L'Europe et la France placent les pesticides au banc des accusés

Destruction des abeilles, impact sur la santé humaine… L’industrie des pesticides, longtemps synonyme d’essor de l’agriculture, fait face à une salve de revers.

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L'Europe et la France placent les pesticides au banc des accusés

Parés de toutes les vertus dans les années 1960, ils sont aujourd’hui honnis. Les pesticides qui, selon leurs promoteurs, permettaient à la population d’après-guerre de se nourrir, sont depuis quelques années accusés de nuire à l’homme et à l’environnement. Et le rythme des attaques semble s’accélérer. Cette branche de l’industrie chimique vient en effet d’essuyer coup sur coup deux charges qui entament un peu plus sa crédibilité.

Trois insecticides néonicotinoïdes impliqués dans le déclin des abeilles devraient être interdits pour deux ans dès le 1er juillet dans l’Union européenne. Une décision prise par la Commission européenne lors d’un vote effectué le lundi 29 avril. L’interdiction concerne précisément l’imidaclopride, la clothianidine et le thiaméthoxame. Quatre grandes cultures (maïs, colza, tournesol, coton) sont concernées. La Commission justifie cette suspension par un avis négatif émis dans un rapport de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Une victoire partielle pour l’ONG Greenpeace, qui avait placé ces trois substances dans sa liste de sept pesticides à interdire.

La France mauvaise élève

Deux grands industriels sont directement concernés par cette interdiction : l’allemand Bayer et le suisse Syngenta. A l’image du débat sur l’impact sanitaire du bisphénol A, c’est une véritable guerre de données scientifiques qui fait rage. En France, côté chimistes, c’est l’Union des Industries de la Protection des Plantes (UIPP) qui mène le combat. "Cette proposition est d’autant plus décalée que les récentes recherches de l’EURL (le laboratoire de référence de l’Union Européenne) ont montré que les pesticides sont considérés par les laboratoires - et par les apiculteurs eux-mêmes - comme une cause mineure de la mortalité des abeilles, loin derrière l’impact des maladies et des parasites", affirme Jean-Charles Bocquet, directeur général de l’UIPP, dans un communiqué

Dans la foulée de la Commission européenne, et le même jour, c’est l’Institut national de veille sanitaire (INVS) qui a pointé du doigt les pesticides. Cette fois-ci en raison de leur impact sur la santé humaine. L’institut vient de publier une étude mettant en évidence l’exposition de la population française aux pyréthrinoïdes, la famille d’insecticides la plus utilisée dans le traitement des cultures et dans les applications domestiques. Verdict : les concentrations dans la population française sont plus élevées que celles observées en Allemagne, au Canada ou aux Etats-Unis.

Quant aux concentrations urinaires de dialkylphosphates, métabolites des pesticides organophosphorés, elles sont, dans la population française, inférieures à celles de la population allemande mais supérieures à celles des Américains ou des Canadiens. Et l’INVS de conclure : "Une attention particulière doit être portée aux pesticides organophosphorés et aux pyréthrinoïdes pour lesquels les niveaux français semblent être parmi les plus élevés en référence à des pays comparables."

Des attaques en règle

Ces deux critiques s’inscrivent dans un climat de défiance de plus en plus grand entre l’industrie des pesticides et la société civile. En avril dernier étaient révélés d’importants dysfonctionnements dans le système d’attribution des autorisations de mise sur le marché des pesticides. Des dizaines de pesticides sont autorisées depuis plusieurs années sans tenir compte des alertes de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). En novembre 2012, la FNATH (Association des accidentés de la vie) annonçait avoir obtenu pour la première fois une reconnaissance du lien entre maladie de Parkinson et exposition aux pesticides pour un exploitant agricole de 60 ans.

Un mois auparavant, des sénateurs français dénonçaient les risques sanitaires menaçant ceux qui fabriquent ou utilisent des pesticides. Des maladies et troubles aussi variés que des dermatoses, des problèmes respiratoires, des cancers, des troubles neurologiques et cognitifs étaient mentionnés dans un rapport de 348 pages publié par la mission commune d’information du Sénat. Sans oublier bien sûr le livre à charge, et très documenté, de la journaliste Marie-Monique Robin « Notre poison quotidien ».

Le débat est complexe, tant il englobe des substances différentes et des conséquences sanitaires et environnementales parfois difficile à mesurer. Il n’est pas certain que la posture de déni adoptée par de nombreux industriels soit de nature à le pacifier.

Olivier James

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