sa première centrale d'envergure, en Afrique du Sud, avait fait bondir in extremis son chiffre d'affaires dans le photovoltaïque de 6 millions d'euros en 2012-2013 à 79 millions sur l'exercice 2013-2014 (clos le 31 mars 2014), pour un chiffre d'affaires total de 247 millions. La division solaire a ensuite généré 39 millions d'euros de ventes sur les 9 premiers mois de l'exercice 2014-2015.

Las ! Cet essor a été brisé net par la perte d'un très gros contrat évalué à environ 250 millions d'euros en Californie. L'annonce, fin décembre, de cet échec avait fait chuter le cours en Bourse de l'ETI de moitié en une matinée. La poursuite de l'activité a été jugée intenable alors que le groupe avait déjà levé 400 millions d'euros via trois augmentations de capital en quatre ans pour la financer.

Ce revers californien, l'échec de Soitec dans le solaire mais aussi plus largement l'incapacité de la technologie du photovoltaïque à concentration (CPV) à percer partagent une même cause : la domination croissante du silicium. Le porteur du projet californien, Tenaska Solar Ventures, a préféré des panneaux en silicium "classiques", éprouvés et bien moins chers, à la technologie complexe et encore très peu utilisée de Soitec.

Une techonologie complexe

Le principe du CPV consiste à utiliser un petit nombre de cellules solaires ultraperformantes, au rendement presque double des meilleures cellules au silicium, - constituées de semi-conducteurs III-V - bien plus chères que le silicium et sur lesquelles la lumière est concentrée (500 fois pour Soitec). Il faut en outre que ces cellules soient parfaitement orientées face au soleil, ce qui nécessite un dispositif électromécanique de suivi de notre étoile très précis et coûteux ("tracker 2 axes"). Cette technologie est bien adaptée aux grandes centrales au sol dans les zones à forte irradiation, un segment de marché en plein essor.

De nombreuses start-up se sont positionnées sur le CPV à la fin des années 2000. Le jeu était encore ouvert entre les technologies. Mais les investissements massifs de l'Asie dans la fabrication de panneaux en silicium ont changé la donne. Dopé par la chute de ses prix, le silicium s'est imposé : éprouvé à travers des dizaines de gigawatts de par le monde, il domine aujourd'hui le marché à environ 90%. Les technologies de CPV, ultra-minoritaires, complexes et peinant à suivre la chute des prix du silicium, n'ont pu rassurer les investisseurs, qui considéraient déjà le solaire comme une activité risquée. La plupart des start-up du CPV ont jeté l'éponge.

Resté en piste et bataillant sans relâche pour promouvoir sa technologie, Soitec était devenu l'un des leaders, sinon le leader mondial du secteur et était en train de réaliser l'une des plus grandes installations CPV du monde avec sa centrale sud-africaine de Touwsrivier de 44 MW. Mais c'était au prix de lourdes pertes. La perte du contrat californien n’offrait plus de perpectives suffisantes. Soitec a été vaincu par le silicium.

Manuel Moragues

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3 commentaires

Nom profil

28/01/2015 - 10h17 -

L'article a tout à fait raison de citer la guerre des prix du silicium comme cause importante du déclin de Soitec, il pourrait aussi citer la faiblesse des marchés accessibles par cette techno liée à son concept lui même.

Grosso modo les avantages de la techno CPV sont :
- un rendement du système de 30% ou plus (2X plus que le Si)
- une diminution des pertes elec dues aux effets de température

Mais les inconvénients sont aussi bien présents:
- un système plus complexe à mettre en oeuvre
- on se prive de la lumière diffuse par l'effet de concentration hors celle-ci peut représenter jusqu'à 30% de l'énergie globale même sur la sunbelt
- des variations de puissance électrique en cas de passage nuageux plus importante qu'avec la techno silicium non concentrée
- une emprise au sol plus importante que le champ solaire classique

Au global en faisant la balance, le CPV trouve très peu de régions dans le Monde où son intérêt économique serait supérieur au silicium. En fait, on les trouve seulement dans des zones reculées, principalement désertiques, loin des zones urbaines et industrielles donc non appropriés à ce qui fait son existence même : celui de fournir de l'énergie à une activité humaine.
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24/01/2015 - 10h52 -

Pour se démarquer de ses concurrents il faut pouvoir proposer des options plus intéressantes ou la simplicité prime toujours sur le compliqué.Parce que production rime aussi avec maintenance,entretien et possibilité de pannes qui affectent toujours plus les systèmes compliqués les rendant souvent moins performants malgré une technologie plus avancée.
Oublier ces enjeux c'est prendre des risques supplémentaires?
De mon côté je recherche une entreprise qui serait intéressée pour, en partenariat, étudier mettre au point et développer un nouveau système simple comprenant un écomoteur (à breveter) destiné au stockage/déstockage de l'énergie électrique .Ce système ayant pour objectif pour pouvoir continuer de produire de l'écoénergie électrique en l'absence de vent ou de soleil ou la nuit.
Pour me contacter laisser un message à mon adresse jjc.fournier@orange.fr
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Nom profil

21/01/2015 - 18h37 -

Ce n’est pas parce que le silicium est toujours moins cher que SOLTEC doit arrêter son activité. C’est plutôt en raison d’une profonde méconnaissance de l’héliotechnique. La même aventure est arrivé à AREVA quelques mois plus tôt.
Cela montre qu’il ne suffit pas de disposer d’ingénieurs de haut niveau dans leur discipline, il faut également travailler dans le bon sens!
La production d’électricité par concentration du rayonnement solaire direct sur des cellules PV a pour conséquence une forte élévation de la température des cellules qu’il convient souvent de refroidir. Si on envisage l’utilisation valorisée ou non de cette chaleur on peut espérer des rendements supérieurs à 50% et change la donne!
Si les convertisseurs sont à l’abri d’une couverture transparente, la poursuite du mouvement apparent du soleil devient facile et peu onéreuse,
Pour cela il aurait suffit de lire les publications des chercheurs des années 50 et 60, en particulier ceux de l’Institut de l’Energie Solaire de l’Université d’Alger et de l’institut d’Héliotechnique de la faculté des sciences de Marseille, dirigés par le professeur Marcel PERROT. Mais qui de nos jours fait encore une recherche bibliographique sérieuse? On préfère aller glaner sur Internet les bêtises et concepts les plus éculés tentant de reproduire la facilité à laquelle nous avait habitué les énergies traditionnelles.
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