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L'Usine Aéro

L'Europe jour tout sur les gros lanceurs

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En partenariat avec Industrie Explorer

ESPACE

L'EUROPE JOUE TOUT SUR LES GROS LANCEURS

Une évolution, pas une révolution, pour la famille Ariane ! L'adaptation de la fusée Ariane 5 à des satellites de télécommunications de plus en plus lourds a été mise sur les rails par l'Europe spatiale à Toulouse. Mais le petit lanceur reste absent des programmes.



A sept mois du premier tir d'Ariane 5, le déblocage par l'Europe spatiale du programme "Ariane 5 évolution" fait l'effet d'un pétard mouillé. Il ne reste rien de l'enthousiasme qui avait placé les premiers membres de la famille Ariane sur orbite, dans le feu du succès du programme précédent. Cette fois, les Etats participants ont tout misé sur la montée en puissance de leur fusée. Une enveloppe de 6,7milliards de francs sur la période 1996-2003 a été votée en ce sens lors du conseil de l'Agence spatiale européenne, la semaine dernière, à Toulouse. Mais toujours rien pour un "petit" lanceur, alors que l'on ne jure plus, outre-Atlantique, que par les petits satellites, les petits coûts, les petits récepteurs pas chers... et (qui sait?) les gros, gros marchés. Les projets vont du téléphone mobile à l'Internet du ciel en passant par la vidéo numérique à la demande. Mais, visiblement, l'Europe n'y croit pas encore. André Lebeau, le président du Cnes, l'agence française de l'espace, reconnaît que le développement d'un petit lanceur, capable de mettre 1tonne sur orbite circulaire polaire à 700 kilomètres d'altitude, est une "question importante". Mais voilà: "On a plusieurs fers au feu, et on verra le temps venu." Au risque de céder du terrain sur le marché mondial des lancements, conquis à 60% par Arianespace ?

