L'Usine Aéro

L'EUROPE SPATIALE EN QUÊTE D'EFFICACITÉ

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Dossier Pour sortir le secteur spatial de l'ornière, le rapport Bonnet préconise une redistribution des rôles entre les acteurs de la filière.

C'est à une remise à plat que se prépare l'Europe spatiale. Malmenée par l'effondrement des marchés commerciaux, incertaine dans ses programmes scientifiques, elle traverse une crise sans précédent. Au point de mobiliser à son chevet. Mardi, Bruxelles a rendu public son livre vert sur l'espace et le rôle de l'Agence spatiale européenne (ESA). EADS et Snecma peaufinent des propositions pour améliorer la filière industrielle spatiale. Et compte tenu du rôle moteur de la France dans ce domaine, le gouvernement français s'est emparé du dossier.
Un plan d'action dévoilé à la mi-mars
Vendredi dernier, Claudie Haigneré, ministre déléguée à la Recherche, dévoilait les travaux de la Commission de réflexion sur la politique spatiale française. Soixante-quinze propositions qui étayeront le plan d'action que le gouvernement rendra public à la mi-mars. Les conclusions de la Commission, présidée par Roger-Maurice Bonnet, ancien directeur des programmes scientifiques de l'Agence spatiale européenne, sont sévères. " L'échec d'Ariane 5 est une invitation supplémentaire à revoir l'organisation et le rôle de tous les partenaires institutionnels et privés, Cnes, ESA, industrie, Arianespace, en y associant la Commission européenne ", insistent les rapporteurs. Pour ces derniers, la priorité est le retour du lanceur européen à la fiabilité, avec pour principale conséquence la redéfinition du fonctionnement d'Arianespace. " L'enquête sur le vol 517 a mis en lumière le problème de l'organisation. Il est essentiel d'améliorer les procédures d'assurance qualité, de stabiliser la configuration du lanceur, de rationaliser la production et d'en réduire les coûts ", précise Roger-Maurice Bonnet. La remise à plat du système s'impose. Contrôlée par quarante-quatre sociétés de douze pays européens, régie par la règle du " juste retour " industriel (au prorata de la participation de chaque pays), Arianespace est une machine devenue trop lourde à manoeuvrer. Indispensable, la réorganisation de l'opérateur de lancement de satellites interviendrait à l'occasion de sa nécessaire augmentation de capital, attendue dans les prochains mois et devenue critique après l'échec de son nouveau lanceur. Elle verrait la montée en puissance des industriels, avec la mise en place d'un véritable maître d'oeuvre. EADS, premier actionnaire privé (27 % du capital) qui assure 30 % de la charge industrielle du lanceur européen, aspire à cette fonction. Deuxième actionnaire privé (7,8 %), Snecma Moteurs, aurait la responsabilité de la partie propulsion du lanceur. Parallèlement, le rôle du Cnes (Centre national d'études spatiales), qui assume la direction technique et financière, du programme Ariane serait revu à la baisse. Ses moyens techniques seraient mis à la disposition d'Arianespace pour une meilleure coordination avec les industriels. L'opération se traduirait également par la diminution de la part du Cnes dans le tour de table d'Arianespace. Une mise en ordre est également souhaitée dans le domaine des satellites avec le rapprochement d'Atrium et d'Alcatel Space, auxquels l'italien Alenia Spazio pourrait être associé.
Sortir le Cnes de l'impasse financière
L'autre grand dossier ouvert par le rapport Bonnet concerne justement l'évolution du rôle du Cnes. En crise affichée depuis le départ de son directeur général Gérard Brachet en septembre dernier, l'organisme public a du mal à se positionner dans un domaine qui s'est profondément transformé. Avec l'avènement de l'espace commercial, le Cnes a, en grande partie, perdu son rôle de pourvoyeur de technologies à l'industrie. En outre, il a à faire face à l'érosion continuelle de ses crédits. " Le Cnes doit sortir de son impasse de financière ", note la Commission. Entre la recapitalisation d'Arianespace, le financement de l'installation du lanceur Soyuz à Kourou, mais aussi le trop grand nombre de programmes en cours, les moyens financiers ne suivent plus. La situation appelle des mesures. La mise en place d'une direction financière est incontournable. Tout comme le choix de priorités dans ses programmes, dont la gestion devra être verticalisée. Le rapport ouvre également la voie à une réflexion sur le positionnement du Cnes vis-à-vis de l'Agence spatiale européenne, voire un rapprochement avec elle. Et ce ne sera pas là le dossier le plus facile à régler. Jean-Pierre Jolivet

UN SECTEUR JUGÉ STRATÉGIQUE
En préconisant la création d'un Conseil de l'espace présidé au plus haut niveau de l'Etat (sur le modèle du Conseil de Défense) et l'organisation d'ici 2005 d'une conférence européenne pour établir les nouvelles bases d'une politique spatiale, la Commission de réflexion rappelle le caractère stratégique du secteur. " Les efforts américains dans le domaine de l'espace militaire sont une leçon pour les Européens ", insiste Roger-Maurice Bonnet président de la commission. L'analyse rejoint celle des industriels, pour qui la pérennité de l'accès à l'espace ne peut être assurée que par un minimum de contrats " gouvernementaux ".

L'Usine Nouvelle N°2855 du 23/01/2003

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