L’héritier de Samsung sort de prison mais les problèmes du groupe coréen restent entiers

Après près d’un an d'emprisonnement pour corruption politique, Jae-yong Lee, héritier et dirigeant effectif de Samsung, est libéré en appel. Une issue de nature à sortir le premier conglomérat industriel coréen de son état de léthargie. Mais pas de quoi faire disparaitre les trois défis majeurs auxquels il est confronté.

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L’héritier de Samsung sort de prison mais les problèmes du groupe coréen restent entiers
Jae-yong Lee libre mais les problèmes de Samsung restent

C’est le soulagement chez Samsung. Après près d’un an d’emprisonnement pour corruption politique, détournement de fonds ou encore abus de biens sociaux, Jae-yong Lee, vice-président et héritier du conglomérat Samsung, est libéré en appel au même temps que quatre cadres dirigeants de Samsung Electronics, le vaisseau-amiral du groupe en charge de l’électronique grand public, de l’électroménager, de la microinformatique, des mobiles, des semiconducteurs et des écrans plats. Une issue de nature à redonner le moral au personnel d’un groupe qui emploie 500 000 personnes dans le monde, affiche plus de 340 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2017 et représente près de 20% du PIB de la Corée du Sud.

Reprise du processus de succession

Jae-yong Lee va reprendre son poste de vice-président du conglomérat et d’administrateur de Samsung Electronics, mettant fin à près d'un an de vacance de pouvoir à la tête du premier Chaebol coréen. Car bien qu’il soit officiellement le numéro deux, c’est lui qui exerce la réalité du pouvoir à la tête du conglomérat depuis que son père Kun-hee Lee, le détenteur du titre de président, a été victime d’une crise cardiaque en 2014. Fils unique, il s’impose comme l’héritier naturel présenté en Corée du Sud comme « le prince de Samsung ». Le processus de succession, stoppée par l’affaire de corruption politique, va pourvoir reprendre de façon à sortir le groupe de son état de léthargie.

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Mais ce dénouement ne signifie pas la fin des problèmes de Samsung Electronics, qui représente plus des deux tiers du chiffre d’affaires du conglomérat et apporte l’essentiel de ses bénéfices. Certes, le fabricant d’électronique apparait au meilleure de sa forme avec des résultats records en 2017 qui en font l’entreprise la plus rentable au monde ex aequo avec Apple. Mais il doit affronter trois défis structurels majeurs.

Organisation archaïque

Le premier concerne les questions d’organisation. Samsung Electronics est pointé des doigts comme ayant des structures de fonctionnement trop rigides avec une direction extrêmement hiérarchisée et centralisée, presque militaire. Toutes les décisions importantes comme les investissements à long terme, les diversifications ou les acquisitions stratégiques, se prennent au sommet du conglomérat aujourd’hui par Jae-yong Lee. Une organisation jugée archaïque et obscure qui exige dévouement et obéissance à toute épreuve du personnel mais qui ne favorise ni la transparence ni le contrôle. Certains observateurs y voient la cause des scandales de corruption politique, qui frappent régulièrement le groupe, mais aussi de dysfonctionnements internes résultant dans des fiascos comme celui du Galaxy Note 7, lancé précipitamment sur le marché avant d’en être assuré de la sécurité de sa batterie.

Pour favoriser la transparence et le contrôle, les investisseurs réclament à cor et à cri la transformation de la structure de l’entreprise en une société holding. Une demande de réforme à laquelle la direction oppose une fin de non-recevoir. Une position qui devrait être réaffirmée avec le retour de Jae-yong Lee au pourvoir.

Les Chinois veulent sa peau

Plus inquiétant, Samsung Electronics peine à se transformer en fournisseur de logiciels et services, à l’instar d’Apple. La société s’accroche à son modèle de fabricant de produits matériels voués à devenir des « commodités », le terrain de prédilection des constructeurs chinois. Elle apparait aujourd’hui comme une forteresse assiégée par les TCL, Haier, Huawei, BOE Technology et autre Tsinghua Unigroup qui veulent sa peau dans la télévision, l’électroménager, les mobiles, les écrans plats et même les puces mémoires. Une menace prise d’ailleurs très au sérieux par son directeur général et vice-président Kwon oh-Hyun devant la dernière assemblée générale des actionnaires de l’entreprise en mars 2017.

Enfin Samsung Electronics souffre de sa dépendance croissante vis-à-vis des puces mémoires qui constituent plus de 80% de son chiffre d’affaires dans les semiconducteurs en 2017, désormais sa vache à lait avec près de trois quarts de ses bénéfices pour seulement 31% du chiffre d’affaires total. Or ces puces sont considérées comme des commodités soumises à des cycles alternés de hausse et baisse de prix. En 2017, Samsung Electronics a bénéficié à fond d’un cycle haussier, ce qui explique ses bons résultats. Mais le cycle de baisse devrait lui faire perdre ce gain en 2019. D’autant qu’une autre menace pointe le bout du nez : la déferlante chinoise dans le secteur. Au moins trois fabricants chinois, dont Tsinghua Unigroup, s’apprêtent à lancer leur assaut au second semestre 2018. Pour tous, même objectif : briser la domination de Samsung Electronics sur le marché.

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