Conserver le titre de champion du monde

Si l'accès autonome à l'espace reste la "priorité", comme le martèle le ministre des Technologies de l'information, François Fillon, la "priorité des priorités" est, sans "ambiguïté, le marché des lancements de gros satellites de télécommunications. L'enjeu: conserver le titre de champion du monde. La relève, dans une dizaine d'années, de la version actuelle d'Ariane5 est inévitable. Avec un premier vol désormais programmé pour la fin avril 1996, sa sortie du marché est prévue en 2005. Ses performances, limitées à 6,8tonnes en lancement simple et 5,9 tonnes pour un double en orbite de transfert géostationnaire, ne seront rapidement plus suffisantes. La compétitivité de la fusée repose sur son aptitude à effectuer des lancements doubles. Or la masse unitaire moyenne des satellites frisera bientôt les 3 tonnes. Et, selon Euroconsult, la génération attendue en 2010 pèsera entre 3,75 et 4,25tonnes, soit 143% de plus qu'il y a vingt ans! Divers scénarios d'évolution sont envisagés pour accepter deux satellites de 3,5 à 3,7 tonnes. Les études ont commencé au printemps par une revue des systèmes. "Tout doit être terminé en 2005, et l'objectif est fixé à 2002-2003 pour la nouvelle version du moteur MarkII", précise François Calaque, directeur du centre opérationnel Espace d'Aérospatiale. Pas de doute pour Arianespace: ainsi "relookée", Ariane 5 "évoluée" sera le véhicule idéal dans une décennie. Partout dans le monde, on peaufine les performances des grosses fusées pour capter ce même marché des gros satellites de télécommunications. Mais aucun lanceur lourd nouveau ne verra le jour dans l'immédiat. En revanche, pas moins de cinquante projets de petits lanceurs sont recensés! Outre-Atlantique, notamment, l'approche "grosse fusée" n'est pas morte. On s'allie pour concurrencer Ariane: Lockheed Martin, qui aligne l'Atlas et le Titan, a consolidé en juin sa coopération avec Khrounitchev en créant LKEI, afin de commercialiser la fusée russe Proton. Cependant, les Américains estiment qu'ils ont aussi tout à gagner dans la course aux Petits Poucets de l'espace (voir encadré). Moins onéreux à développer, ils reviennent jusqu'à dix fois moins cher à lancer, selon le promoteur du Pegasus. Et ils correspondent aux paris des entreprises de télécommunications sur les réseaux satellitaires, qui compléteront à terme les moyens de communication internationaux. Une dizaine de grosses entreprises américaines au moins font le siège de la FCC pour obtenir des fréquences dans la bande Ka, dont AT&T, GE, Hughes, Loral, Lockheed, Motorola et Teledesic... Une partie du marché de ces constellations de type Odyssey (douze satellites à placer sur une orbite moyenne à 10000kilomètres d'altitude) ou Inmarsat-P reste à la portée d'Ariane, moyennant quelques adaptations. La fusée européenne peut même se targuer d'avoir embarqué dans ses coiffes "vingt-deux passagers auxiliaires, pour quelques millions de dollars". Mais la solution "petit lanceur" s'imposera pour placer en orbite basse de petits satellites ou effectuer des opérations de maintenance des constellations. La demande ne dépassera pas sept à neuf tirs annuels en 2000, relativise Arianespace. Juste de quoi faire vivre trois petits lanceurs dans le monde. Mais d'autres misent, à terme, sur une explosion de ce marché. Les constructeurs américains sont déjà dans la course, avec leurs Conestoga, LLV1, Pegasus et autres Taurus. Sans compter les petits lanceurs militaires Atlas, Delta et Titan. Heureusement pour Ariane, ces trouble-fêtes connaissent quelques déboires à l'allumage. Mais ils sont partis les premiers. L'Europe devra compter avec environ quatre ans de développement. "Si l'on nous disait de faire voler un petit lanceur en 2000, on le pourrait", affirme-t-on chez Aérospatiale. Mais, sans budget, le pari ne sera pas tenu pour le tournant du siècle. Pour l'heure, l'étude d'évaluation, entamée au début des années 90, de l'European Small Launcher est au point mort. Seule certitude, le coût objectif de lancement devra être inférieur à 20millions de dollars. Une poignée d'industriels prennent donc les devants. Dasa a ainsi fondé en mars dernier Eurockot Launch Services avec le russe Khrounitchev. Ils comptent utiliser la technologie russe de la SS-19 pour lancer des satellites de 250kilos à 1,8tonne. Un marché que les deux partenaires chiffrent à vingt à quarante tirs par an jusqu'en 2005. L'initiative la plus musclée vient de l'Italie. BPD (groupe Fiat) est en train d'investir une somme "significative" pour fabriquer son Vega K0. Le développement et la qualification de ce petit lanceur, préfinancé par l'industriel, nécessiteront 400milliards de lires (1,2milliard de francs). Objectif: faire passer le coût du lancement à moins de 20% du prix de la fusée. Pour aller au bout de son projet, BPD cherche des partenaires. Les trouvera-t-il en Europe? Rien n'est sûr. Le Cnes envisage effectivement le développement du petit lanceur européen dans un cadre "essentiellement franco-italien". Mais, si les consultations traînent, Fiat pourrait jouer à fond la carte d'une coopération avec l'Ukraine ou avec les Etats-Unis. et Philippe DEROIN



L'Amérique parie sur les Petits Poucets

Alors que l'Europe continue de miser sur les gros lanceurs, les Etats-Unis jouent de plus en plus la carte des petites fusées. Le nouveau géant de l'espace, Lockheed Martin, propose en particulier son LLV-1, dans lequel il a "recyclé" des technologies venant d'autres créneaux, comme le système de navigation emprunté à un hélicoptère. En attendant la LLV-2, qui devrait tirer 1,6 tonne, la Conestoga d'EER Systems espère ravir le marché des charges utiles de 1 à 2 tonnes en orbite basse. Une gamme composée de six lanceurs devrait voir le jour pour couvrir la palette de 225 kilos à 2 tonnes. Même des "grosses PME" prennent le risque : une société de 2000personnes, Orbital Sciences, créée en 1982, a développé, pour 550millions de francs, Pegasus, tiré à partir d'un avion. Et bien d'autres se mettent sur les rangs... Ces Petits Poucets de l'espace connaissent cependant bien des déboires techniques, liés en partie aux économies réalisées sur les tests initiaux.

USINE NOUVELLE N°2521
 

 

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