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L'Usine de l'Energie

L’Europe, reine du solaire Avec ou sans panneaux

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Enquête Bruxelles veut taxer les panneaux photovoltaïques chinois pour cause de dumping. Battus sur ce terrain, les industriels européens ont néanmoins développé leur leadership en amont et en aval de ce produit.

L’Europe, reine du solaire Avec ou sans panneaux
L’allemand SMA , le numéro un mondial des onduleurs photovoltaïques, a réalisé 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2012.
© L’allemand SMA, le numéro un mondial des onduleurs photovoltaïques, a réalisé 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2012.

Le solaire, en Europe, paraît synonyme d’hécatombe industrielle. Même si Bruxelles décide, le 6 juin, de taxer les panneaux photovoltaïques chinois importés dans l’Union européenne, elle ne pourra redonner vie aux dizaines de fabricants de panneaux qui ont mis la clé sous la porte ces deux dernières années, écrasés par leurs concurrents chinois. Il ne faut pourtant pas s’y tromper. Taxe ou non, l’industrie européenne, loin d’être moribonde, reste la championne du solaire. En 2011, le Vieux Continent a capté 58% de la chaîne de valeur des installations photovoltaïques réalisées sur son sol, selon l’Association européenne de l’industrie photovoltaïque (Epia). Export compris, la création de valeur de l’industrie solaire en Europe a atteint presque 40 milliards d’euros.

La raison de cette performance est simple : le solaire ne se résume pas aux panneaux photovoltaïques, dont la mauvaise santé fausse la perception que nous pouvons avoir de la filière. "Nous avons en Europe de nombreuses entreprises très performantes", note Thierry Mueth, le président du Syndicat des professionnels de l’énergie solaire (Enerplan). En amont et en aval des panneaux, tout un écosystème industriel s’est développé à grande vitesse, avec l’essor du marché européen. De grands champions ont émergé, tel l’allemand SMA, le numéro un mondial des onduleurs photovoltaïques, avec 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires réalisé en 2012. Derrière lui, Fronius, SolarMax, Kaco… ont prospéré en se positionnant sur ce dispositif électronique de puissance. Les grands électrotechniciens, à l’instar de Schneider Electric et de ABB (qui vient de racheter l’américain Power One), les ont rejoints avec, outre les onduleurs, leurs transformateurs, disjoncteurs, boîtiers de jonction et autres équipements et systèmes de contrôle de la chaîne de conversion électrique. D’autres acteurs, spécialisés ou non, fournissent les câbles et connecteurs mais aussi tous les éléments de structure des installations, en incluant les suiveurs solaires que propose par exemple la PME française Exosun, en plein essor.

Avance technologique

Un marché mondial encore Européen

  • Nouvelles capacités installées en 2012
  • Europe 16,6 gigawatts (GW), dont 7,6 en Allemagne, 3,3 en Italie et 1 en France
  • Asie-Pacifique 9,5 GW, dont 5 en Chine et 2 au Japon
  • Amériques 3,6 GW, dont 3,3 aux États-Unis

Source : Epia, 2013

En aval de la filière, les développeurs de projets, bureaux d’études, entreprises de construction, installateurs… captent la plus grande partie de la valeur, hors panneau. En 2012, quatre grands intégrateurs européens – les allemands Belletric, Juwi, Enerpac et le français EDF Énergies Nouvelles – étaient classés dans le top 10 mondial (contre 7 en 2010), et ils étaient onze dans le top 30, selon IMS Research. Surtout, ils ont conquis des marchés émergents. "Les Européens, notamment les Français et les Allemands, ont de grandes compétences en ingénierie", avance Jean-Pascal Pham-Ba, le secrétaire général de Solairedirect. L’architecte exploitant et producteur intégré d’électricité français a remporté ces dernières années des appels d’offres en Inde, en Afrique du Sud et au Chili, coiffant au poteau ses concurrents chinois, indiens et américains.

La chute des prix des panneaux aidant, tous ces équipements et services représentent 60 à 70% de la valeur d’une installation photovoltaïque. Dans les 30 à 40% restants pour le panneau, l’Europe capte encore de la valeur en amont avec les producteurs de silicium, comme l’allemand Wacker, le numéro quatre mondial, son compatriote PV Crystalox ou le norvégien Ilkern, qui ont profité des énormes besoins des fabricants de panneaux… chinois. Tout comme les allemands Bosch, Isra Solar Vision, Heraeus ou Control Therl, qui équipent les lignes de production du monde entier.

Reste que l’amont de la filière n’est pas épargné par le dégonflement d’une bulle qui a conduit à quelque 200% de surcapacités mondiales de panneaux. Selon la fédération allemande VDMA, les équipementiers d’outre-Rhin ont vu leurs ventes s’effondrer de près de la moitié en 2012. Et avec la baisse du soutien public à l’électricité solaire dans de nombreux États européens, le marché domestique de l’aval de la filière devrait poursuivre son repli après la chute historique de 2012. L’Europe représentera désormais moins de la moitié du marché mondial. En 2013, l’Asie devrait être la première région en termes de volume d’installations, selon IHS. La Chine devrait devancer l’Allemagne, suivie par le Japon et les États-Unis.

"La crise redistribue les cartes, résume Laurent Bataille, le vice-président de l’activité solaire de Schneider Electric. Les acteurs historiques, souvent issus de PME spécialisées, ne pourront pas tous négocier le virage de l’internationalisation, de l’industrialisation et du développement technologique. Pour nous, c’est une opportunité de croissance." Pour résister, les industriels européens pourront s’appuyer sur leur savoir-faire d’intégration des énergies renouvelables dans les réseaux. L’Europe a une longueur d’avance : pionnière, elle a pu amasser les données nécessaires pour mener à bien le pilotage intelligent des réseaux. Selon Amaury Korniloff, le directeur général délégué de Solairedirect : "C’est dans ce domaine que se déplace la valeur ajoutée." 

Guerre intestine outre-Rhin

L’allemand SolarWorld, le leader européen de la fabrication de cellules et panneaux solaires, est à l’origine des plaintes déposées aux États-Unis, puis en Europe, contre la Chine pour concurrence déloyale. Outre-Rhin, les fabricants de panneaux ont subi une hécatombe : Solon, Solar Millenium et Q-Cells ont successivement déposé le bilan alors que l’Allemagne était, en 2012, le premier marché mondial du photovoltaïque. SolarWorld et ses alliés (une vingtaine de fabricants réunis au sein d’EU ProSun) se sont attirés les foudres de la filière allemande du solaire. Notamment des fabricants de machines et des fournisseurs de silicium, très présents à l’export en Chine. Ces derniers redoutent qu’une taxation des panneaux chinois provoque un conflit commercial avec Pékin. Le 19 mai, la Fédération des industries allemandes (BDI) s’est exprimée pour appeler à la négociation… 

 

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